‹ La théologie de Saint PaulChapitre 229 sur 630 · III. RAPPORTS ET DIFFÉRENCES AVEC LES LETTRES INCONTESTÉES · texte numérisé non relu

III. RAPPORTS ET DIFFÉRENCES AVEC LES LETTRES INCONTESTÉES

1. Le vocabulaire. — Von Soden à calculé que les Pastorales contiennent en tout 897 mots, dont 304 ne sont pas employés ailleurs par saint Paul et dont 171 manquent dans le reste du Nouveau Testament. Thayer, Lexicon of the N. T.#, 1901, p. 706-707, donne une liste encore plus considérable des mots propres aux Pastorales, mais il y met certaines locutions particulières (h maxapla Eric, miorèc à X6yos, xt.) et plusieurs accep-

tions spéciales (dx6oh9s comme adjectif, évôüve intransitif, üyiaive au sens,

métaphorique, rpopñtne dit d’un poète etc.). En prenant pour base cette dernière liste, un anonyme a montré (Church Quarterly Review, 1907, fase. 1) que, des 197 mots attribués en propre aux Pastorales, 13 ne devraient pas se trouver dans la liste, 83 sont employés par les Septante et ne pouvaient pas être inconnus à Paul, 52 sont dans les classiques ou dans les contemporains, enfin aucun des autres, examinés un à un, ne porte la marque d’une date postérieure à la mort de l’Apôtre.

On convient généralement aujourd’hui que les hapax legomena ne signifient pas grand’chose; mais les adversaires de l'authenticité insistent toujours beaucoup sur les expressions fréquentes dans les Pastorales et absentes des autres lettres ou réciproquement. Voici les traits les plus saillants. Les locutions suivantes font complètement défaut dans les autres Épitres : edsééea et mots congénères (13 fois dans les Pastorales) ; &pveïoüar (6 fois); mposéyerv ti (9 fois); ogéluos (4 fois); cwrip appliqué à Dieu (6 fois) ; &460)0ç au sens de calomniateur (3 fois); Gcorotns au lieu de xüptos (4 fois); Béémhos (4 fois); Ehrnox et èntrnots (ensemble 4 fois); maparetobor (4 fois); morèx 6 A6yos (© fois); la métaphore de la santé et de la maladie appliquée aux doctrines (10 fois). On pourrait ajouter à cette liste quelques locutionsarileurs très rares : coppwv et dérivés (en tout 10 fois, contre Rom. 19%; 2 Cor. 518); ddacxakia (15 fois contre 4); xa0apo; (6 fois contre Rom. 1420); #16, commeépithète par exemple dansl’expression remarquable xèv Égyov. — En revanche, en cherche en vain dans les Pastorales les particules d’un usage si commun dans les autres lettres : à, &iôvt, äpa. Le mot repiooés, ailleurs si fréquent avec ses dérivés, n’y paraît pas davantage.

Tous ces faits réunis produisent sur l'esprit du lecteur une impression défavorable à l'authenticité; mais cette première impression s’atténue et se dissipe quand on réfléchit qu’on obtient le même résultat en prenant pour base n'importe quel groupe de lettres. Partout on remarque de très grandes différences de lexique et l'emploi temporaire de quelques mots favoris. À quoi tient ce phénomène? Nous en avons marqué plusieurs causes. En tout cas, cette difficulté, plus saillante peut-être dans nos lettres, ne leur est point spéciale.

2. Idées el style. — Tout le monde s'accorde à reconnaître les rapports frappants de style et de pensée qui existent entre les Pastorales et les autres écrits pauliniens. Jülicher (Æinleitung#, p. 140) confesse qu’elles sont l’œuvre dun disciple très familier avec les idées et la langue du maître et que son habileté consiste précisément à ne pas trop prodiguer les réminiscences. L'imitation est si bien réussie qu’un grand nombre de critiques contemporains — et les moins disposés à subir l'influence de la tradition — n'hésitent pas à voir dans maint passage la griffe de Paul. On trouvera le tableau de ces rapprochements dans le Dictionnaire de la Bible de Hastings. Après l'avoir étudié, on souscrira sans doute à la conclusion de l’auteur qu’il n’y a nulle part trace d’imitation consciente. Le faussaire aurait accompli un véritable prodige et un prodige qui n’était point dans les mœurs de l’époque.

3. Les faits et les allusions. — Puisque, en toute hypothèse, l’auteur était très familier avec la langue, la doctrine et l’histoire de l’'Apôtre, on doit penser qu’il adaptera sa mise en scène à la vie connue de Paul et qu’il fera paraître les personnages qui jouent un rôle dans les autres lettres. Or c’est tout le contraire qui se passe. L’Apôtre séjourne là où l’on ne s'attendait pas à le voir et la majeure partie de son entourage habituel est changée. Ces nouveaux acteurs sont présentés naturellement, sans un mot d'explication, comme si leur situation n’avait rien d’anormal.

Des seize noms qui paraissent ici pour la première fois, quatre sont mentionnés sans aucun détail (2 Tim. 421 : Eubule, Pudent, Lin, Claudia). Tous les autres sont accompagnés d’un trait caractéristique : Loïs et Eunice (2 Tim. 15), l’aïeule et la mère de Timothée, sont louées pour la sincérité de leur foi; Onésiphore (2 Tim. 116; 41%) pour son dévouement. Paul recommande à Tite (315) Zénas le légiste; il se propose de lui envoyer Artémas comme remplaçant (312); il a laissé des livres et des effets chez Carpus (2 Tim. 412); il annonce que Crescent est parti pour la Galatie (2 Tim. 410), Les personnages hostiles à l'Apôtre sont aussi très bien caractérisés : Phygèle et Hermogène (2 Tim. 115) lui ont tourné le dos; Hyménée et Philète (2 Tim. 217) ont apostasié; le premier (1 Tim. 120) a été livré à Satan, ainsi qu’un certain Alexandre, qu’il y aurait peut-être lieu de distinguer d'Alexandre le forgeron (2 Tim. 44 : 6 yœ)webc). En tout cas cet individu semble n’avoir rien de commun avec Alexandre l'orfèvre des Actes (1924 : &pyupoxénoc).

D'un autre côté, rien ne suggérait le lâche abandon de Démas (2 Tim. 410; ef. Col. 414; Philem. 24), ni l'envoi de Tychique en Crète (Tit. 312; cf. Act. 20*; Col. 47; Eph. 621) ou même à Ephèse (2 Tim. 42), ni la maladie de Trophime à Milet (2 Tim. 420; cf. Act. 204; 212?), ni le passage d’'Apollos en Crète (Tit. 315), ni enfin le débarquement d’Éraste à Corinthe (2 Tim. 4°0).

On pourra sans doute, ici encore, recourir à la commode explication d’un faussaire assez habile pour cacher son jeu et déroutant le lecteur à force d’astuce; mais cette explication, tant de fois répétée, a l'air d’une défaite et ne contente plus que ceux dont l'opinion est acquise d'avance à la thèse de l’inauthenticité. Pour qui considère l’accord de la tradition la plus ancienne, les incertitudes et les contradictions des critiques hostiles, la multiple invraisemblance d’un faux et les difficultés que soulève cette hypothèse, les rapports naturels avec les lettres incontestées, sans aucune trace d'imitation voulue, la différence de ces lettres avec les écrits reconnus apocryphes, la thèse de l’authenticité s'impose.

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