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Voici les cinq textes en question

I. Col. 119, — Le Christ a la primauté en toutes choses : ôtt èv adr® eddGnnoEy näv To T\NpHUX xatotxñoar La suite de la phrase semble montrer clairement que Dieu — et non pas le plérome — est le sujet du verbe eddoxnoev.

II. Col. 2°. — Restez inébranlablement fixés dans le Christ, sans vous laisser séduire par une vaine philosophie : ot èv adr® xarorxet mäv rè riñpopa The Dedrntros copatix@e, xai ÈoTè Èv aÙtTO TernowEÉ VOL, AT}.

IT. Eph. 12%. — Dieu a donné le Christ pour chef suprême à l’Église : ris Éotiv To oépa adrod, To nAfpoua Toû Ta névra Èv näGIY rAnpov- LÉVoU.

IV. Eph. 31%, — Je vous souhaite de connaître l’incompréhensible charité du Christ : {va nAnpwôgre els mäv To tmAñpwua Toÿ Oeoë.

V. Eph. 418, — Le Christ est descendu sur la terre et remonté aux cieux : {va mAnpooy Tà névre. Il distribue les charismes pour que nous arrivions tous ensemble à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu : eis &vôpæ téhetov, ei pétpoy Alxlas Toù mAnpôparos rod Xptotoÿ. ;

En dehors de ces deux Épitres, nous n’avons à rapprocher que les deux textes suivants.

VI. Rom. 152%. — L'Apôtre sait qu’il ira à Rome : ëv rAnpôuaret ed)oyiac Xptoroÿ. Mais l'expression diffère beaucoup des passages précédents, car mhipwua n’est pas régi par le génitif possessif Xpioroÿ ou @coÿ, mais par le génitif d'espèce ou d’apposition eloytac.

VIL. Joan. 116, — “Or ëx Toù mAnpéuatos aÙroÿ ue mavrec ÉAGGOEY voi yapuv vil ydpiroc. Ce verset a son commentaire naturel quelques lignes plus haut, Joan. 114 : nlñpne xéprros xoù &Anbeiac.

La première fois que l’Apôtre nomme le plérome, dans lÉpitre aux Colossiens, il en parle comme d’une chose connue et qui se passe d’explication : preuve que le mot faisait partie de la terminologie des adversaires.

Voir, ci-après, la note S, p. 414-416.

LE PLÉROME. All

par plérome l'ensemble des émanations divines, la somme totale d’être divin répandu dans l'univers. Il y a des raisons de croire que cet usage remonte jusqu'à Cérinthe. S'il nous était permis de supposer que cette terminologie avait cours parmi les Colossiens, nous obtiendrions un sens très acceptable : L’essence divine n’est pas dispersée en une multitude d’éons, échelonnés entre la matière et l'absolu, comme vous l’enseignent vos faux docteurs ; elle est tout entière ramassée, concentrée dans le Christ, « elle habite corporellement en lui ». Mais cette exégèse n'est-elle point un anachronisme? Nous arrivons d’ailleurs au même résultat en laissant au mot « plérome » son sens ordinaire d'ensemble et de totalité. La plénitude de la divinité sera alors l’ensemble des perfections qui constituent l'essence divine, autrement dit la divinité elle-même.

Dieu habite dans l'âme et dans le corps des justes comme dans son temple, mais il y habite par des grâces finies, toujours susceptibles d'augmentation, non dans la plénitude de sa puissance et de ses attributs : surtout il n’y habite pas corporellement. Pour y habiter ainsi il faut qu'il soit substantiellement uni à l'humanité, de manière à former avec elle un composé théandrique, comme l'âme informant le corps constitue avec lui une seule nature. Les deux formules théologiques : /n ipso inhabitat plenitudo divinitatis corporaliter, et : Verbum caro factum est et habitavit in nobis, sont donc équivalentes. Seulement le mode d'habitation n’est pas le même. En saint Jean, il est question du séjour passager du Verbe fait chair qui daigne planter un moment sa tente (ésxñvwsev) au milieu de nous; en saint Paul il s’agit de la demeure stable, permanente et définitive (#arowet) de la divinité dans l'humanité du Christ.

