‹ La théologie de Saint PaulChapitre 214 sur 630 · EE ——Û—] ] " — —]———] A · texte numérisé non relu

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peut cesser un jour. Au contraire, ürépywv marque mieux [a permanence : « existant alors et encore dans la forme de Dieu ».

B) Au Christ historique, les versets 7» et 8 (oi oyñpart… GTaUpoË). — La ponctuation de la Vulgate est ici défectueuse; la phrase devrait commencer et non finir par : et habitu inventus ut homo. En effet le Christ prit la forme d’esclave et devint semblable aux hommes au moinent de lincarnation; mais il ne fut reconnu homme (eüpeteic), par l'ensemble des dehors sensibles (oyfuart, habitu), qu'après l’incarnation.

C) Au Christ glorifié, les versets 9-IL (àè xat.… natp6s). — Dans Ôtù xai (propter quod et) xai marque la réciprocité et pourrait se traduire par « en retour ». Le à semble viser seulement la dernière phrase, c’est-àdire l'humiliation volontaire du Christ historique; il marque donc la récompense due aux mérites du Christ. Si on voulait le faire rapporter à tout ce qui précède, il marquerait la conséquence logique et offrirait un sens virtuellement double : le Père exalte son Fils et parce que cette exaltation convient au Fils en tant que Dieu et parce qu’elle lui est due comme récompense en tant qu'homme.

1. Velasquez, Epist. ad Philip., t. I, p. 351, est le premier théologien catholique qui ait soutenu ce système. Il avertit ingénument qu'il en est l'inventeur : « Dicerem confidentius expositionem meam, si aliquem indubitatum, præter me, auctorem ejus reperissem. » S'il avait bien cherché, il aurait trouvé deux prédécesseurs : l'Ambrosiaster et le Pseudo- Jérôme (Pélage). Le premier est très net, le second l’est moins; l’un et l'autre préviennent que leur exégèse n’est pas acceptée par tous. Voir la note à la fin du chapitre. — On trouve sur ce sujet. dans la Zeitschrift für kathol. Theol. deux articles en sens opposé : un du P. Lingens, 1896, p. 449-470, en faveur de l’explication de Velasquez, l’autre du P. Nisius,

1897, p. 276-306, pour l’exégèse traditionnelle. — Le P. Corluy (Sypicile-

gium, t. IL, p. 76) essaye de concilier les deux opinions en modifiant ainsi celle de Velasquez : « Secundum divinitatem ab æterno gloria et majestate Dei circumdatus cum esset et jam opus incarnationis in sua persona completurus, existimavit sibi in humana natura non sine labore assumendam esse conditionem aliquam gloriosam, qua in omnibus Deo patri suo appareret æqualis.. sed in humanitate videri voluit illa gloria

CHRISTOLOGIE DE L'ÉPITRE AUX PHILIPPIENS. LA

dépouillement, simultané si l’on veut à l’incarnation, tombe logiquement après elle et relève par suite de la volonté humaine. Leurs raisons sont spécieuses sans être probantes. Un acte qui précéderait logiquement l’incarnation, disent-ils, serait commun aux trois personnes divines et n’appartiendrait pas en propre au Christ préexistant. Il ne serait pas pour nous un exemple d'humilité et d’abnégation, vertus incompatibles avec la perfection de la divinité. Enfin il ne serait pas méritoire et le Christ ne lui devrait pas son exaltation. Encore une fois, ces raisons n'ont rien de décisif. L'acte du Verbe acceptant l’incarnation est un acte de volonté notionreile et par conséquent propre au seul Fils; on peut dire aussi que l’incarnation est envisagée comme fonction hypostatique et non comme acte de volonté ou de puissance. Notez que saint Paul ne dit pas : «Ayez les sentiments qu'avait le Christ Jésus », mais : « Ayez des sentiments conformes à ce qui se passa dans le Christ Jésus. » Or le sens chrétien a toujours regardé le fait de l’incarnation comme un stimulant à l’abnégation et au renoncement; il y est autorisé par l’Apôtre lui-même qui ne craint pas de proposer à notre imitation celui qui « étant riche » de toutes les richesses du ciel « a été pauvre à cause de nous pour nous enrichir par sa pauvreté ». Si l'on objecte que l’incarnation, soit comme acte divin soit comme fonction hypostatique, n'est pas méritoire, la réponse est aisée. Il y a dans la phrase de Paul plusieurs actions dont l’une au moins et la dernière exprimée — l’obéissance de la croix — qualifie la volonté humaine du Christ et appelle comme récompense son exaltation glorieuse : « Il s’est fait obéissant jusqu'à la mort et jusqu’à la mort de la croix; c’est pourquoi Dieu l’a exalté. » Si l’on tenait absolument à faire rapporter le « c'est pourquoi » à tout ce qui précède, il faudrait dire qu'il indique la convenance aussi bien que le mérite. Rien donc ne nous oblige à nous départir de l'opinion traditionnelle; au contraire, même indépendamment des raisons d'autorité, tout nous invite à la maintenir. Il est

