Rom. 920.21, Voir, ci-après, la note Q, p
Le Roue LOT Ne SR
gard de la matière inerte » : il détruirait ainsi sa propre argumentation et ôterait à Dieu tout droit de se plaindre, puisqu'on n’a jamais vu un ouvrier de bon sens reprocher à l’ustensile fabriqué par lui de n’être pas meilleur. Paul ne dit pas davantage : « Dieu pourrait se comporter à l'égard de l’homme comme l'artisan à l'égard de son œuvre », car il fortifierait l'objection de l'adversaire au lieu de l'écarter ou d'y répondre et il est d’ailleurs manifeste que la conduite de l’ouvrier ne peut pas mesurer celle de Dieu. Paul dit : « Dieu traiterait-il sa créature comme le potier façonne l'argile, la créature n’aurait pas le droit d'élever la voix contre lui », car l’œuvre, en tant qu'œuvre, n’a aucun droit contre l’ouvrier. Que si l’on veut pousser plus loin la similitude et voir dans le potier façonnant des vases pour divers usages l'image de Dieu façonnant à son gré les cœurs et les destinées des hommes, on ne le fera qu'à ses risques et périls, sans la garantie de l’Apôtre. En tout cas, sous peine de travestir la pensée de Paul, il ne faudra jamais oublier les différences qui existent soit du côté de l’ouvrier soit du côté de l’œuvre :
1. Différences du côté de l’ouvrier. L'homme est capable de caprice, d’arbitraire, de folie, d’injustice : Dieu ne l’est pas et, s’il peut tout, il ne peut rien contre sa sagesse. L'homme, s’il p’a perdu le sens, ne s’irrite point contre l’œuvre de ses mains, car il la modèle à son gré sans coopération comme sans résis-
tance de la part de l’œuvre : au contraire la colère de Dieu éclate avec justice et raison contre le pécheur, qui frustre ses
vœux et ne correspond pas à ses grâces.
9. Différence du côté de l'œuvre. Une volonté libre ne saurait être assimilée à une matière inanimée ; et Dieu ne manipule point la liberté comme le potier pétrit l'argile. Si l'on veut à tout prix étendre jusque-là la comparaison, l’on devra du moins observer que la masse commune dont l'artisan tire ses ouvrages est bonne ou indifférente et ne peut pas servir d’emblème à la masse du genre humain corrompue par le péché d’origine : idée d’ailleurs complètement étrangère au contexte.
Certains théologiens achèvent d'embrouiller un sujet assez obscur par lui-même en confondant sans y songer les vases d'ignominie avec les vases de colère et les vases d'honneur avec
les vases de miséricorde et en cherchant dans les uns le symbole des élus, dans les autres celui des réprouvés. Peu de confusions exégétiques ont engendré plus d’inutiles disputes. Les vases d’honneur et d’ignominie de la seconde Épitre à Timothée sont respectivement les vases d’or ou d'argent et les vases de bois ou d'argile qu’exige le service d’une grande maison : tous ont leur prix quoique inégal et tous ont leur usage quoique différent. Les vases de colère de l'Épître aux Romains, ce n’est pas Dieu qui les fait; « il les supporte avec longanimité ». S'il est dit qu'ils sont « préparés pour la perdition » il n’est dit nulle part que Dieu les y prépare ; et nous savons
au contraire qu'il peut d’un vase de colère faire un vase de mi-
séricorde.