L'ÉGLISE CORPS MYSTIQUE DU CHRIST
Analogie du corps humain. — Le sujet principal de l'Épitre aux Éphésiens est l'Eglise, comme celui de l'Épitre aux Colossiens était la personne même de Jésus-Christ. L'Eglise est le prolongement du Christ dans le temps et l’espace; pour parler comme Paul, elle est le complément, le plérome du Christ. Dans la langue imagée des prophètes, la race élue était la vigne, la maison, la fille, l'épouse de Jéhovah : l'Église, héritière de la Synagogue, est tout cela, mais elle est aussi le temple de l’Esprit-Saint et le corps mystique du Christ. Cette théorie du corps mystique n'est pas le fruit des années. Il est impossible d'en retracer le développement graduel; elle n'a pas d'histoire. À part les applications et les conséquences, elle est contenue tout entière dans ce mot du Sauveur : « Je suis Jésus que tu persécutes. » Ce serait ne rien comprendre à la pensée de Paul que d'y voir une simple abstraction, un pur être de raison. C’est une réalité de l’ordre moral, mais une réalité véritable, puisqu'elle est le sujet d’attributions, de propriétés et de droits. Mystique n’est pas l'opposé de réel et il y a des réalités en dehors de ce qu’on palpe et de ce qu’on pèse. Il faut remarquer toutefois que cette réalité s'exprime par une métaphore, comme tous les objets immatériels et suprasensibles ; or, pour bien saisir la valeur d’un terme métaphorique, il convient de se reporter à la comparaison latente sous la métaphore. La meilleure illustration du corps mystique est donc l’analogie du corps humain. Deux choses sont essentielles à un organisme parfait : la variété des organes avec la diversité
de site, de structure et de fonctions qu’elle implique; puis leur unité dans un principe commun de mouvement et de vie. Sans diversité de parties, on a une masse inerte, non un organisme ; sans unité de force motrice et de principe vital, on aurait un agrégat d'êtres vivants, non un corps animé. À ces deux conditions primordiales s'ajoute la relation de dépendance, contenue implicitement dans l'idée d'organisme, par laquelle les membres subissent les influences les uns des autres et deviennent aptes à une action collective. « De même que dans un seul corps nous avons plusieurs membres qui n’ont pas tous la même fonction, ainsi nous sommes, malgré notre nombre, un seul corps dans le Christ et les membres les uns des autres". » Bien loin de nuire à l'unité, la diversité l’embellit et l’achève. « Le corps n’est pas un seul membre mais plusieurs. Si tout était un seul membre où serait le corps ?? » Diversité d’or-. ganes, identité de vie : telle est la formule du corps humain et telle est aussi la formule du corps mystique : « Le corps est un et il a plusieurs membres et tous les membres, quel qu’en soit le nombre, ne sont qu’un seul corps : il en est de même du Christ. » Paul ne fait guère qu'énoncer les deux conditions qui précèdent parce qu’elles sont évidentes, mais il insiste sur la solidarité des membres entre eux parce qu'il doit en faire un des fondements de sa morale. Il ne veut pas que l'œil puisse dire à la main : Je n’ai pas besoin de ton aide, ni la tête aux pieds : Je n’ai pas besoïn de vous. « Lorsqu'un membre souffre tous prennent part à sa peine ; et lorsqu'un membre est honoré tous prennent part à sa joie. » C’est la nature qui nous instruit et nous dicte notre devoir. Elle nous apprend aussi à donner assistance aux membres les plus faibles et honneur aux membres les plus vils. Saint Paul conclut tout son enseignement par cette maxime : « Vous êtes [tous ensemble] le corps du Christ et individuellement ses membres ‘, »