‹ La théologie de Saint PaulChapitre 183 sur 630 · CADRE HISTORIQUE ET TRAITS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CADRE HISTORIQUE ET TRAITS GÉNÉRAUX

à propos de reprendre sous une forme plus générale le sujet développé £ans l'Épître aux Colossiens, en laissant de côté tout ce qu’elle contenait de personnel et de local. De cette pensée naquit la lettre circulaire adressée à plusieurs églises d'Asie et connue maintenant sous le nom d'Épître aux Éphésiens. L'Épître aux Philippiens dut son origine à une cause toute fortuite. Un habitant de Philippes, Epaphrodite, avait porté à Paul prisonnier une généreuse offrande de la part de ses concitoyens !. Son intention était, semble-t-il, de se vouer au service de l'Apôtre; mais il tomba gravement malade et, à peine rétabli, la nostalgie le prit. Paul, acquiesçant à ses vœux, lui confia pour ses compatriotes une lettre débordante d'affection, où remerciements et éloges revêtent la forme la plus noble et la plus délicate.

Caractères des quatre lettres. — Dans les Épiîtres de la captivité plusieurs questions vitales d’autrefois passent au second plan; quelques-unes, à peine ébauchées jusqu'ici, prennent une importance prépondérante : mais les théories nouvelles sont toujours greffées sur les doctrines anciennes, comme ces dernières ont un écho dans les écrits présents. IL y a un développement, expliqué et justifié par les circonstances; il n’y a nulle part solution de continuité.

La crise judaïsante s’est calmée; la controverse contre les champions du judaïsme s'éteint graduellement : partout la lutte se termine, tout porte à le croire, par le triomphe des idées de Paul. Il subsiste bien à l'horizon quelques nuages : la violente et brusque sortie contre « les chiens, les mauvais ouvriers, les partisans de la mutilation? » en est la preuve; mais

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en amont et sur le Lycus même, à seize ou dix-huit kilomètres de chacune d'elles. La vallée du Lycus était la route commerciale reliant Éphèse à la Galatie et à la Cilicie.

1. Phil. 418. Cet Épaphrodite n’a de commun que le nom avec l’Épaphras des Épitres précédentes. Bien qu'Épaphras soit la forme abrégée d'Épaphrodite, les deux noms sont toujours distincts dans nos lettres.

9. Phil. 32-35 : Videte canes, videte malos operarios, videte concisionem (xerarouñv). Nos enim sumus circumeisio (à xeprout). Noter le jeu de mots et le terme de mépris dont sont affublés les Juifs et les judaïsants. Ce qui rend l'ironie plus sanglante c’est que xatatouñ et xaTatéuvw se disent des mutilations proscrites par la Loi (Lev. 215; 1 Reg. 1828; Is, 152).

si les chiens aboient encore à distance ils n’osent plus s’exposer aux coups terribles de l'Apôtre. Les faux docteurs de Colosses sont, il est vrai, teintés de judaïsme, mais c’est un judaïsme conciliant qui ne veut plus s'imposer à tout prix, trop heureux d’être toléré, un judaïsme assez semblable à celui des serupuleux de Rome qui distinguaient entre jour et jour, entre mets et mets. Sans pitié pour les erreurs de principe d’un

dogmatisme intransigeant, Paul sait condescendre aux inquié-

tudes des consciences pusillanimes; et voilà pourquoi le ton de sa polémique, en face d’ennemis qui désarment, est si fort amorti. En revanche, des tendances nouvelles se font jour. La prédication primitive au sujet de Jésus avait été simple. On envisageait en lui le Fils de Dieu, le messie, le rédempteur, le sauveur unique, le juge suprême; on racontait sa naissance du

sang de David, ses miracles et ses enseignements, sa mort et

sa résurrection, la promesse de son retour glorieux. Il y avait là tous les éléments d’une christologie, à condition de les réunir et de les fondre en un système. Mais d’abord on n'y songea pas. Il suffisait de savoir qu’il faut croire et espérer en lui, qu’il faut l'aimer et lui obéir. Cependant le besoin inné de connaître et de comprendre ne devait pas tarder à faire valoir ses droits et il était juste de le satisfaire. D'où venait Jésus? Qu'était-il dans son existence antérieure ? Quel était son rôle dans la création du monde et la vie de l'Église? Faute de répondre à ces questions, les néophytes cherchaient le mot de l'énigme dans les idées héritées de leurs pères, qu'ils n'avaient pas dépouillées toutes au seuil du baptistère et ils se faisaient une théologie à leur guise. Il convenait de les illuminer, de les initier à la sagesse, de leur dévoiler le mystère, de les élever enfin à cette science supérieure dont ils étaient si jaloux et si fiers. Le premier caractère de ce groupe d'Épitres est donc une christologie très développée.

Le second est un enseignement plus précis sur la nature et la constitution de l'Église. L'Église était en train de s’ organiser. Grâce aux efforts de Paul, l'union entre les deux fractions du christianisme s’opérait à vue d'œil. Elle n'était plus retardée que par les dernières prétentions des judéo-chrétiens qui, n'insistant plus guère sur l'observation intégrale de la

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