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LES TITRES ET LES FONCTIONS DU CHRIST

l’image de Dieu, le premier-né, le créateur, le conservateur et la fin de toutes choses ; dans sa vie humaine, il est le premier-né des morts, le chef de l’Église, le rédempteur des hommes et le pacificateur universel ; des deux manières, il est le Fils bien-aimé. Nous ne dirons rien ici du titre de Fils qui n'est point spécial à notre Épitre.

L'image du Dieu invisible — ou peut-être, plus exactement, de Dieu l'invisible ! — est une expression empruntée au livre de la Sagesse et n’est en réalité qu’un synonyme du Fils. Qui dit image dit ressemblance et dérivation. Le fils est l'image du père, dont il est le vivant portrait, mais le père n’est point l’image du fils, bien qu'il en porte la ressemblance, parce qu'il n’en dérive pas. Selon l’énergique et rigoureuse expression de saint Grégoire de Nazianze « le Verbe est image en tant qu'il procède du Père, car il est de l’essence de l’image d’être une reproduction, une copie de son archétype? ». Le Dieu invisible de notre texte est évidemment le Père. L’invisibilité lui convient soit en tant que Dieu et alors elle lui est commune avec le Fils sa parfaite image, soit en tant que Père, comme saint Paul semble l’insinuer et comme l’ont pensé un grand nombre d'anciens écrivains ecclésiastiques : en ce cas elle désignerait l’attribut personnel et incommunicable en vertu duquel le Père, source et principe de la divinité, envoie les autres personnes et n’est pas envoyé par ellesÿ. Comme image du Père, le Fils se trouve apte à le révéler aux hommes; mais ce

1. Col. 115 : “Oc écriv eixdvy Toù Osoù ToÙ &oparou, La même phrase sans Vépithète Toÿ &opérou se trouvait déjà dans ? Cor. 4f, La grammaire, l'usage de Paul et la théologie demandent que @e6ç (avec l’article défini) désigne le Père et alors le qualificatif toù äopärou doit lui convenir, en tant que Père, d’une façon spéciale, c’est-à-dire comme archétype se manifestant dans son image et par elle. L'auteur de la Sagesse (726) avait dit de la sagesse personnifiée ou personnelle : Amaÿyaoma yép éott purès &idlou… wa etxtov tic &yalétnros «üroù. Pour l’idée, comparer Joan. L'6. Philon donne aussi à son Logos le titre d'image de Dieu, De Mundi opif. 8; De confus. ling. 20, 28; De Profugis, 19; De Monarch. n, 5; De Somn. 3, 41, On sait qu’il tirait sa théorie du Logos-Image de Gen. 126:27,

2, Orat.:xxx, 20 (XXXVI, 129).

3. Voir dans Petau, De Trinit., vin, 2, la longue liste des écrivains ecclésiastiques qui attribuent l’invisibilité au Père en tant que Père, soit à cause de notre texte soit à cause de Joan. 1!$ (Deum nemo vidit un-

n'est pas précisément cette aptitude qui le constitue à l'état d'image : il serait image alors même qu'il n’existerait aucune créature raisonnable pour recevoir sa révélation, comme il resterait Fils alors même qu'il n'y aurait personne pour recevoir de lui la filiation adoptive. Plus l'image est parfaite, mieux elle exprime son modèle et l’on peut concevoir une image si parfaite qu'elle égale son prototype. « Tel le Fils de Dieu, portant en lui tout le Père, en tout identique au Père, et n’en différant que par le fait d’être produit!. » Cependant la notion d'image n'implique pas cela et l'égalité, si elle existe, doit se déduire d’autres principes. Le Fils de Dieu est l'image du Père et parce qu’il est son Verbe — le Verbe, de sa nature, exprimant l'intelligence qui le produit — et parce qu'il est son Fils, car la génération, en vertu de son concept propre, tend à reproduire le principe générateur. Mais il n’est pas certain que cette relation entre le Fils et l’image soit dans l’esprit de Paul.

Premier-né. — Si la qualité d'image est absolue et relative à la fois, celle de premier-né est seulement relative et ferait par conséquent défaut au cas où rien ne serait créé. Les Pères observent à bon droit que l'expression « premier-né de toute créature » ne peut signifier que « né avant toute créature ». En effet, pour que le Fils fût rangé dans la catégorie des créatures, il faudrait ou que lui-même eût été créé ou que la créature eût été produite par voie de génération; or, en dehors de lui, rien n’est engendré, puisqu'il est le Fils unique — saint Jean dirait « Monogène » — et d'autre part il n’est pas créé

quam). Les mêmes auteurs attribuent naturellement au Fils toutes les théophanies. Cette opinion jadis très répandue a été mise en vers par Prudence (Contra Patripassianos) :

Credite, nemo Deum vidit; mihi credite, nemo. Visibilis de fonte Deus, non ipse Deus Fons Visibilis. Cerni potis est qui nascitur, at non Innatus (&yévnroc où &yévmtoc) cerni potis est.

S. Jean Damasc., De fide orthod., 1, 8 (XCIV, 816). Cf. De Imag., 1, 9 (XCIV, 1240). Saint Chrysostome conclut que le Fils est invisible de ce qu’il est l’image parfaite du Dieu invisible (à toù &opdrou elxbv xal ar &éoxtoc xoù ôpoiwc &ôparos). Origène avant lui avait dit la même chose (et Ecru etaxdv ToÙ Oeoù ToÙ &oparou, &épuros eixwv, texte rapporté par saint Athanase, De decret. Nic. 27). Cf. Periarchon, I, vi, 3 (XI, 211).

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