III. RÉPONSE INDIRECTE
L’Apôtre répond indirectement par une nouvelle question conditionnelle dont tous les termes sont à peser attentivement : « Si Dieu, voulant montrer sa colère et manifester sa puissance, à supporté avec beaucoup de patience les vases de colère, préparés pour la perdition, pour manifester la richesse de sa gloire sur les vases de miséricorde qu’il à préparés à la gloire, nous qu’il à appelés non seulement d’entre les Juifs mais aussi
d’entre les Gentils? » La citation d’Osée qui sc présente à son esprit l’empêche d'achever sa question; mais il est clair qu’elle exige ce complément : « Qu’aurez-vous à objecter? » ou quelque autre semblable; et la réponse qu’elle appelle et suppose est : « Rien. »
Une première faute commise par certains exégètes est d'identifier les vases d'honneur et d'ignominie du verset 21 (6 mèv els Tv oxedoc, à GÈ ec &tiuiav) avec les vases de colère et de miséricorde des versets 22 et 23 (oxeün épyñs, oxeûn E)éouc). 1. C’est une pratique ordinaire et bien connue de Paul de faire évoluer sa pensée en retenant partiellement les mêmes expressions. — ?. Du reste il se sert ici d’expressions totalement différentes et ne retient que le mot de vase suggéré par la comparaison du potier. — 3. S'il se référait aux vases d'honneur et d'ignominie, en nommant les vases de colère et de miséricorde, il ne pourrait se dispenser dans ce dernier cas d'employer l’article défini. — 4. Enfin les vases destinés par lartisan à des usages vils ne sont nullement l’objet de sa colère. Il faut donc distinguer avec soin ces locutions diverses.
Il n’y aurait pas moins d’arbitraire à traduire GXEUN Ôpyÿs PAT « vases destinés à la colère » et oxeën ëléouc par « vases destinés à la miséricorde ». Les vases de miséricorde, ce sont les hommes à qui Dieu à fait miséricorde en les appelant à la foi; les vases de colère ce sont les hommes qui méritent par leur infidélité la juste colère de Dieu. Il s’agit proprement du passé et non de l'avenir. L'expression n’a rien de commun non plus avec la locution prophétique cxeûn ôpyñe, Jer. 5025; Is. 135 (hébreu), « instruments de colère, instruments dont Dieu se sert pour exercer ses vengeances ».
Les vases de colère de Paul sont disposés pour la perdition (xaTnpTiouÉvE cle dnwetav). Il n’est pas douteux que le participe passé n’ait en grec le sens moyen, car : 1. C’est le sens de ce participe dans le seul passage où il se lise encore (1 Cor. 110; comparez les participes parfaits de 2 Tim. 221). — 2. Si Paul avait voulu exprimer le passif, il l'aurait fait sans équivoque, en se servant par exemple de xataptiofévre. — 3, Le changement de construction et l'emploi de l'actif pour les vases de miséricorde (sxeûn éXéouç & mpontolmacev sic av) montre que son intention est différente et qu’il ne veut pas représenter Dieu comme l’auteur des vases de colère. Saint Jean Chrysostome, suivi par les meilleurs exégètes, paraphrase donc bien notre texte en expliquant : xarmpriouévov ei: &m- ÂEtav, ToutÉGTLy ATNpTIOUÉVOV, olxoPey LévTo: xai ap’ ÉQUTOÙ.
L’attitude de Dieu à l'égard des vases de colère est de les supporter avec beaucoup de patience. La raison qu’en donne saint Paul (BËlwv 6 Oeùc évücléacôat Tv épyñv) peut s'entendre en deux sens Opposés : 1. « Parce qu’il veut manifester sa colère », C'est-à-dire dans le dessein de montrer plus tard combien sa vengeance est terrible (Origène, l’Ambrosiaster, saint Jérôme, saint Thomas, Tolet, Estius et la majorité des commentateurs). 2, « Quoiqu'il veuille manifester sa colère » dès maintenant, Dieu patiente pour laisser au pécheur Je temps de faire pénitence (Reithmayr, Cornely, Sanday, Godet, Weiss etc.). Cette seconde interprétation paraît seule rendre compte de 2y ro paxpobuuix. Cf. Rom. 24,
II. RESPONSABILITÉ DES JUIFS ET RAISONS PROVIDENTIELLES DE LEUR ABANDON.
Nouvel aspect. — Paul a l'habitude de mettre en saillie des points de vue contradictoires en apparence sans prendre toujours la peine de les concilier. De son vivant, cette tactique fut plus d’une fois un prétexte d’accusations et une cause de ma-
‘lentendus. Fermez l’Épître aux Romains à la fin du chapitre 1x, vous serez tenté d’en résumer la doctrine dans ces maximes d'un sens si profond mais si faciles à travestir dès qu’on les sépare de leur contexte : « Rien ne sert de vouloir, tout dépend du bon plaisir divin. Dieu fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut. Les destinées des hommes sont dans ses mains comme l'argile dans celles du potier. » Une conclusion fausse, quoique spécieuse, serait que l'homme n'a point de part dans l'affaire de son salut, que son activité est complètement absorbée par l'initiative divine. Mais qu'on lise un peu plus avant, on trouvera le correctif. On verra que l’homme répond librement à l'appel divin, qu'il est le maître de son sort éternel, que son incrédulité est inexcusable, que son endurcissement comble la mesure de ses crimes. Selon qu’on isole un de ces contrastes en l’exagérant, on est janséniste ou pélagien, disciple de Calvin ou d’Arminius; on prédestine au salut et à la damnation sans tenir compte des actions de l’homme ou l'on exalte le pouvoir de l’homme au point de supprimer l'initiative rt l'indépendance de Dieu.
Le nouvel aspect de la doctrine de Paul peut se formuler en ces deux propositions dont chacune est accompagnée de ses preuves! :