‹ La théologie de Saint PaulChapitre 179 sur 630 · Epist. 120 ad Hedibiam (XXII · texte numérisé non relu

Epist. 120 ad Hedibiam (XXII

2, Homélies xvi-xix sur l'Épître aux Romains.

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PSE TERRE

Juifs incrédules. S'ils ne contiennent pas encore la réponse de l'Apôtre, ils la préparent, en montrant par l'Écriture qu'il y

a des mystères dont l'homme ne peut pas se rendre raison. Les |

conséquences que Paul en tire ont pour but d’embarrasser davantage ses contradicteurs. Mais, les prendrait-on pour sa vraie pensée, il n’y aurait pas d’inconvénient. Par exemple le Non volentis neque curreniis sed miserentis est Dei doit s’entendre en ce sens qu'il ne suffit pas de vouloir et de courir mais que la grâce est nécessaire : « Il faut vouloir et courir et mettre sa confiance dans la bonté de Dieu non en ses propres efforts, selon ces paroles : Non pas moi seul mais la grâce de Dieu avec moi. » La comparaison du potier a pour but d'imposer silence aux questionneurs téméraires. En poussant plus loin l’analogie entre l'artisan et Dieu, on mettrait Paul en contradiction avec lui-même et l’on aboutirait à des conséquences absurdes. Dieu n’a dans sa conduite à l'égard de l’homme ni arbitraire, ni caprice; car il est sage. Il ne saurait imputer à sa créature ce dont il est lui-même l'auteur: car il est juste. On objecte l’histoire de Pharaon. Mais Pharaon a tout fait pour se perdre, tandis que Dieu n’a rien négligé pour l'amender et ne s’est enfin décidé à le châtier suivant ses mérites qu'en le voyant incorrigible. « D'où vient en un mot que les uns soient des vases de colère et les autres des vases de miséricorde? La raison en est dans leur volonté propre. Dieu, infiniment bon, témoigne à tous la même bonté. » La différence entre les hommes tient à l'usage différent des grâces : « Tous n'ont pas voulu répondre à l’appel divin; mais, pour ce qui concerne Dieu, tous ont été sauvés, car tous ont été appelés. » La réponse est fort simple, si simple qu'on lui a reproché de supprimer le mystère. Chrysostome avoue cependant que l'Apôtre ne répond pas avec cette clarté.

Telle est, avec des nuances de détail, l’exégèse de l'Église grecque. Théodoret, saint Jean Damascène, Œcuménius, Euthymius, Théophylacte, suivent de près Chrysostome. Saint Basile, saint Isidore de Péluse, saint Cyrille d'Alexandrie, et les autres Pères grecs, s’il est permis d’en juger par les citations fragmentaires des Chaines bibliques, ne s’en éloignent pas beaucoup. Il est juste de dire que les écrivains de l'Église

grecque n’ont jamais eu affaire au pélagianisme : Photius est à peu près le seul à mentionner les controverses pélagiennes etil ne distingue même pas entre pélagiens et semi-pélagiens.

L’Ambrosiaster. — Le mystérieux anonyme désigné sous le nom conventionnel d'Ambrosiaster mérite une étude à pari, non seulement parce qu'il est le plus ancien, le plus concis, le plus perspicace et, somme toute, le meilleur commentateur latin de saint Paul, mais surtout parce qu’il occupe une position mitoyenne entre les Pères grecs et saint Augustin!. Celui-ci le connaît et le cite sous le nom d'Hilaire, sans que nous puissions dire si et dans quelle mesure il en a subi l’influence. L'Ambrosiaster se distingue des Grecs en ce que, à une exception près, il regarde les textes difficiles du chapitre 1x non comme une objection de quelque adversaire fictif mais comme l'expression de la vraie pensée de Paul. Il se distingue d'Augustin en ce qu'il explique tous les actes de Dieu, vocation, élection, prédestination, par la prescience éternelle : « Hi secundum propositum vocautur quos credentes præscivit Deus futuros sibi idoneos. » C’est là, on peut le dire, l’idée directrice de son commentaire. Il répète à satiété des phrases eomme celles-ci : « Unum elegit præscientia et alterum sprevit »; ou encore : « Quos præscivit futuros sibi devotos, ipsos elegit ad promissa præmia capessenda. » Il a cela de spécial qu’il entend, comme saint Augustin, les prédestinés et les élus

