II. EMPLOI DU MOT APRÈS L’AGE APOSTOLIQUE
Parnu les Pères apostoliques, saint Ignace semble être Le seul à se servir de ce mot (Ad Ephes. inscriptio : rñ eÿloynuévn èv peyéler Oeod ITatpdc xAnpuopari, Ou peut-être xai minpopart [Cf. Funk, p. 212]; Ad. Trall. inscriptio : dorätopat év T& mnpwuart). Il entend probablement la plénitude des grâces ; mais la façon vague et obscure dont il emploie ce terme semble montrer qu’il fait usage d’un mot recu dans la langue chrétienne, sans y attacher une signification bien précise.
Il est possible que le mot ait été plus tard évité par les écrivains orthodoxes à cause de l’abus qu’en firent de bonne heure les diverses sectes
gnostiques. À la vérité, le plérome est resté associé au système de Valentin dont ilfait partie intégrante ; mais, d’après saint Irénée et saint Hippolyte, d'autres sectes l’adoptèrent aussi en invoquant formellement l’autorité de saint Paul. Au dire de saint Hippolyte, Philosophumena, v, 12 et x, 10 (XVII, 3162 et 3422), les pérates, secte apparentée aux ophites et aux naassènes, fondaient sur Col. 119 et 2° une conception du plérome qui n’a de commun que le nom avec la théorie de l’Apôtre. L’Arabe Monoïmos, Zbid. vi, 13 (XVI, 3359), ainsi que les naassènes, Zbid. v, 8, faisaient également entrer le plérome dans leurs rêveries. Saint Irénée, Contra hæres. I, xxvi, 1; IL, xt, 1; IL, xva, 1 (VII, 685, 880 et 920), expose un système gnostique d’après lequel le Christ serait descendu en Jésus, au baptême, sous la forme d’une colombe et serait rentré dans le plérome après avoir enseigné aux hommes le Père invisible. Cette doctrine est expressément attribuée à Cérinthe dans le premier passage, où cependant le plérome n’est pas nommé (revolasse iterum Chvristum de Jesu). Dans le second texte, Cérinthe est mentionné en compagnie des nicolaïtes et d’autres hérétiques. Dans le troisième, le nom de Cérinthe manque mais sa théorie est opposée à celle des valentiniens. On croit que Basilide évita ce terme de plérome, de même qu’il répudia le système des émanations divines. Valentin, au contraire, en fit grand usage et Tertullien, De præscript. 49 (II, 84), donne à entendre qu'il en est l'inventeur : « Introduxit enim Pleroma et Æones triginta. » Mais le plérome de Valentin est fort différent de celui que nos Épitres laissent supposer chez les adversaires de Paul. C’est moins l’ensemble des forces divines que le lieu des éons — assez semblables aux idées platoniciennes — et il est ainsi opposé au xévoua, le lieu des phénomènes et des êtres périssables. Les disciples de Valentin, Théodote dans Clément d'Alexandrie, Excerpta Theodoti, 32-36 (IX, 676-677) et Héracléon dans Origène, Zn Joan. x, 19; xim, 11 (XIV, 865 et 416), font jouer au plérome un rôle très obscur pour nous; mais on a l'impression que le plérome de Valentin se rattachait à la philosophie grecque, tandis que celui des premiers gnostiques, tels que Cérinthe, relevait plutôt du judaïsme palestinien. Je dis palestinien, car le plérome semble étranger à la terminologie de Philon : le plérome de la famille « l'ensemble d’une famille complète » (De præmiis et pœnis, 18), comme le plérome de la cité dans Aristote (Polit. 1v, 4), « l'ensemble des parties constituantes essentielles à la cité primitive », appartient à un autre ordre d'idées. Le sens fondamental du plérome, dans Cérinthe et les théosophes de. Colosses, semble donc être l’acception biblique de plénitude, d'ensemble et de totalité. |
Cf. Lightfoot, Colossians!1, 1892, p. 255-271 : On the meaning of n\pwua. Il y a sur le sujet une petite monographie de Storr, Opusc. academ., t. I, p. létet une note substantielle de Fritzsche, Epist. ad Roman., Halle, 1836- 1843, t. II, p.469; mais Storr cède à la préoccupation d’assigner partout à rhñpwpa un sens actif, comme Lightfoot au parti pris de voir partout un sens passif. L'article de Robinson, cité plus haut (p. 413), nous paraît plus au point,
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