Eph. 121; Col. 116. — 3. Col. 120, Cf. Eph
4, Eph. 122. La différence de relation entre les autres choses que Dieu a mises sous les pieds du Christ et l'Église, qui est le corps du Christ et à qui le Christ sert de tête, est assez clairement indiquée dans cette phrase,
Les êtres raisonnables, qui doivent au Christ leur hommage, sont de trois ordres : célestes, terrestres, infernaux (Phil. 210 : {vo mäv yôvu xdubn émovoavéwv xai émiyelwv xoi xataydoviwv); mais le ciel n’est pas le lieu exclusif des bons anges : il l’est aussi des élus (1 Cor. 154$; cf. 1540) et même, dans un sens différent, des esprits mauvais (Eph. 612 : à mveuuorun Tic movnplac év vos énoupaviouc), soit à raison de leur origine, soit à cause de la région supramondaine qu’ils occupent.
Les esprits bons sont désignés par sept noms différents : &yyehoc, &pxéyyehoc (1 Thess. 416 : l’archange Michel; cf. Jud. 9), &o4ñ (principatus), éfovoio (potestas), Süvauuc (viréus), xvpwérnc (dominatio : Eph. 121; Col. 116), 8pévos (thronus : Col. 116). En dehors des archanges et des trônes, mentionnés une seule fois, et des dominations, nommées seulement dans le passage parallèle des Épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens, les autres appellations sont communes aux anges, aux hommes et aux démons. De plus elles se présentent, dans les diverses séries, sans aucun ordre fixe et Von a partout l’impression que saint Paul n’entend pas faire une énumération complète :
A) Eph. 1?! : Le Christ siège : Ünepivew micnç &pyñc, xai éÉouoiac, xai Guva- EU, x XUPLÔTNTOS, Hoi Tavrèc ÔVéLETOS Ovomaomévou où LÔVOY ÈV T& aiwve ToUT &AÂQ KA ÉV TD LÉAAOVT:.
B) Col. 116 : Tout a été créé par (Gt) le Fils et pour (eic) le Fils : tà Gparà xai Ta &opata, elte Bpôvor, eïte xupétntec, elte doyai, eître éÉouciau.
C) 1 Cor. 15°4 : Le Christ. à son avènement, renversera : näoay &pxàv, xai näcav éÉouoiav na OUvauv.
D) Rom. 8 : Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ : oÿte 0évatoc, oÙTE bu, oÙtTE &yyedot, oÙte &pyai, oÙte èveoTüta, oÙte méAlovtæ, oÙte Gvvapets, xt). (neque vita, neque angeli, neque principatus, neque virtutes [plusieurs manuscrits omettent ces deux mots], neque instantia, neque futura, neque fortitudo [le Fuldensis lit : neque virtus], etc.
Malgré l'autorité de saint Augustin (De Trinit. 1, 8), suivi par saint Thomas et d’autres scolastiques, il est difficile de voir dans la série C des anges que le Christ renverserait (xatapyñon, evacuaverit), en ce sens qu’il leur ôterait alors leurs fonctions devenues inutiles. — Il ne semble pas non plus possible d’y voir, avec un certain nombre de commentateurs catholiques (Cajetan, etc.) et protestants (Bengel, etc.), les anges en même temps que les hommes constitués en dignité. — L'opinion la plus commune parmi les anciens interprètes grecs (Chrysostome et sa suite) et latins (lAmbrosiaster, Pélage, etc.) n’y cherche que des démons, auxquels ces trois noms sont effectivement appliqués ailleurs. — Nous croyons plus probable qu’il y est question de toutes les vertus et puissances hostiles à Dieu et à son Christ, de quelque nature qu’elles soient, démons, hommes, forces abstraites, telles que la mort, le péché, etc. — En tout cas, l Cor. 1524 ne saurait éclairer l’angélologie de Paul.
La série D prête à plus de doutes encore, soit comme texte soit comme exégèse. Nous avons indiqué plusieurs des variantes du texte latin. Le grec à aussi des variantes, quoique le texte donné ci-dessus paraisse assuré. Mais comme ôuvapets est séparé de &pyai par deux membres, on ne
peut guère parler de série. Qu'il s’agisse des bons anges (pär hypothèse, comme dans Gal. 18), ou des mauvais, selon l’opinion plus commune des catholiques (voir Estius et Cornely), ou peut-être des puissances surhumaines sans distinction, cela n’ajoute rien à ce que nous savons par ailleurs.
En définitive, nous restons en présence des deux séries A et B qui ne s'accordent ni pour l’ordre ni pour les noms :
Eph. 121 : Principautés Col. 116 : Trônes Puissances Dominations Vertus Principautés Dominations Puissances
Les principautés et les puissances (äpyai xai étouoiu) vont généralement ensemble et peuvent désigner des pouvoirs célestes (Eph. 121; 310; Col. 116; 210), ou infernaux (Eph. 612; Col. 215) ou terrestres Rom. 131; Tit. 31 apyais éEovoious) Ou infernaux et terrestres à la fois (1 Cor. 1524).
IT. L'ANGÉLOLOGIE JUIVE.
Les spéculations au sujet des anges, fort à la mode dès cette époque chez les auteurs d’apocalypses, ne nous aident guère à éclaircir la pensée de Paul. Les idées sur la hiérarchie angélique n’avaient rien d’uniforme. — Il y avait le groupe des archanges qui étaient tantôt sept (Tob. 1215) rangés ainsi par le livre d'Enoch, chap. xx : Uriel, Raphael, Raguel, Michael, Sariel, Gabriel, Remiel; tantôt six, par exemple dans le targum de Jonathan sur Deut. 345; tantôt quatre seulement, Enoch, 1x, 1 (Michael, Uriel, Gabriel, Raphael), mais énumérés sans ordre fixe (cf. Ænoch, x, 1, 4, 9, 11; xL, 2, 9; civ, 6; Lxxr, 8, 9, 12); quelquefois cinq, avec d’autres noms (Orac. Sibyll. x, 214-215). Saint Paul ne nomme qu’une fois un archange, 1 Thess. 416, entendant très probablement par là l’archange par excellence, l’archange Michel (Jud. 9 : 6 dë Miyañ 6 dpyayyehoc). — Un autre groupe d’esprits célestes étaient les Seraphim, les Cherubim et les Ophanim « qui ne dorment jamais et qui gardent le trône de la majesté divine » (Enoch, Lxx1, 7); mais aucun de ces noms ne se trouve dans saint Paul. Cf. Bousset, Die Religion des Judentums im neut. Zeitalter, Berlin, 1903, p. 313-325; F. Weber, Jüdische Theol.?, Leipzig, 1897, p. 166- 174; L. Hackspill, L’angélologie juive à l’époque néo-testamentaire, dans Revue biblique, XI (1902), p. 527-550, premier article d’un travail dont nous n’avons pas vu la suite. L’opuscule d'Everling (Die paulin. Angelologie und Däümonologie, Gættingue, 1888) ne peut être utilisé qu'avec beaucoup de circonspection.