Col. 118. — 2. Col
3. Avant d’être chrétiens les Colossiens étaient &nnlotptwpévor, Col. 121, et le passage parallèle (Eph. 21?) montre qu’il faut entendre : « étrangers à la théocratie israélite ». Ils étaient « morts par les péchés actuels et par l'incirconcision de leur chair », Col. 215. Ils n’ont reçu d'autre circoncision que la circoncision spirituelle, celle du Christ, 211, Enfin in vos, 125, fait pendant à in gentibus, 127, et y est clairement inclus comme la partie dans le tout. — Ces mots « la Loi qui nous était contraire, qui était contre nous », 214, où plusieurs voient une allusion aux Juifs de Colosses, peuvent fort bien s'expliquer des Gentils. La Loi leur était nuisible aussi bien qu’aux Juifs, quoique pour des raisons différentes : elle était une cause perpétuelle de dissensions et de haines. Cf,,
COMTE ei CAL UN s PPS TRS os
pendant les tendances des faux docteurs sont nettement judaïsantes, non pas de ce judaïsme intransigeant qui voulait s'imposer en Galatie ou même à Corinthe, mais d'un judaïsme tempéré et à petite dose, d'un judaïsme bénin, capable de transactions et de compromis. Les tendances judaïsantes ressortent évidemment du passage suivant : « Que nul ne vous juge dans le manger ou le boire, ou en matière de fêtes, de néoménies, ou de sabbats : c’est là une ombre des choses futures dont le corps [c’est-à-dire la réalité et la substance] appartient au Christ !. » Qui possède le corps ne fait point cas de l'ombre et qui tient la réalité n’a que faire de la figure. Néoménies, sabbats, lois relatives aux aliments et autres prescriptions judaïques n’ont plus d'importance ni même de signification; elles n'avaient un sens qu’autant qu’elles figuraient l'avenir. Maintenant ces vieux préceptes sont morts pour nous parce que Jésus-Christ les a cloués à la croix pour les empêcher de tyranniser plus longtemps les hommes ; et nous sommes morts pour eux puisque nous participons mystiquement à la mort réelle du Christ : « Pourquoi donc, ajoute l'Apôtre, si en mourant avec le Christ vous fûtes délivrés des éléments du monde, vous laissez-vous encore imposer des lois comme si vous viviez dans le monde? On vous dit : Ne prenez pas, ne goûtez pas, ne
Eph. 21419, Le fait que l’apôtre de ces contrées, Épaphras, était un païen converti doit aussi être pris en considération. Il est difficile d'admettre qu’il eût pu constituer et organiser une-église dont les Juifs auraient formé une portion notable.
1. Col. 216*17 : Zn cibo aut in potu. Les prohibitions mosaïques relatives aux boissons ne concernaient que certaines personnes (prêtre officiant, Lev. 10°; naziréen, Num. 6%) ou certains cas particuliers (liquides contenus dans des vases souillés, Lev. 1134-36), Mais il est probable que les sectes juives rigoristes (les esséniens, les thérapeutes et les réchabites certainement) avaient étendu les défenses de Moïse et proscrivaient le vin, les boissons fermentées. — /n parte (èv uéper, en fait de) diei festi, aut neomeniæ aut sabbalorum. Ces trois mots mis ensemble embrassent toutes les fêtes juives, annuelles (£oprf), mensuelles (veounviæ), hebdomadaires (5466ata). Gal. 410 : uépac maparnpeïode xai vas xai Xatpodc xaÙ Evrauroû, à la même énumération en ordre inverse, le dermier mot désignant sans doute les années sacrées (jubilaires). — Quæ sunt umbra futurorum : corpus autem Chrisli. Ces fêtes étaient l'ombre (ox), la figure, le type de avenir, c’est-à-dire de l’économie chrétienne. Mais le COrps (Tù Ôë cœua), la réalité, l’antitype est (sous-entendu ici, parce qu’il se trouve dans la phrase précédente) du Christ, c’est-à-dire lui appartient, le concerne.
touchez pas cela — or tout cela est destiné à périr par l'usage même — selon les préceptes et les traditions des hommes. » Ce judaïsme n’est pas du tout l'observation pure et simple de la Loi; il s'y mêle des préceptes arbitraires qui n’ont jamais eu la sanction de Dieu et que Paul, à l'exemple du Maître, qualifie de traditions humaines : telles, les restrictions relatives aux boissons, dont le législateur des Hébreux n’avait point parlé. En revanche, les novateurs ne semblent pas avoir insisté sur la circoncision; autrement l’Apôtre ne se contenterait pas d'une allusion dédaigneuse à la circoncision faite de main d'homme? qui n'a pas, comme le baptême, la vertu de nous dépouiller « du corps de chair », c’est-à-dire des influences malsaines opposées à l’action de l'Esprit.
