LES ERREURS COMBATTUES
pas aux salutaires paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ et à la doctrine conforme à la piété, c'est un orgueilleux, un ignorant, un homme atteint de la maladie des questions oiseuses et des disputes de mots : de là naissent l'envie, les querelles, les calomnies, les mauvais soupçons, les discussions sans fin d'hommes qui ont l'esprit perverti et qui, privés de la vérité, s’imaginent que la piété est un moyen de lucre!. »
« Dénonce-leur au nom de Dieu d'éviter les disputes de mots qui ne servent qu'à la ruine des auditeurs. Efforce-toi de te comporter devant Dieu en homme éprouvé, en ouvrier qui n’a point à rougir, dispensant avec droiture la parole de vérité. Fuis les discours vains et profanes; car leurs auteurs s’enfoncent toujours plus dans l’impiété et leur parole se propagera comme la gangrène. De ce nombre sont Hyménée et Philète qui se sont détournés de la foi, disant que la résurrection a déjà eu lieu, et renversant la foi de plusieurs ?. »
« Sache bien qu’à la fin des temps surgiront des jours difficiles. Les hommes seront égoïstes, cupides, fanfarons.. avec les dehors de la piété, sans en avoir la réalité. Éloigas toi aussi de ces gens-là. Il en est parmi eux qui se glissent dans les maisons et séduisent des femmelettes chargées de péchés, agitées de passions de toute espèce, apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité. Comme Jannès et Jambrès s’opposèrent à Moïse, ces gens-là s'opposent à la vérité, corrompus d’esprit, pervertis dans la foi. Mais ils ne feront plus de progrès, car leur folie sera manifeste à tous, comme le fut celle de ces deux hommes.
« Il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine. Livrés au désir d'entendre ce qui flatte leurs oreilles, ils se donneront une foule de maîtres et, détournant leur ouïe de la vérité, ils se tourneront vers les fables {, »
Trois de ces textes concernent le présent et les trois autres — le second et les deux derniers — l'avenirÿ. Les erreurs actuellement en cours ont précisément les caractères que nous
1 1 Tim. 685. — 2. 2 Tim. 214:15. — 3, 2 Tim. 31:9. — 4. 2 Tim. 454 5. In novissimis temporibus (1 Tim. 41); in novissimis diebus (2 Tim. 31); erit tempus (2 Tim. 4).
avons relevés dans l'Épître à Tite. Ce sont des doctrines répandues parmi les fidèles, puisque Timothée reçoit mission d'imposer silence à ceux qui les colportent. Ceux-ci sont évidemment Juifs de nationalité, car ils se targuent d’être vouoèt- Sésxahou. Les doctrines elles-mêmes sont moins des hérésies que des questions oïiseuses propres à susciter des querelles : disputes de mots qui ne mènent à rien, vains bavardages, commérages. Les expressions rencontrées dans l’Épitre à Tite reviennent constamment ici. La situation est donc identique.
Mais l'erreur ne peut vivre qu'à condition de croître. Elle se propage comme le cancer. L’Apôtre prévoit pour l'avenir un débordement de fausses doctrines allant de pair avec la corruption des mœurs. Ce ne seront que les aberrations présentes portées à leur plus haute puissance. Déjà elles s'agitent dans l'ombre. A force d'empirer, l'esprit de contention ira jusqu’au schisme; on ne supportera plus la vérité; on apostasiera la foi; on se pressera autour de faux docteurs et de faux prophètes préchant ouvertement des doctrines diaboliques. Il ne sera plus question seulement de contes et de généalogies, de disputes de mots et de querelles relatives à la Loi, de pratiques arbitraires et sans fruit; on proscrira le mariage, on condamnera comme mauvaises certaines créatures, soit sous l'influence du dualisme soit par un ascétisme mal entendu. Enfin l'amour du lucre engendrera mille abus détestables et l'on couvrira du masque de l'hypocrisie les pires excès.
Traits communs. — En réunissant tous les traits en un tableau d'ensemble, sans trop distinguer l'avenir du présent, on peut se faire une idée assez exacte des prédicateurs, de leurs mobiles et de leurs doctrines.
1. Les prédicateurs sont Juifs ou judaïsants. Ils appartiennent surtout à la circoncision; ils se disent docteurs de la Loi; ils s’attachent à des fables judaïques; ils se livrent à des disputes concernant la Loi; ils résistent à la vérité comme les deux célèbres imposteurs résistaient à Moïse.
2. Ce sont des séducteurs, des hyposrites, des esprits brouillons, de vains discoureurs, des hommes à l’entendement perverti, à qui les oreilles démangent, incapables de saisir la vérité, des gens avides de lucre et de popularité qui jettent la
division dans l'Église et dans les familles, qui organisent des coteries et préparent des schismes.
