‹ La théologie de Saint PaulChapitre 185 sur 630 · UE · texte numérisé non relu

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dans le Christ Jésus!. » Pour des chrétiens, identifiés individuellement au Christ dans l'unité de son corps mystique, les inégalités naturelles de race, de condition, de sexe, ne comptent plus pour rien. Un esclave vaut un homme libre. « Que chacun, dit encore saint Paul, vive dans la condition où le Seigneur l'a mis, dans l’état où il était quand Dieu l’a appelé... Vous étiez esclave? N’en ayez cure. » Suit une phrase ambiguë à force de concision et qu’on a interprétée dans des sens diamétralement opposés : Sed et si potes fieri liber magis utere?. Au gré des uns, l'Apôtre conseille de rester dans la servitude : « Même si vous pouviez devenir libre, demeurez plutôt esclave. » Selon les autres, il recommande de saisir l'occasion de la liberté qui s'offre : « Si vous pouvez devenir libre, profitez-en. » Quoi qu'il en soit, la thèse générale est la même : l’esclave appelé à la foi étant l’affranchi de Jésus-Christ et l’homme libre appelé à la foi étant l’esclave de Jésus-Christ, les différences sont extrinsèques, accidentelles, sans portée religieuse, négligeables au point de vue chrétien. Le christianisme n'annule ni les mariages ni les contrats, il ne rompt point les liens de parenté ou de subordination, mais il transforme les âmes et les rend supérieures aux contingences humaines.

Droits et devoirs des esclaves. — Paul trace leurs devoirs aux maîtres comme aux esclaves $. À ceux-ci il enjoint une obéis-

1. Gal. 327-28 : Ilévrec yao duets elc éove. Il dit : « Vous êtes une même personne », et non pas « une même chose », parce que les chrétiens forment ensemble un seul Christ mystique. d

2, 1 Cor. 72-21, L'amphibologie existe aussi en grec : ’AXX’ ei xx düvacou éheülepos yévechot, &lov xpñoœ. Il faut cependant avouer que le xai favorise la première interprétation qui est celle des anciens commentateurs grecs et latins et qui semble mieux cadrer avec le contexte et avec l'esprit de Paul.

3. Eph. 65%; Col. 322-25, — Les esclaves doivent : 1. obéir en tout (bmaxoÿere xarù mévra); 2. par un mobile intérieur et par un motif de conscience (A v ôphalmoovaias dc &vôpwmapesxor, &A\’ Èv &TAGTMTE xapdias, pobobpevot Tov Küpiov); 3. sûrs qu’une récompense leur est réservée au ciel (eld6ves ôt md Kuplou dmolubeofe Ty &vramédootv this xAnpoyoiag). — Les maîtres doivent : 1. observer à l'égard des esclaves les règles de la justice et de l'équité (ro Gixotov xai Thv ioérnra vois Goûou mapéyeofe); 2, leur épargner les menaces et les mauvais traitements (dvévres thv &reuiv); 8. et penser au Juge et au Maître commun (eidôtec ôtt xai aùt@v xoù du&v 6 Küproc xrA.).

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sance entière, sincère, intérieure, surnaturelle, sans trompel'œil ni basse flatterie, une obéissance relevée par la pensée de faire le bon plaisir de Dieu, soutenue par la crainte de ses jugements et l'espérance de ses rétributions éternelles. Aux maîtres, il prescrit la justice et l'équité envers leurs esclaves, il défend les menaces et les mauvais traitements, il rappelle le souvenir du Juge rigoureux ét infaillible qui ne fait point acception de personnes. Les droits et les devoirs de l’esclave! Quelle étrange utopie aux yeux du monde raffiné de ce temps-là. C'était une question gravement débattue par les philosophes si l’esclave avait une âme. En tout cas, ce ne pouvait être qu'une âme servile dont il ne fallait attendre ni noblesse ni moralité. L'esclave n'avait pas plus de devoirs que l’animal : il n'avait, comme lui, qu'une tâche à remplir.

Quant à ses droits, l’axiome universellement reçu parmi les jurisconsultes était qu'il n’en pouvait avoir. L’esclave était un corps, une bête de somme, une machine vivante, une pièce de mobilier. On l’achetait le prix d’un cheval, on acquittait pour lui les mêmes péages, on le dressait, on l’exploitait de même, quitte à le revendre au rabais quand il était vieux ou usé. Du reste on pouvait impunément en engraisser les murènes, le faire servir à des expériences de vivisection, le condamner à un célibat perpétuel, abuser ou trafiquer de sa pudeur, le séparer arbitrairement de sa compagne et de ses petits. Si certains propriétaires, par intérêt, par apathie, par crainte ou par humanité, traitaient mieux leurs esclaves, ceux-ci n’en restaient pas moins à la merci de toutes les passions et de tous les caprices. Les sociétés protectrices des animaux n’existaient point à Rome; les lois d’Adrien, d’Antonin le Pieux et de Marc-Aurèle pour mettre les mancipia un peu à l'abri du despotisme n'étaient pas encore portées et ne furent jamais efficaces. Il fallut attendre que l'idée chrétienne, avec Constantin, Théodose et Justinien, pénétrât dans les mœurs aussi bien que dans le code.

Le cas d’Onésime. — Le cas d’Onésime était grave. Comme fugitif, il devait avoir le front marqué au fer rouge d’un F indélébile et le cou garni d’un carcan. Comme voleur, il était à la discrétion de son propriétaire pour mourir sous les fouets ou pour tourner la meule toute sa vie. Paul sait tout cela et il

ne craint pas d'exposer le coupable à la vengeance et au ressentiment de son maître. Il reconnaît les droits de Philémon; il n’a pas voulu retenir Onésime sans son consentement; il ne lui demande pas en propres termes l’affranchissement de l’esclave, mais on voit bien qu'il y compte, qu'il en est sûr. Il lui suggère clairement cet acte de libéralité, d'autant plus méritoire qu'il sera plus spontané; il insinue qu’il pourrait le lui imposer au nom de son autorité paternelle et apostolique ; mais, de fait, il ne le lui impose point!. Ce qu'il lui demande sans détour c'est l'impunité d'Onésime. Lui, Paul, répond pour l’esclave; il se charge de sa dette; sur un ton moitié enjoué moitié sérieux, il en contracte l'obligation formelle, non sans laisser entendre que s'ils réglaient leurs comptes, c'est Philémon qui resterait débiteur 2. Conformément aux principes du christianisme, Philémon doit désormais regarder son esclave comme un frère,’ comme un futur compagnon de gloire dans le ciel$. Par une suprême délicatesse, après avoir tracé ce sublime idéal de charité et de générosité chrétiennes, Paul exprime l'espoir que son ami, non content de remplir tous ses vœux, les dépassera.

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