‹ La théologie de Saint PaulChapitre 219 sur 630 · QUESTION D'AUTHENTICITÉ · texte numérisé non relu

QUESTION D'AUTHENTICITÉ

deuxième siècle un véritable effort d’érudition archéologique pour comprendre le rôle de ces commissaires apostoliques, envoyés par Paul aux églises, sans pouvoirs permanents et sans résidence stable. Saint [rénée, élevé pourtant en Asie, ne sait plus que les termes mpeséürepot et xioxomo étaient synonymes à l’origine, comme ils le sont en effet dans les Pastorales. Soutenir que ces lettres ont vu le jour en Asie Mineure, du temps de saint Ignace où même après lui, et cela dans le but de promouvoir la hiérarchie ecclésiastique, nous fait tout l'effet d’un insolent paradoxe. |

Il faut rendre cette justice aux critiques contemporains qu'ils font assez bon marché des arguments de Baur et de ses adeptes et n'insistent pas trop sur la hiérarchie développée des Pastorales ni sur les allusions à un gnosticisme tardif, mais ils appuient toujours beaucoup sur les différences de style. Plusieurs s’étonnent de voir l’auteur traiter Timothée en jeune homme, lui annoncer des choses qu'il ne pouvait guère ignorer et prodiguer les détails difficiles à concilier avec la vie de Paul, telle qu'elle nous est connue par ailleurs. Nous avouons ne rien comprendre à la dernière objection. Le fait que la situation historique de nos lettres tombe en dehors du cadre rempli par saint Luc confirme l’authenticité, loin de l’infirmer. Un faussaire du deuxième siècle aurait certainement pris pour base le récit des Actes et pour thème les lettres authentiques. Si Paul traite Timothée en jeune homme c'est que Timothée était jeune en effet : il avait tout au plus trente-cinq ans — moins encore très probablement — et c'était bien peu pour les missions délicates dont il était chargé. Paul lui rappelle des choses qu'il pouvait savoir personnellement, mais qu'il était nécessaire ou du moins utile de notifier aux églises de la part de l’Apôtre. On oublie que les Pastorales ne sont pas une correspondance privée; ce sont des pièces semi-officielles, des lettres d'administration. Peut-être n'étaient-elles point destinées à être lues en entier dans l’église; néanmoins l’église y est saluée directement et non par l'intermédiaire du destinataire. Aussi Paul y prend-il le titre d'apôtre et s’y présente-t-il comme messager du Christ et comme représentant de Dieu.

Le style et les idées. — La difficulté du style est beaucoup

plus spécieuse. Par style nous entendons surtout le lexique car le style lui-même, pour être moins serré, moins éloquent, moins vigoureux que celui des passages polémiques des grandes Épiîtres, ne diffère pas sensiblement de celui des parties morales. Mais la proportion des termes nouveaux est considérable; un certain nombre de locutions familières à Paul, des particules dont il semble ne pas pouvoir se passer, font totalement défaut; par contre, on trouve à toutes les pages des expressions qui ne sont pas de sa langue, des tours de phrase qui lui sont étrangers. Comme les arguments de ce genre ne prouvent que par l'accumulation des détails, on a dressé une liste de mots pauliniens qu’on cherche en vain dans les Pastorales et, en guise de contre-épreuve, toute une série de locutions, fréquentes dans les Pastorales et absentes des autres écrits de Paul. Mais l'examen attentif de ces listes ne donné pas de résultat décisif. La pierre de touche du style veut être maniée avec beaucoup de circonspection. On en a fait l'essai sur Platon, sur Dante, sur Shakespeare, sur Bossuet, pour aboutir toujours aux conclusions les plus imprévues. C'est que le vocabulaire des écrivains se modifie et se transforme avec l'âge; il s'enrichit ou s'appauvrit de façon très curieuse; des mots favoris sont ensuite complètement délaissés; d’autres les remplacent pour un temps jusqu'à ce que des termes qui paraissaient oubliés rentrent de nouveau en faveur. IL y a là un intéressant problème de psychologie qu'il serait bon d'étudier à fond avant de formuler des aphorismes. Le problème se complique encore dans le cas d’un auteur imparfaitement maître de sa langue et qui n’a pas pour sa diction des attentions de puriste. La langue maternelle de Paul était l’hébreu autant que le grec et, sans même tenir compte de la part que ses divers secrétaires purent prendre à la rédaction des lettres, son vocabulaire fut sans doute influencé par tant de dialectes et d’idiomes qu'il entendit sur sa route. Les nouveaux sujets traités dans les Pastorales nécessitaient aussi une extension du lexique. Plus de la moitié des vocables spéciaux à ce groupe d'Épitres caractérisent soit les faux docteurs et leurs fausses doctrines, soit la morale qu’il convient de leur opposer, soit les qualités exigées des prêtres et des

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