QUESTION D'AUTHENTICITÉ
diacres. La présence de la plupart des autres est purement accidentelle et à qui s'étonne de ne rencontrer que dans les Pastorales « manteau, parchemin, estomac, forgeron, pudeur, crainte, ancêtres, grand'mère », il faut demander pourquoi des choses aussi rares que l’eau, le vent, la grandeur, la hauteur et le reste, se trouvent mentionnées dans la seule Épître aux Éphésiens. Ces menues recherches sont des jeux de patience qui peuvent donner lieu à d’utiles observations philologiques mais qui dégénèrent trop souvent en püérilités.
Plus significative que la langue est la doctrine. Les critiques les plus hostiles à l'authenticité sont obligés de convenir : 4. que les Pastorales portent l’estampille du même auteur; 2. que cet auteur, quel qu'il soit, est très familier avec l’enseignement de saint Paul. En y regardant de près, on s’apercevra que la plupart des vues particulières à nos Épiîtres ont leur point d’attache dans les lettres de la captivité. Ces dernières occupent une position sensiblement mitoyenne et sont comme un pont de communication jeté entre les grandes Épîtres et les Pastorales. Bornons-nous à deux ou trois exemples où Fon sentira de prime abord la touche paulinienne.
« Quand apparut la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, alors, non pas en vertu d'œuvres que nous eussions faites dans un état de justice, mais selon sa miséricorde, il nous sauva par le bain de régénération et de renouvellement du Saint-Esprit. Cet Esprit, il l’a répandu en abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle !. » Il n’est presque aucune de ces expressions qui ne tra-
1 Tit. 346 : “Ore Ôè À APASTOTNE x ñ pthavépur ia énepävn Toù suTHp06 AV
cuD, oÙx éË Epruv Tv àv dtxato UN À ÉTOUAGAGEV nues Ad xatx To aÙToÙ £2E0S ÉGWGEV ñpäs à XoutpoÙ RaVYEVES ID AQÙ AVOUXAUVOGEWS Tyeipares &yio, où étéyeev ép UE mhousiws Où ’Inooù Xptoroû To suTñpnc AY, lux duxatwBévrec Th éxelvou ydpmr xAnpovémor yevn@uey nat’ Élmièa Cwñc æwviov. — Ce texte prête admirablement à l'étude des rapports et des différences entre les Pastorales et le reste des Epîtres de Paul. Nous en signalons plusieurs dans le texte; il ne sera pas inutile d’en ajouter ici encore quelques autres. 1. Xonstéene est un mot paulinien, ainsi que xpnotetopat Ct xpnoTooyia. — 2. Puavcwris n'est pas employé par saint Paul, mais la prédilection pour les composés de gués, qu’on observe dans
hisse la main de Paul. Le « bain de régénération et de renouvellement », qui est évidemment le baptême, reçoit déjà le nom de bain (Xcurpév) dans l’Épitre aux Éphésiens et ce nom ne reparaît nulle part dans le Nouveau Testament. L'idée, sinon le terme même de « régénération », revient fréquemment dans les écrits canoniques, en particulier chez saint Paul. À proprement parler, le baptème n’est pas la régénération mais l’instrument de la régénération : c’est le sein maternel qui nous enfante et nous revêt du Christ, non comme d’un habit étranger, mais comme d'une forme vitale qui change nos relations les plus intimes et fait de nous une créature nouvelle. Le mot ainsi que l’idée de « renouvellement » appartient en propre à saint Paul aussi bien que la manière dont ce renouvellement se produit grâce à l'intervention de l’Esprit-Saint, répandu dans nos cœurs par le Père ou par le Fils indifféremment. Bien paulinien”
- aussi est le rôle de la grâce. L'hypothèse d’une justice propre
est rejetée; l'influence des œuvres est niée; tout est laissé à la miséricorde. L'état de justice nous constitue héritiers (xAnpovoot) de la vie éternelle et, comme dans saint Paul, nous sommes sauvés dès ici-bas en effet et en espérance. Il est vrai que l’ancienne antithèse « œuvres et foi » est remplacée ici par l’antithèse « œuvres et grâce », mais la tendance à cette substitution se manifeste déjà dans les Épîtres de la captivité, comme si Paul voulait couper court à la malheureuse équivoque dont sa doctrine avait été le prétexte, savoir que les œuvres sont
les Pastorales, se remarque aussi dans les autres lettres. — 3. Dieu n’est pas appelé ailleurs cwrñp, titre réservé au Fils. Mais on sait que Paul a coutume d'appliquer au Fils tout ce qui appartient au Père et réciproquement. — 4. Aovrgéy est paulinien (Eph. 526) et justement pour désigner le baptême. — 5. Avaxaivwotc est paulinien (Rom. 12?) précisément dans le même sens; ainsi que dvoxauvéew (2 Cor. 416; Col. 310). — 6. Atxadw, dixarooÜvn, ËkeoG et Yäou, sans être exclusivement pauliniens, sont des mots dont Paul fait un usage prépondérant et qu’il emploie exactement comme ils sont employés ici. — 7. On pourrait en dire autant de #\npovôuos et de ëri, dans le contexte où ils se trouvent. — 8. Iovc{wc est tout à fait dans le style de Paul qui aime à désigner par ce terme la richesse de la miséricorde et de la sagesse divines. — 9. Mais ce qu'il y a peut-être de plus caractéristique c’est le salut présenté comme un fait accompli (£Écwcev Au&) et cependant objet de notre espérance (xar éAnidæ). — Il est difficile d'admettre qu’un imitateur eût avec le vrai Paul des rencontres si nombreuses et si délicates.