Plénitude de grâces. — Dans l’autre formule : /n ipso complacuit omnem plenitudinem inhabitare, il faut renoncer à la tentation de chercher encore le plérome de la divinité. Le contexte s'y oppose et le texte ne ressemble guère au précédent. Il y manque deux mots essentiels : divinitatis et corporaliter. Il s'agit ici de la plénitude dont parle saint Jean : Vidimus.. plenum gratiæ et veritatis… Et de plenitudine ejus nos omnes accepimus. La plénitude de la divinité habitant corporellement dans le Sauveur y apporte une plénitude des grâces. Ily a done

en lui deux plénitudes dont l’une dérive de l’autre. La plénitude de grâces accordée au Sauveur dépend du bon plaisir du Père qui est le sujet du verbe eddéxncev, elle est subordonnée à ses fonctions de chef de l'Église et de pacificateur universel. Mais elle n’est pas dans le Christ comme la grâce est dans les autres saints; elle y est à demeure, permanente {(xavorxsiv); elle découle naturellement de l’autre plénitude, le plérome de la divinité; elle est la source dont le trop-plein déborde et remplit les membres du Christ. Plus on rapprochera l'Épître aux Colossiens du Prologue de saint Jean plus on y découvrira d’étroits rapports.

Plérome de Dieu. — Dans l'Épitre aux Éphésiens, Paul souhaite aux fidèles d’être remplis « selon la mesure (ei) de tout le plérome de Dieu ! ». Nous ne croyons pas, avec saint Jean Chrysostome, qu'il veuille parler de la perfection absolue de Dieu; car, s’il n’est pas inouï que les auteurs sacrés nous proposent Dieu comme un idéal parfait sur lequel nous devons modeler nos actions, il est certainement beaucoup plus naturel de voir ici la plénitude de grâces et de dons spirituels dont Dieu est l’auteur. D'autre part, entendre « le plérome de Dieu » du Christ ou de l’ Église, use rien dans la phrase ne suggère ni le Christ ni l'Église, c’est faire violence au langage.

Plérome du Christ. — Aïlleurs encore, l'Apôtre nous représente Jésus-Christ prodiguant ses soins à l'Eglise « jusqu'à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance

1. Eph. 319 : "Iva mAnpwlñre els mäv To mAfowux roù Ocoù. Sans le r&y on pourrait entendre : Soyez remplis de la plénitude de Dieu, c’est-à-dire : comme Dieu est plein. Comparez : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, Mat. 58. Mais dirait-on bien : Soyez parfaits de {oute la perfection de Dieu? — Théodoret propose : Soyez remplis de manière à ce que Dieu habite parfaitement en vous; mot à mot : De manière à être vous-mêmes la plénitude de Dieu, autrement dit : tout pleins de Dieu. Cf. Envpidwv rinpopota — des corbeilles pleines. Mais cette idée est nouvelle dans le N. T. et l’on ne voit pas la raison d'être de xä&v. — Reste donc l'alternative : Toutes les richesses dont Dieu est la source, toutes ses perfections communicables aux saints : UE per hæc efficiamini divinæ consortes naluræ, 2? Pet. 14. — On constatera la différence qu’il y a entre mây Tù n\ñpwux Toù Oeoÿ (la plénitude qui appartient à Dieu ou qui vient de Dieu, génitif possessif ou génitif de cause) et näv ro n\ñowua tüc 0eétntos (la plénitude de la divinité, génitif d’apposition = la divinité dans toute sa plénitude),

LE PLÉROME, 413

du Fils de Dieu, de manière à former un homme parfait selon l'âge mûr de la plénitude du Christ! ». L'homme parfait c’est le Christ mystique composé du chef et des membres et destiné à une perfection dont il peut se rapprocher indéfiniment sans en atteindre jamais la limite. Si le corps répondait pleinement à la tête, le Christ mystique serait un homme parfait en ce sens qu'il ne lui manquerait rien de la perfection qu’il peut et doit posséder. Les imperfections ne viennent pas de la tête qui a la plénitude ; elles dérivent du corps qui aspire et tend à la perfection (eèç voa tékeov) sans jamais pouvoir arriver au plus haut sommet. Saint Paul lui propose pour modèle et pour mesure (eie mérpov) « l’âge mûr de la plénitude du Christ », c'est-à-dire la personne du Christ glorifié, dans cette plénitude de perfection que l’Apôtre compare à la maturité de l’âge et qui exclut tout progrès et toute croissance.