On voit par là que le judaïsme de Colosses ne ressemblait guère à celui des pharisiens de Jérusalem, d’Antioche et de Galatie. Il se fondait en un syncrétisme bizarre avec des spéculations et des pratiques d’origine bien différente. « Veillez à ce que nul ne nous entraîne comme un butin par la philosophie et une tromperie vaine, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde et non selon le Christ. » La philosophie
1. Col. 220-22 : Si mortui estis (ei ànebdvere, à l’aoriste), si vous mourütes avec le Christ dans le baptême, comme vous ne pouvez en douter {Rom. 62-6). — Pour ab elementis hujus mundi, voir p. 252. — Quid adhuc tanquam viventes in mundo decernitis? Traduction obscure et peu exacte. Il faudrait : Pourquoi vous laissez-vous imposer des lois? (Goyu.xriteote, au passif ou mieux au moyen). — Ve feligeritis etc., ce sont les jois arbitraires et purement humaines qu’on veut leur imposer (secundum præcepla et doctrinas hominum). Ces préceptes sont d’origine humaine en tant qu’ils vont au delà des prescriptions mosaïques. — Les mots quæ sunt omnia in interilum ipso usu forment parenthèse et n’affectent pas gravement le sens général de la phrase.
2. Col. 211 : In quo circumcisi estis circumcisione non manu facta (&yetcomouñtw) in expoliatione corpore carnis, sed in circumcisione Christi. Le sed est de trop et trouble le sens : « Vous fûtes circoncis [au baptême] d’une circoncision non-faite-de-main-d'homme [c’est-à-dire spirituelle] qui dépouille complètement [èv rÿ àmexôüse] le corps de chair, [je veux dire] de la circoncision du Christ. » Ici l’allusion à la circoncision faite de main d'homme est indirecte et contenue dans son contraire, la circoncision &yetporointoc. L’allusion est directe dans Eph. 211 : Vos gentes in carne, qui dicimini præputium, ab ea quæ dicitur circumcisio in carre, manu facta (yetponorivou) : « Vous, Gentils, qui êtes appelés incirconcis par ce qu’on appelle la circoncision faite de main d'homme en la chair. »
3. Col. 28 : à Tic guhocoplac xai xevñs @ndrne, xaTà Tv Tapddocty TOY
n’est pas ici l'étude ou l'amour de la sagesse, mais un ensemble de rêveries que les charlatans de Colosses décoraient peut-être du nom de philosophie pour hypnotiser les foules, chez qui les grands mots sonores en imposent toujours. L’Apôtre leur restitue leur vrai nom de tromperies vaines. Elles s’appuyaient sur « les traditions des hommes » et l’on peut entendre également par là soit les doctrines d’une école philosophique, par exemple celle de Pythagore, soit les enseignements que les sectes juives d'alors prétendaient avoir reçus de Moïse par transmission orale, soit un de ces systèmes hybrides, résultant d’un syncrétisme judéo-païen, si communs à cette époque. La dernière hypothèse est assurément la plus probable et celle qui rend le mieux compte de ce mélange déconcertant d’observances et de spéculations contradictoires. Les Juifs ont fourni surtout les pratiques; les philosophes païens ont donné les idées: Or tout cela — idées et pratiques — est rangé par saint Paul parmi les éléments du monde (ororyeta roÿ xdouou). Les éléments du monde représentent les notions rudimentaires qui conviennent à l’enfance de l'humanité et que les sages — ou Dieu lui-même s'accommodant à sa faiblesse — lui apprennent comme un alphabet, pour la préparer à un enseignement plus relevé, plus viril, plus divin. La Loi de Moïse elle aussi est comprise dans cette institution élémentaire. Dès qu'apparaîtra celui en qui la plénitude de la divinité habite corporellement et en qui sont cachés tous les trésors de science et de sagesse, ces lueurs crépuseulaires s’évanouiront comme des ombres : tout enseignement qui n’est pas « selon le Christ » sera réprouvé.
