‹ La théologie de Saint PaulChapitre 180 sur 630 · PAT RUE DL · texte numérisé non relu

PAT RUE DL

œuvres qui dépendraient de la grâce !. Il ne tarda pas à reconnaître que sa nouvelle position était intenableet, dès 397, dans sa lettre à Simplicien, il rétracta, sans même songer à les expliquer, des phrases comme celles-ci : « Quod credimus nostrum est; quod autem bonum operamur, illius qui credentibus in se dat Spiritum sanctum », ou encoré : « Illa misericordia præcedenti merito fidei tribuitur et ista obduratio præcedenti impietati. » Cette lettre à Simplicien occupe un point central dans l’histoire de son exégèse?. Il y renvoie sans réserve dans ses écrits postérieurs et nous pouvons la considérer comme l'expression définitive de sa pensée. Il expose admirablement l’état de la question; il montre que la foi est une grâce : non seulement l’appel à la foi mais l’acte de foi lui-même; il prouve que sa distinction précédente entre la foi et les bonnes œuvres est sans fondement. En même temps il met en haut relief la théorie de la vocation congrue : « Eorum miseretur quos ita

« Præcedit aliquid in peccatoribus, quo quamvis nondum sint justificati, digni efficiantur justificatione; et item præcedit in aliis peccatoribus quo digni sint obtusione (variante : obtunsione) »; n° 5: « Parum est velle nisi Deus misereatur; sed Deus non miseretur, qui vocat ad pacem, nisi voluntas præcesserit; quia in terra pax hominibus bonæ voluntatis. » Dans les Rétractations, 1, 26, n° 68, il explique la dernière phrase en disant qu'il a parlé post pænitentiam, car la vocation qui prévient la volonté est elle-même une miséricorde.

1. Expositio quarumdam proposit. ex epist. ad Roman., qu. Lx-Lxiv.

9, De diversis quæstion. ad Simplician., lib. 1, qu. 2 (XL, 110-127). Il s'agit dans cette seconde question de la vocation de Jacob et de l’endurcissement de Pharaon. Quelque admiration qu’on ait pour le génie théologique d'Augustin, il est impossible de fermer les yeux sur les défauts de son exégèse. Il prouve parfaitement bien, sur les données de l’Apôtre, que la vocation de Jacob est entièrement gratuite et ne dépend d’aucun mérite ni actuel ni prévu, soit comme cause soit comme condition. Mais il oublie : L. Que Jacob et Ésaü, dans les textes allégués par saint Paul, sont des nations et non des individus. 2. Que la vocation de Jacob est la vocation à la dignité théocratique et non pas à la foi et que la non-élection d'Ésaü est sa non-élection à la dignité de peuple choisi. 3. Que l'amour pour Jacob et la haine contre Ésaü ne se rapportent pas au moment avant leur naissance, mais à une époque de leur histoire où l’un et l’autre se sont rendus criminels. Il entrevoit, il est vrai, ce dernier point : « Quod quidem scriptum est in propheta qui longe posterior prophetavit, quam illi nati et mortui sunt : sed tamen illa sententia videtur commemorata, qua dictum est : Et major serviet minori; et antequam nati ct aliquid operati essent (XL, 113).» Évidemment ce videtur est trop fragile pour y asseoir d’aussi lourdes conclusions.

UE à vo ve D ''«

vocat quomodo eis vocari aptum est ut sequantur… Cujus miseretur sic eum vocat quomodo scit ei congruere ut vocantem non respuat. » Enfin il place le mystère dans la distribution des grâces que Dieu, en vertu de sa prescience, sait devoir être efficaces pour l’un et inefficaces pour l’autre.

L'exégèse ordinaire, considérant l’homme après l'usage de la liberté, sauvegardait suffisamment l'initiative de Dieu, puisque rien dans l’ordre du salut n’est possible sans la vocation qui dépend de Dieu seul. Cependant la différence entre deux hommes appelés de même manière semblait résider uniquement dans leur acte libre. Augustin porta la question plus loin et plus haut, avant l'instant où l'homme fait usage de sa liberté. Il établit que l'acte de foi lui-même est un don de Dieu. Celui qui correspond de fait à l'appel divin peut n’avoir pas reçu plus de secours, il a certainement reçu plus de bienfait et partant plus de grâce : et même, en un sens, plus de secours puisqu'il l’a reçu au moment opportun. Un appel rendu efficace par la correspondance effective de l’homme est une plus grande faveur que le même appel non suivi d'effet par la résistance de la volonté libre. Or la raison dernière de cette prédilection divine, qui appelle l'homme au moment où Dieu sait que l'homme consentira, ne saurait consister dans l'acte même de l’homme ni dans la prévision de cet acte; elle ne peut être qu'en Dieu et c’est là le mystère des mystères qui arrache à Paul cette exclamation : O altitudo!

A partir des controverses pélagiennes et semi-pélagiennes, la théologie d’Augustin envahit de plus en plus son exégèse et ce mélange ne fut pas toujours heureux pour l’exégèse. S'il eut le mérite de soutenir que, dans la vocation selon le propos, il s’agit du propos de Dieu, que les textes difficiles du chapitre rx expriment bien la vraie pensée de Paul, on peut regretter qu'il néglige trop souvent le contexte, le recours au grec, le sens littéral des citations bibliques, qu'il regarde l'élection et le propos de Dieu comme une prédestination à la gloire, qu'il se mette enfin sur plusieurs points en contradiction avec ses prédécesseurs. Mais, s’il n’est pas le prince des exégètes, il restera à jamais l’incomparable docteur de la grâce.

Be

Page 1