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exspoliatus. Gloriam itaque humanitati suæ connaturaliter debitam noluit statim arripere sed obedienter usque ad mortem ceu mercedem mereri. »

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juste de remarquer cependant que l'opinion nouvelle de Velasquez et de ses adeptes sauvegarde la divinité de Jésus- Christ et doit être repoussée au nom de la saine exégèse plutôt qu’au nom de l'orthodoxie.

La forme de Dieu. — Que signifie « la forme de Dieu »? Lightfoot a prouvé deux choses : premièrement que le sens philosophique de moppñ, mis en vogue par Aristote, était connu des contemporains de l'Apôtre et pouvait fort bien être passé dans l'usage ordinaire; en second lieu que ce mot désigne dans le Nouveau Testament quelque chose de profond et d’intime, bien distinct des dehors et des apparences, touchant à l'essence de l'être et inséparable d’elle!. On s'explique ainsi pourquoi les Pères grecs, avec le sentiment vivant qu'ils ont de la valeur des termes de leur langue, identifient sans hésiter la forme et la nature, quoiqu'ils n’ignorent pas sans doute la différence métaphysique des deux concepts. Du reste, de quelque façon qu'on l’entende, la forme de Dieu étant l'opposé de la forme d’esclave et cette dernière ne pouvant signifier en définitive que la nature humaine, en vertu du parallélisme, « être dans la forme de Dieu » et « être Dieu » seront toujours deux locutions équivalentes. Le Christ ne pouvait prendre la forme de l’esclave sans devenir vraiment homme et il ne peut pas être davantage dans la forme de Dieu sans être vraiment Dieu. Cette expression « forme de Dieu » aura été probablement attirée par l’antithèse « forme d’esclave » et il n’est nullement nécessaire, pour la rigueur de notre conclusion, de soutenir que Paul entend directement par « forme » le caractère spécifique, l'évreléyetx d'Aristote.

Un point trop négligé et cependant capital c’est que le Christ

1. Philippians 15, Londres, 1900 : The synonymes uopoñ and cyñu, p. 127-135. Bien qu'ils puissent quelquefois s’employer l’un pour l’autre ces deux mots ne sont pas synonymes : oxäñux (figure) est un accident de popñ (forme). Aussi trouve-t-on très souvent cxfux uopoñc et presque jamais l'inverse. Dans le N. T. oyxñua désigne quelque chose de superficiel, de mobile, d’instable (Cf. 1 Cor. 731; Rom. 12; 2 Cor. 1118-14), wopwi quelque chose de plus durable, de plus inhérent à l'essence (Cf! Rom. 8° : Gal. 419; 2 Cor. 318; Phil. 310). L'observation est juste en général. Cependant perapoppoëcdar se dit de latransfiguration (Mat. 172; Marc. 92) et dans Phil. 31 (65 peracynuatice à o@ua tâc ranevooeux fu@v cUuopyov TO owpart Tic dons abüroù) les deux mots semblent bien s’échanger l’un avec l’autre sans distinction de sens.