1. Comment. în epist. ad Roman. 1x (XVII, 134-199). Tous les manuscrits, sauf le Casinensis du vre siècle où le titre manque, nomment comme auteur Ambrosius, avec ou sans l’addition episcopus Mediolanensis. Le Commentaire fut attribué à saint Ambroise jusqu’à Érasme. Depuis, on l’a adjugé successivement à Julien d'Éclane, à Remi, à Tychonius, à Faustin prêtre de Rome, à saint Hilaire de Poitiers, à Hilaire de Pavie, à Hilaire de Syracuse, à Hilaire diacre de Rome. Les hypothèses relatives aux divers Hilaire ont pour base la citation qu’en fait saint Augustin, vers 420 (Contra duas epist. Pelag. 1v, 4), sous le nom de sanctus Hilarius. Dom Morin proposait jadis le Juif converti Isaac (Revue d’hist. et de littér. relig., 1899, p. 97-121). Il propose maintenant (Revue Bénéd., 1903, p. 113- 131) Decimius Hilarius, proconsul d'Afrique en 377 et mentionné dans une inscription de Bedja (Corp. inscript. Lat., VIII, 1219). Il est certain que l'auteur vivait sous Damase, entre 366 et 384, qu’il était laïque et légiste, que les Quæstiones Vel. et Novi Test. (XXXV, 2201-2416), longtemps attribuées à saint Augustin, sont de lui. Cf. A. Souter, À Study of Ambrosiaster (dans Texts and Studies, VII, 4), Cambridge, 1905.

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de Paul des élus et des prédestinés au salut éternel, qu'il explique leur glorification de la gloire céleste, qu'il semble admettre deux espèces de vocation à la grâce : l’une qui serait . selon le propos, parce qu’elle aurait de fait la gloire pour terme final, et l’autre qui ne serait pas selon le propos, parce que la faute de l’homme en nentraliserait l'effet : telle l’élection temporaire de Saület de Judas. Mais cette rencontre partielle avec saint Augustin ne fait que mieux accentuer les divergences. Car, pour l’Ambrosiaster, il n’y a point dans la prescience de Dieu d’acception de personnes : « Præscientia enim est, qua definitum habet, qualis uniuscujusque futura voluntas erit, in qua mansurus est, per quam aut damnetur, aut coronetur. » La miséricorde de Dieu n’est pas aveugle. Dieu veut le salut de tous les hommes, mais tous les hommes ne veulent pas se sauver; il fait miséricorde à celui qu’il prévoit devoir correspondre à la grâce. Pharaon y résiste et Dieu en fait un terrible exemple de justice. La volonté de Dieu n’est pas arbitraire; aussi la comparaison du potier ne doit-elle pas être pressée à l'excès : « In figulo enim sola voluntas est; in Deo autem voluntas cum justitia. »

Tout cela peut s’interpréter en bonne part; mais le Pseudo- Ambroise abuse de la prescience quand il ajoute : « Præparare unumquemque est præscire quid futurum est. » Du reste il est aisé de voir qu'il ne touche pas au vif du problème. L’anonyme ne parle jamais que de la volonté de Dieu conséquente; on peut reculer la question et sur ces matières épineuses le dernier mot n’est pas dit : ce sera le rôle d'Augustin.

Augustin. — L’exégèse d’Augustin subit avec le temps une transformation complète !. En 388, il interprétait Paul comme les autres Pères et son langage en faveur de la bonne volonté de l’homme qui précéderait la conversion est encore plus difficile que celui de ses devanciers ?. En 394, il imagina sa fameuse distinction entre la foi qui dépendrait de nous et les bonnes

1. Cf. V. Weber (cathol.), Kritische Geschichte der Exegese des 9 Kapitels, resp. der Verse 14-23 des Rüômerbriefs bis auf Chrysostomus und Augustinus einschliesslich, Wurzbourg, 1889.

2. De diversis quæstion., qu. Lxvin. Les phrases difficiles sont n° 4

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