3. Les doctrines qu'ils propagent sont moins des hérésies que des nouveautés, dangereuses par leur inutilité même: car elles entretiennent une curiosité malsaine, repaissent l’esprit de chimères et l’habituent au faux et à l'irréel. Un mot (Etepoôtôxoxx)eiv) résume bien l'enseignement de ces docteurs sans mission. [ls n’enseignent pas en général des choses contratres à la doctrine de l'Apôtre, mais ils enseignent des choses qu'il a jugé superflu ou périlleux d'enseigner et ils enseignent autrement que lui les articles de son évangile.
Hiérarchie embryonnaire. — Dans les lettres authentiques de saint Ignace, à l’aube du deuxième siècle, la terminologie et les attributions de la hiérarchie ecclésiastique sont déjà complètement fixées. Il y a trois ordres distincts : l'évêque toujours unique! , les prêtres étroitement associés à l'évêque et si intimement unis entre eux qu'on les désigne d'ordinaire par le nom collectif de rpecéurépuov ou collège sacerdotal?, enfin, au dernier degré, les diacres, qui doivent obéissance aux prêtres et à l'évêque, comme les simples fidèles leur doivent obéissance à eux-mêmes. L'évêque, le presbytérat et les diacres constituent le clergé; le clergé et les laïques constituent l'Église *. L'épiscopat est monarchique et sédentaire : Ignace est évêque d’Antioche, Polycarpe de Smyrne, Onésime d'Éphèse, Polybe de Tes Damas de Magnésie. L'évêque accomplit ou préside la cérémonie du baptême et de l'agape, la célébration des mariages, surtout la consécration de l’eu-
1. Voir Funk, Patres apostolici?, Tubingue 1901, t. I, Zgnatii epist., Ephes. 1, 3, p. 214 (Onésime d’Éphèse); Ad Polyc., p. 288 (Polycarpe de Smyrne); Trall. 1, 1, p. 242 (Polvbe de Tralles); Magnes. 2, p. 232 (Damas de Magnésie).
Comme tous les évêques nommés ont leur siège fixe et l’occupent seuls, il n’y a pas de raison de croire qu’il n’en est pas de même pour l’évêque de Syrie mentionné Roman. 11, 2, p. 254.
2NEphes in 25;uv, l5xx 2;"etc. (une SAS de fois).
3. Magnes. XI, 1, p. 240; Smyrn. xn, 2, p. 286; Philad., p. 264.
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29. charistie: mais il lui est loisible de déléguer son autorité. Les
prêtres et les diacres ne doivent exercer aucune fonction qu'au mi: su et au vu de l’évêque !. Pour les laïques, ils n'ont absolument E aucune part dans le gouvernement de l'Église : leur rôle est
= d'obéir à l’évêque, ou à l'évêque et au presbytérat, ou à l’évêque, à au presbytérat et aux diacres?; car les deux ordres inférieurs Ar, : : sont unis à l'évêque comme les cordes à la lyre° : il n'y a
qu'une eucharistie, qu'une chair du Christ, qu'un calice de son sang, qu'un autel, qu'un évêque avec le presbytérat et les diacres {.
Les Pastorales témoignent d'une organisation beaucoup plus primitive, ce qui renverse le paradoxe des critiques qui les font écrire, en plein deuxième siècle, par un faussaire dési-
YA reux de promouvoir la hiérarchie en voie de formation. Cependant l’évolution ultérieure, qui s’opéra très vite et partout dans le même sens, avec tous les caractères d’un développement légitime, prouve que les lignes essentielles en avaient été tracées d'avance par les apôtres, sur les indications du Maître et sous l'impulsion toujours vigilante du Saint-Esprit. Elle peut donc nous servir à interpréter les données obscures de l’âge apostolique, mais il y aurait paralogisme à transporter à ces temps reculés les fonctions et les dénominations d’une époque plus récente. Chaque auteur doit être étudié à part et l'on n’a pas le droit de supposer à priori que tous parlent des mêmes choses dans les mêmes termes.
Dans saint Paul, la terminologie ecclésiastique est indécise. Si érioxomos désigne toujours un ministre sacré, mpesbürepos se prend souvent au sens de « vieillard » et Stéxovos ne signifie presque jamais que « serviteur ou aide ». Quiconque travaille au bien de l'Église en est le Stéxovos, les prédicateurs de
1. Smyrn. vin, 1-2, p. 282; pour le mariage, Polyc. v, 2, p. 292. Smyrn. {x, 1, p. 282 (qui clam episcopo aliquid agit, diabolo servit).
2, 11 faut révérer l’évêque comme le Seigneur, Eph. vi, 1, p. 218; Trail. u, 1, vu, l, p. 242 et 246. — On doit obéissance et respect à l’évêque et aux prêtres, £ph. 11, 2, xx, 2, p. 214 et 230; Magn. 2, p. 232; Trall. x, 2, p. 250; de même à l’évêque, aux prêtres et aux diacres, Philad. vu, 1, p. 270; Trall. ur, 1, p. 244; Polyc. vi, 1, p. 292.