Théosophes. — Deux pratiques, fruit direct des spéculations philosophiques, n'ont pas un caractère judaïsant bien pro-
AvBporwv, xaT Tà oToryeïa ToÙ xOouoU, xai où xaTa Xpuorov. — Le nom de philosophie était alors fort en honneur. Philon s’en sert continuellement pour désigner la religion juive, la révélation mosaïque; Josèphe appelle écoles de philosophie (puocopto tpete, Antig. XVIII, 1, 2 etc.) les pharisiens, les sadducéens et les esséniens. Rien d’étonnant si les séducteurs de Colosses s’affublaient de ce titre. — Comme les pharisiens contemporains du Christ, comme plus tard les cabalistes, les gnostiques en appelaient volontiers à la éradition. Cf. saint Hippolyte, Philosophumena, v, 7; vnr, 20; Clément d'Alexandrie, Strom., vn, 17.— Nous avons parlé des éléments du monde à propos de l'Épitre aux Galates, p. 252.
noncé : l’ascétisme exagéré et le culte mal entendu des anges. « Ces observances — dit l’Apôtre, faisant allusion aux prohibitions diverses auxquelles se soumettaient les Colossiens — ont un renom de sagesse par leurs dehors de piété spontanée, d’humilité et de mépris du corps, mais n’ont en soi rien d’honorable et ne tendent qu'à engraisser la chair!.» Voilà un effet bien inattendu des privations et des austérités. Les macérations embrassées arbitrairement peuvent engraisser la chair tout en exténuant le corps. On reconnaît bien là le langage et la doctrine de Paul. Quant à dire quelles étaient ces abstinences, de quels principes elles s’autorisaient, comment elles dérivaient des spéculations théoriques, la forme trop elliptique du discours ne le permet pas. Le même sentiment de modestie outrée, s’alliant à la même prétention de sagesse, mettait en honneur le culte des puissances supérieures au détriment du seul Médiateur véritable : « Que personne ne vous enlève la palme en s’efforçant de vous porter à une fausse humilité et au culte des anges, faisant fond sur ses visions, vainement enflé dans son entendement charnel et n’adhérant pas à la tête? » d’où part tout l’influx vital pour animer le corps mystique. L’entendement charnel est celui qui se ferme à l’action du Saint-Esprit et s'ou-
1. Col. 225 : dérivé ëotr }6yoy mèv Éyovra œopias Év éGe)oBpnoxeia aa tonet- VOpDoG UV HA ADEDIL GULOTOS, OÙX ÉV TU TIVL TOÙS TANGULOVAY TAG Gap. La Vulgate est ici presque inintelligible, parce que : 1. L’on ne se rend pas compte que in superslilione el humililale el non ad parcendum corpori sont les trois choses qui donnent à ces doctrines un renom de sagesse. — 2, Superstitio a un sens trop ouvertement défavorable. — 3. Non ad parcendum devrait être rendu par un seul mot tel que vexatio (Ambrosiaster) afin de maintenir la même construction, — La dernière incise (non in honore aliquo ad saturitatem carnis) compte de toute manière parmi les plus difficiles. Estius paraphrase : Ces pratiques ne donnent pas au corps l'honneur qui lui est dû, en le soumettant à une excessive abstinence. Mais ce sens ne satisfait point. Ici la chair et le corps ne sont pas synonymes.
2. Col. 218:19 : Mndeis dudc marabpubeuéte BElwv ëv rometvopposévn xoi fonsusig Tv GyyÉlwv, à Éépaxev épéatelwy, ex @UotoUuLEvOs To Toù vos rc onpxds aÙdtod, al où xpar@v tv xepadñv. La lecon du texte reçu (à ur ééparev), difficile au point de vue grammatical, est d’une exégèse très facile : «s’occupant de ce qu’il n’a pas vu». Au contraire, la lecon adoptée par les critiques, qui omettent la négation, donne un sens assez surprenant. Le texte serait-il corrompu, ainsi que plusieurs le supposent ? Pour l'explication des autres termes, voir Lightfoot ou Haupt.
vre aux inspirations de la nature toujours sujette à l'illusion et à l’erreur. Cela fait supposer que les dévotions des Colossiens se rattachaïent à leurs vues philosophiques et étaient le produit de leurs instincts visionnaires.