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CHRISTOLOGIE DE L'ÉPITRE AUX PHILIPPIENS. 443

Jésus existe dans la forme de Dieu antérieurement aux actes de la volonté humaine et aux effets de la volonté divine : *Oc ëv poppn Oeoù Ütdpywv oùy Gprayudv fyiouro. Le participe Érapywv mis en corrélation avec des aoristes acquiert le sens de l’imparfaif et désigne l'existence sans limite de temps. Il coïncide avec le moment précis de la durée exprimé par l’aoriste mais précède logiquement cet instant indivisible et ne finit pas nécessairement avec lui. De plus il est ici, comme à l'ordinaire, causatif — le sens adversatif n'étant qu'exceptionnel dans ces constructions — et doit se traduire : « Parce qu'il était dans la forme de Dieu, le Christ ne regarda point comme un butin l'égalité avec Dieu. »

Egalité avec Dieu. — S'agit-il de l'égalité de substance ou bien de l'égalité de rang et de traitement? Sans doute l’égalité de condition suppose l'égalité de nature et nul n’a droit aux honneurs divins s’il n’est réellement Dieu. Les Pères ont donc pu conclure légitimement de ce texte à la consubstantialité des personnes divines; mais la question est de savoir s'ils l'ont fait par voie de raisonnement et comme théologiens ou par voie d'analyse et comme exégètes. Il est certain que dans la phrase eivat lou ei, isx est adverbe et non adjectif et ne signifie pas directement « être égal à Dieu » mais « être à l’égal de Dieu, sur le même pied que lui ». Si nous maintenons à cette locution sa valeur précise, nous obtenons un sens d’une exégèse aussi facile que d’une irréprochable théologie. Il est question, immédiatement après, de « dépouillement » {éxévwcev £aurov); et les commentateurs se demandent de quoi le Verbe a pu se dépouiller. Ce ne peut pas être la « forme de Dieu », puisqu’en toute hypothèse la forme est inhérente à la nature et virtuellement identique avec elle : ce sera donc l'égalité de traitement et d’honneurs. On ne renonce pas à sa nature, mais on peut renoncer aux droits que la nature confère; et c’est ce qu’a fait, en s’incarnant, le Fils de Dieu. Faute de suivre une exégèse si simple on est réduit à donner au dépouillement le sens peu naturel d’abaissement qu’on ne sait trop comment expliquer.

L’autre incise achèvera d'éclairer ce point. Le mot dprayuds peut être actif ou passif; en d’autres termes, il peut signifier larcin ou butin. En général les Latins s’en tiennent au sens

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actif suggéré par la Vulgate : « Parce qu'il était dans la forme de Dieu il ne regarda pas comme un vol ou un-larcin l'égalité divine ; cependant il se dépouilla en prenant la forme d’esclave. » Le Verbe ne pouvait regarder comme une usurpation d’être égal au Père puisque, étant dans la forme de Dieu, il est consubstantiel au Père ; néanmoins le juste sentiment de sa grandeur ne l'empêcha pas de se dépouiller. Les Grecs, on le sait, entendent différemment toute cette phrase : « Parce qu'il était dans la forme de Dieu, le Verbe ne considéra pas l'égalité divine comme une proie ou un butin auquel on se cramponne avidement, de peur d'en être privé si on vient à l’'abandonner un instant; mais au contraire il s’en dépouilla en prenant la forme d’esclave. » Cette dernière interprétation nous paraît préférable pour quatre raisons : 1. L'autorité des Pères grecs, qui sont plus à même d'apprécier les exigences de leur langue; 2. le, contexte, qui fait attendre une leçon d’humilité plutôt que l’assertion directe de la dignité du Christ; 3. le lexique, qui semble imposer à la locution &prayux fyeisôar ce sens déterminé ; 4. la grammaire, dont on respecte mieux l'usage en traduisant &hh& par « inais » que par « cependant ».

Moments successifs. — Nous allons dans cette hypothèse décomposer en ses moments successifs la pensée de Paul :

1. Le Christ, préexistant dans la forme de Dieu et Dieu par le fait même, lorsqu'il méditait de se faire homme, ne regarda pas les honneurs divins auxquels il avait droit comme un butin qu'il dût garder jalousement.

2. Au contraire il s'en dépouilla volontairement en se faisant homme, en cachant la forme de Dieu sous la forme d’esclave.

3. L'exemple d'humilité et d'abnégation est moins dans la volonté du Verbe décrétant les abaissements de la vie mortelle (car cette volonté est commune aux trois personnes divines) que dans le fait même de l'union hypostatique.

4. Après l'incarnation, la volonté humaine achève le dépouillement; elle accepte la mort de la croix, avec la vie d'obéissance et de renoncement qui la prépare et qu'elle couronne.

5. C’est pour cela — pour cet acte d’obéissance et d'humiliation volontaire — que Dieu, proportionnant la récompense au mérite, l'exalte sans mesure et le fait asseoir à sa droite.

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