III. LE CHRIST ET LES ANGES
Primauté absolue du Christ. — Les idées de Paul sur l’angélologie et la démonologie, idées courantes au premier siècle de notre ère, ne mériteraient pas un paragraphe à part sans le relief que leur donnent les erreurs des Colossiens.
Ceux-ci, à force de compter sur la médiation des anges, COuraient risque de méconnaître le grand Médiateur. Peut-être même quelques-uns ne mettaient-ils plus entre eux et lui qu'une
1. Col. 117 : névra Ev at cuvéornxev. Aristote avait dit (De Mundo, vi) : Ex Toù Oeoù maévra, ai à Oeoù Auiv ouvéornxev. Le parallélisme d'idées n’est qu’apparent à cause du datif Autv. Il est réel au contraire dans cette parole du Stagirite (Æthic. Eud. vu, 9) : To xovèv mäv G1à Toù Gtxætou ouvéornxev, Où le verbe ouvéornxev est employé absolument. Platon attribue la même fonction au démiurge : Æuveotévar T@ To oùpavoÿ Onuoupy& adtov Te xai tà ëv adr®. Philon (Quis rer. divin. heres) assigne à la providence : Zvvéornxe mpovoiæ Oeoë. Le mot employé par Aristote, Platon, Philon et saint Paul signifie d’après le contexte « maintenir son équilibre, sa cohésion ». Reiske le définit assez bien : « Corpus unum, integrum, perfectum, secum consentiens esse et permanere, » é
différence de degré. Paul recommande à l’occasion le respect des anges, mais il ne veut pas que ce soit au détriment du Christ?. Il sait que les anges apportèrent la Loi à Moïse*; qu'ils habitent aux cieux *, dans la lumière’ ; qu'ils assistent aux rites augustes de l'Églisef, aux luttes et aux triomphes de l'Évangile”; qu'ils escorteront, au dernier jour, le Juge suprême® ; que l’un d'eux, un archange, donnera le signal de la résurrection ?. Il ne proscrit que le culte arbitraire des anges, un culte qui serait dérogatoire à l'honneur de Jésus-Christ. Entre eux et lui la comparaison n’est pas possible : ils sont dans le rapport de la créature au créateur, du fini à l'infini : « Les choses visibles et les invisibles, soit les trônes, soit les dominations, soit les principautés, soit les puissances, tout a été créé par lui et pour lui'°. » La répétition intentionnelle du mot « soit » dans l’énumération précédente a fait soupçonner . que l’Apôtre adopte la terminologie en usage chez ses adversaires sans l'apprécier ni la sanctionner. Cette impression se confirme par le passage parallèle : Dieu a fait asseoir le Christ à sa droite « au-dessus de toute principauté, et puissance, et vertu, et domination, et de tout [autre] nom prononcé non seulement dans ce siècle mais dans le siècle à venir! ». Paul admet certainement une hiérarchie angélique, comme il admet une hiérarchie infernale ayant pour chef suprême et pour représentant le diable, Satan ou Bélial!?, Les noms différents, si souvent répétés, de principautés, de puissances, de vertus, doivent désigner des différences de nature ou de rang. Et cette conclusion n’est pas infirmée par le fait que ces mêmes noms s'appliquent selon les cas aux puissances angéliques, infernales et terrestres. Pourquoi des mots distincts pour signifier une chose identique? Il y a au ciel, comme sur la terre, des tribus et des familles; or cela suppose une diversité de
1. Col. 21819, — 2, 1 Cor. 1110; Gal. 414 — 3. Gal. 319, — 4. Gal. 15. — 5. 2 Cor. 1114. — 6. 1 Cor. 1110. — 7. 1 Cor. 49, — 8. 2 Thess. 17. — 9. 1 Thess. 416, — ]0. Col. 116, — 11. Eph. 121.
12. Le diable (Eph. 427; 611; 1 Tim. 36:7; 2 Tim. 226), Satan (Rom. 1620; 1 Cor. 55; 76; 2 Cor. 211; 1114; 127 « ange de Satan »; 1 Thess. 218; 2 Thess. 29; 1 Tim. 120; 515), Bélial (2 Cor. 615), le prince de la puissance de l’air (Eph. 22), la puissance des ténèbres (Col. 113).