Quel nom donner à ces illuminés? La chose importe médiocrement et peut-être n’y a-t-il pas de nom usité qui leur convienne. Lightfoot propose de les appeler des esséniens gnostiques!. Ces deux mots, de prime abord, semblent jurer ensemble, le gnosticisme historique étant par essence anti-judaïsant. Mais il n’en fut pas ainsi à l’origine et l'exemple de Cérinthe montre que le judaïsme ébionite pouvait s’accommoder d’un gnosticisme rudimentaire. La dénomination de Lightfoot est donc acceptable pourvu qu’il soit entendu qu'on ne parle ni d’esséniens ni de gnostiques proprement dits. Les esséniens étaient cantonnés aux environs de la mer Morte et l’on ne constate pas leur présence, même à l’état sporadique, hors des limites de la Palestine et de la Syrie. D'un autre côté, les faux docteurs de Colosses ne s’identifient avec aucune secte gnostique historiquement connue. Les caractères essentiels de cette hérésie mobile et changeante, le dualisme, les émanations des éons, le docétisme enfin, percent à peine dans les erreurs de Colosses. Si c'est de l’essénisme, ce n’est plus l'essénisme palestinien; et si c’est du gnosticisme, ce n'est pas encore le gnosticisme du deuxième siècle. Mais voilà justement où gît la difficulté : comment expliquer les tendances judaïsantes dans une
1. Colossians and Philemon 11, Londres, 1892, savantes dissertations intitulées : The Colossian Heresy, p. 71-111, et : The Essenes, p. 347-417. L’auteur montre bien : 1. que le gnosticisme est antérieur au christianisme et indépendant de lui; 2. qu’il fit d’abord alliance avec le judaïsme et ne rompit définitivement avec lui que vers le milieu du deuxième siècle ; 3. que les tendances des esséniens avaient d’étroits rapports avec celles des gnostiques; 4. que l’hérésie de Cérinthe représente un gnosticisme judaïsant plus développé que celui dont nous trouvons les traces dans PEpitre aux Colossiens. « Cerinthus is the proper link between the incipient gnosis of the Colossian heretics and the mature gnosis of the second century. In the Colossian epistle we still breathe the atmosphere of Jewish angelology, nor is there any trace of the æon of later Gnosticism; while yet speculation is so far advanced that the angels have an important function in explaining the mysteries of the creation and government of the world. On the other hand it has not reached the point at which we find it in Cerinthus », p. 110-111.
vu MENT UNSS x ge FRE FRE
église où l'élément juif était si minime, la couleur essénienne des doctrines dans un pays si éloigné de la Palestine, les idées gnostiques avant l'apparition du gnosticisme?
Causes de leur succès. — Les Juifs étaient fort nombreux dans la vallée du Lycus. Ils s’y étaient incroyablement multipliés depuis le jour où Antiochus le Grand avait transplanté en Lydie et en Phrygie deux mille familles de captifs israélites. Cent vingt ans avant notre époque, la contribution envoyée par le seul district de Laodicée au temple de Jérusalem se montait à plus de vingt livres pesant d’or : ce qui suppose, d’après Lighifoot, une population adulte d'environ onze mille hommes libres. L'influence religieuse de ces Juifs abhorrés et méprisés, partout où ils s'établissaient, est aussi certaine qu'inexplicable. On admirait leur morale et le sérieux de leurs convictions, on assistait à leurs assemblées, on écoutait volontiers la lecture de leurs livres saints et, si l’on acceptait rarement la circoncision, on se soumettait à leurs autres rites. D'autant plus que sans renier leur rigoureux monothéisme, qui leur donnait une telle supériorité sur les pauvres mythologies païennes, ils savaient l’agrémenter de spéculations théosophiques alors à la mode. Les esséniens, les thérapeutes, Philon, le livre d'Énoch, les Oracles sibyllins, le quatrième livre des Machabées, témoignent assez de cet état d'esprit. Jamais les Juifs n'avaient fait pareil effort pour étendre leur prosélytisme sous le couvert de la philosophie. On leur attribuait la spécialité des sciences occultes. À Rome ils étaient confondus avec les Chaldéens; un peu partout ils passaient pour astrologues et cette réputation, loin de leur nuire, grandissait leur action.
Ce judaïsme nouveau devait trouver faveur parmi les Phrygiens, de tout temps célèbres par leur tendance à l’illuminisme. On eût dit que leur sol même les y portait. Cette nature âpre, tourmentée, secouée périodiquement d'affreux tremblements de terre, déchirée de crevasses qui vomissent encore des vapeurs sulfureuses, semblait le théâtre d'anciennes luttes entre puissances surhumaines. On montrait à Hiérapolis, non loin de Colosses, une bouche de l'enfer appelée Plutonium. Un vieux philosophe de ces contrées, Thalès, disait : « Le monde est un être animé et rempli de démons. » Les rites pratiqués en l’hon-