Enfin lersque l’Église, corps mystique du Christ, est désignée sous cette appellation mystérieuse : rù mñpoua vo Tà ravra ëv räow mAnpouuévou?, sans subtiliser davantage et prenant le plérome dans son acception la plus ordinaire, nous entendons que le Christ est complété par l'Eglise, comme la tête est complétée par les membres. Jésus-Christ a beau remplir tout de sa plénitude, il a besoin lui-même d’un complément pour exercer

I EE EEE ER Eee =

1. Eph. 415 : péypr atavrowpev ol mévrec.… el &vôpa TÉRELOV, Eic LÉTROV uxiac To mAnpopatos Toÿ Xpuoroÿ. Notez que P'Apôtre écrit oi mévtec « tous ensemble, collectivement » et non point mévres « tous individuellement, chacun en particulier ». De même il dit ei; Gvôpa téletov et non pas eic ävôpas teheious. Que la relation indiquée pour nous soit bien dans son esprit, la suite du texte le montre : adEnowpev els AÜTOV Tà TAvTU, 06 ÉGTLV À 2cpon, Xpiots, KT).

2, Eph. 125. Nous avons trouvé après coup l'explication adoptée ici dans un savant et intéressant article de J. Armitage Robinson, The Church as the Fulfilment of the Christ (dans The Exposilor, 5"° série, t. VIII, 1898, p. 241-259). L'auteur rapproche notre texte de Col. 124 : &vravarAnp& Tù dorepapara t@v Oipewv roù Xproroÿ. Il regarde l'expression tà révra ëv räoiv comme une sorte de locution proverbiale pareille à l’anglais « all in all» ou au grec classique tavrémactv mais avec plus d’emphase et nous invite à comparer 1 Cor. 125; 1525; Col. 31. Enfin il cite en faveur de son exégèse l'ancienne version latine : supplementum ejus qui omnia el in omnibus implelur, la première version syriaque, les versions coptes, saint Jean Chrysostome et surtout le commentaire très pénétrant d’Origène que les chaînes bibliques nous ont conservé.

son action rédemptrice et l'Église le complète comme une puissance passive qu'il informe de sa vertu ou comme un réceptacle qu’il remplit de ses grâces. À ce point de vue elle se nomme à juste titre « le complément de celui qui remplit tout de toute manière », ou mieux sans doute « le complément de celui qui se complète entièrement en tous » ses membres.

Résumé. — 1. « La plénitude de la divinité » c’est la divinité elle-même, ou dans un sens technique peut-être en usage dès le premier siècle, « la totalité d'être divin » par opposition aux parcelles et aux prétendues émanations de cet être.

2. « La plénitude de Dieu » c’est l’ensemble des biens surnaturels qu’il aime à répandre sur ses amis, quand il les rend participants à la nature divine, et dont il a constitué Jésus- Christ dépositaire universel.

3. « La plénitude du Christ» c’est la mesure surabondante de. grâces que le Sauveur reçoit de son Père pour les déverser sur l'Église qui est son corps et sur les fidèles qui sont ses membres.

4. En un sens tout différent, l'Église est « la plénitude du Christ » parce qu'elle le complète et l’achève dans l'économie de la rédemption, la sève de la grâce ne pouvant arriver aux membres que par l’influx du corps mystique.

Cette dernière acception, la plus remarquable de toutes, nous conduit de plain-pied à la théorie du Christ mystique qu’il nous faut étudier sommairement.

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