CONTRADICTIONS IRRÉDUCTIBLES DE .LA CRITIQUE NÉGATIVE
3 En 1807, Schleiermacher supposa que la première à Timothée avait été
é fabriquée à l’aide des deux autres : il fut réfuté avec succès par Planck (1808), Beckhaus (1810) et Wegscheider (1810). C’est aussi la première à Timothée qui, principalement ou exclusivement, fut l’objet des attaques d'Usteri, de Bleek, de Neander, de Ritschl. Reuss, jusqu’au bout de son. ‘évolution, a maintenu l’authenticité de la seconde. Depuis, la critique rationaliste a passé par trois phases : négation radicale, négation partielle et retour progressif à la tradition.
1. Négation radicale. — Baur (Die sogen. Pastoralbriefe etc., 1835) chercha dans la critique interne de ces lettres la preuve qu’elles avaient été composées vers le milieu du second siècle pour combattre le gnosticisme et pour promouvoir la hiérarchie ecclésiastique en voie de formation. Il a été suivi — mais avec des modifications équivalant parfois à la transformation du système — par Hilgenfeld, Schwegler, Volkmar, Schenkel, Hausrath, Pfleiderer, Immer, Beyschlag, Weizsäcker. Cependant on peut affirmer qu’à cette heure ce système est très démodé. Les réfutations directes de Baur, comme celles de Baumgarten (1837) et de Bôttger (1837- 1838), ou les travaux en faveur de l’authenticité des Pastorales, comme ceux de Matthies, Huther, Oosterzee, Hofmann, Beck, Knoke, Külling, Kübel et autres, ont moins contribué à ce résultat que la reconnaissance de plus en plus générale des trois faits suivants : 1. Le principal argument de Baur repose sur une fausse interprétation d’Eusèbe, ist. IL, 32. Voir ci-dessous, note Y. — 2. Les erreurs combattues dans les Pastorales ne concordent avec aucune des formes du gnosticisme historique, qu’on place la composition de ces lettres vers 170, comme a fait Volkmar, ou vers 150, comme Schenkel et Hilgenfeld, ou vers 140, comme Baur luimême, ou sous Adrien, comme Hausrath, ou entre Adrien et Trajan, comme Pfleiderer, ou enfin sous Trajan, comme Beyschlag et Jülicher. — 3. Le hiérarchie supposée par les Pastorales ne convient pas non plus à la situation acquise dès le début du second siècle. Alors ces lettres, qu’on dit avoir été fabriquées pour promouvoir la hiérarchie naissante, loin de réaliser un progrès, auraient marqué un retour en arrière.
L’impossibilité reconnue de maintenir les positions adoptées par l’école de Tubingue a donné lieu à un nouveau système dont le représentant principal est H. Holtzmann.
2. Négation partielle.— L'hypothèse d’un faux intentionnel paraît tel
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lement invraisemblable dans certaines parties des Pastorales, que les critiques les plus disposés à l’admettre se sont toujours demandé s’il n’y aurait pas des portions authentiques. Renan qui se rallie au système de Baur, en vogue de son temps, ne laisse pas d'écrire avec son indécision habituelle (Saint Paul, Introduction, p. xLvu-xurx) : « Les trois épîtres en question sont-elles apocryphes d’un bout à l’autre, ou bien se servit-on pour les composer de billets authentiques adressés à Tite et à Timothée, qu'on aurait déläyés dans un sens conforme aux idées du temps et avec l'intention de prêter l’autorité de l’apôtre aux développements que prenait la hiérarchie ecclésiastique? C’est ce qu’il est difficile de décider. Peutêtre, en certaines parties, à la fin de la deuxième à Timothée, par exemple, des billets de différentes dates ont-ils été mêlés ; mais même alors il faut admettre que le faussaire s’est largement donné carrière. » Bien avant Renan, en effet, cette conjecture avait souri à plus d’un critique. Credner, en 1836, reconstituait la seconde à Timothée à l’aide de deux lettres authentiques. Ewald découvrait dans les Pastorales trois billets de Paul (Tit. 313.15; 2 Tim. 11518 et 2 Tim. 49-22). Hitzig, Hausrath, Pfleiderer et von Soden eux-mêmes, parmi beaucoup d’autres, ont essayé de discerner avec leurs yeux de lynx les fragments qui remontent à Paul. C’est surtout de nos jours que les critiques s'appliquent à ce triage avec une ardeur digne d’un meilleur succès. Hesse (Die Entstehung der neutestam. Hirtenbriefe, Halle, 1889), Knoke (Commentar, Gœttingue, 1889) et Harnack comptent parmi les plus zélés. Le système du premier est fort compliqué. Celui du dernier ne l’est guère moins : de vraies lettres de Paul auraient été retravaillées et amplifiées entre l’an 90 et 100, puis interpolées vers 150 par un rédacteur qui aurait ajouté de son cru 1 Tim. 31-13; 61721; Tit. 17#, avec quelques autres menus fragments. L'hypothèse de Knoke ne manque pas d'intérêt : 2 Tim. est authentique mais l’ordre est bouleversé. Dans lÉpiître à Tite, il n’y a que 17:9-12:18 d’'apocryphe. Quant à la première à Timothée, elle renferme trois documents mélés ensemble par un rédacteur maladroit : 1. Une instruction de Paul à Timothée; 2. une lettre du même au même; 3. un règlement ecclésiastique pour une communauté paulinienne. Le curieux de l'affaire c’est que nous aboutissons presque, par un bien long détour, à la thèse conservatrice de l'authenticité. Clemen est moins libéral, mais il précise encore davantage (Paulus, sein Leben und Wirken, Giessen, 1904, p. 146); les morceaux authentiques sont d’après lui : 2 Tim. 419-22 et Tit. 312-14, écrits en 57; 2 Tim. 4°-18, en 61; 2 Tim, 115-18, en 62. Il ne reste plus à trouver que le mois et le jour.
3. État actuel de la critique indépendante. — L'échec périodique des innombrables tentatives faites pour rendre compte de l’origine des Pastorales, en les supposant apocryphes, accrédite de plus en plus leur authenticité pure et simple. Nous pouvons nous en rendre compte par Vaveu de Moffatt qui patronne dans lEncycl. biblica, col. 5096, l'opinion de Baur et de Holtzmann : « Quoique l’opinion que nous adoptons, dit-il, soit incontestable, elle n’est malheureusement pas incontestée. L'opinion traditionnelle survit. » Elle survit si bien que Moffatt lui-même, tout en excluant les catholiques et les protestants suspects de parti pris orthodoxe, cite en faveur de l'authenticité plus d’autorités que pour l'opinion contraire; et il est obligé, pour faire nombre, de mettre dans cette seconde liste des noms qui ne devraient pas sy trouver. Sabatier, par exemple, à toujours déclaré qu’il restait neutre « Soit pour, soit contre
l'authenticité de ces épitres, nous ne pourrions décider qu’en faisant violence à notre conviction intérieure et en dépassant par la logique d’un système à priori les résultats positifs d’une exégèse impartiale. » (Encyclop. des sciences relig., t. X, p. 251. Cf. L’Apôtre Paul3). Harnack admet des parties authentiques. La plupart des autres, bien que s’accordant à repousser l'authenticité, le font pour des raisons diamétralement opposées. Bref, on peut affirmer, comme le faisait récemment un auteur anglican, que nous sommes en train de recouvrer les Pastorales et que nous avions été bien simples de les croire perdues (Æxpository Times, 1907, p- 245).