LES TITRES ET LES FONCTIONS DU CHRIST
lui-même, puisque tout ce qui a été créé, au ciel et sur la terre, a été créé par lui, en lui et pour lui. En définitive, les trois titres de Fils, d'image et de premier-né se rapportent à la vie divine du Verbe et sont trois aspects de sa génération éternelle, mais il y a entre eux cette distinction que la notion de Fils est absolue, celle d'image absolue et relative, celle de premier-né est relative dans son expression, puisqu'elle inclut l'idée d’un terme extérieur au Fils, mais s'appuie sur une perfection absolue, indépendante de l'existence des créatures!. -
Tout par lui, tout en lui, tout pour lui. — Une courte phrase résume les rapports du Fils avec le monde‘ : Tout est par lui (d1” adrod), tout est en lui (èv «èré), tout est pour lui (eis aürov).
L'incise rù mévra 1” adroÿ éxriorau rappelle le révra dt” adroù yévero du Prologue du quatrième Évangile et l’insistance de saint Paul à comprendre toutes choses, « les visibles et les invi-
1. Col. 115 : Ipwtérouos mdons xriceuc. Presque tous les Pères avant et après Nicée (Justin, Clément d’Alex., Tertullien, Origène, Basile, Isidore de Péluse, Chrysostome, Sévérien, Théodoret, etc.) entendent correctement ce titre du Christ préexistant. Quelques-uns (Athanase, Grégoire de Nysse, Cyrille d’Alex., Théodore de Mops.), par une crainte exagérée de l’arianisme, l'expliquèrent du Christ incarné. Mais Paul n’est pas encore arrivé à lincarnation et le xpwrtétoxos x Tüv vexp&v, qui vient plus bas (118) après la qualité de « chef de l'Église », est tout différent. Entendu du Christ incarné, xpwrétoxos marquerait la prééminence, comme dans Ps. 88 (89), et non la priorité; mais alors comment expliquer le génitif méons xtiseuc, puisque le Fils, d’après ce qui suit immédiatement, ne rentre pas dans la catégorie des créatures? — D’un autre côté, mpwtétoxos est passif (engendré avant) et non pas actif (engendrant
avant), comme l'entend peut-être saint Basile (Contra Eunom., 1v) et cer-"
tainement saint Isidore de Péluse (Zpist. 1, 31) qui accentue mpwrtoté- #0c sur la pénultième. — Dans le composé xpwréroxos, le premier élément est donc comparatif (comme dans Joan. 15 : xe@rés pou ày) et a rapport à la durée. Chrysostome (oûyi d£fas nai tuuñc &AXà ypévou mévov écti onuavzuxév) et Théodoret (oùy ds ddekgñv Exov Tv ATioLV, &AÂ’ Ds Tpù néons uricewc yevvnbeis) expriment très bien cela. La paraphrase de Justin (Dialog. 100, VI, 709) est aussi excellente : Ilpwroroxov toù @eoë xai rpù révrwy T@v xriouéruv. Du reste Paul se paraphrase lui-même quand il dit quatre lignes plus loin (Col. 117) : xai aôtéc ot! mpù mévrwv.
2, Il est à noter que ces trois locutions paraissent respectivement deux fois dans le contexte (Col. 115:20) : et se rapportent la première fois au Christ préexistant (115-18), l’autre fois au Christ incarné (119-220). Remarquez également que les trois locutions s'appliquent à Dieu sans distinction de personnes, Rom. 1156 : "EE aÿroû xai Ô œbroù ol els aÜTév. La Vulgate porte : ex ipso el per ipsum el in ipso, mais on Salt qu'après in laccusatif et l’ablatif sont très souvent mis l’un pour l’autre,
sibles, au ciel et sur la terre », dans l’activité créatrice du Fils ne le cède point à celle de saint Jean lui-même. Il n’est pas exact que la particule à4 exprime en soi une causalité instrumentale et subordonnée, puisqu'elle s'applique parfois au Père aussi bien qu’au Fils, et les ariens s’en autorisaient à tort pour soutenir l’infériorité du Fils par rapport au Père; on reconnaîtra cependant qu'elle est plus apte à signifier une activité médiatrice de sa nature et convient ainsi mieux au Fils qui procède qu’au premier principe inengendré. S'il s'agissait du Père, selon la loi d’appropriation des particules, saint Paul dirait plutôt : & où à mévra; car tout dérive du Père par le Fils.
Il y a plus : « Tout fut créé en lui » et : « Tout subsiste en lui.» Ces deux expressions ne sont pas à confondre. La première est pour rendre raison de la priorité du Christ : « Il est le premier-né de toute créature, parce quetoutes choses furent créées en lui?, » Elle nous sert à préciser le sens de « premierné » comme synonyme de : « antérieur à toutes choses » et comme placé hors de la catégorie des êtres créés. En effet la préexistence du premier-né est la condition essentielle de l'existence des créatures. Comment? Paul ne le dit point. Les Pères, à la suite de saint Hippolyte et d'Origène, supposent que c’est en qualité de cause exemplaire, comme lieu des idées et archétype universel. L'hypothèse est séduisante et, bien qu'il faille se garder d'imposer à Paul les spéculations platoniciennes et philoniennes sur le xôsuos vonréc, on ne voit pas comment Dieu a créé « dans le Fils » si le monde n’était en quelque façon « dans le Fils » : or il n'y était que d'une manière intelligible. La seconde expression : « Tout subsiste en lui » n’est pas équivoque. Sans lui, sans la Sagesse incréée, toutes les créatures se disperseraient, s’émietteraient et, à force de se combattre, s'abimeraient de nouveau dans le néant. C’est lui
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1. Col. 116 : Tà mivra 1 aüroë xat eic aûrov Éuruotar. Joan. 13 : Iévro à œüroÿ éyéveto. La différence entre ces deux expressions si semblables c’est que saint Jean, employant l’aoriste, indique la première production des êtres par l’activité du Fils, tandis que saint Paul, se servant du parfait, désigne la relation actuelle des créatures au Fils comme à leur créateur.
2. Col. 116 : [pwrérouos méonc xticewc, ôtu êv aùt® Éxtioln Tù névra. On rapprochera de ce texte Joan. l*, surtout si l’on se croit autorisé à adopter la ponctuation suivante : *O Yéyovev èv aÙT® Con Av.