‹ La théologie de Saint PaulChapitre 25 sur 630 · IV. USAGE DE L'ANCIEN TESTAMENT · texte numérisé non relu

IV. USAGE DE L'ANCIEN TESTAMENT

1. Langage biblique. — Très souvent les auteurs inspirés — saint Paul autant ou plus que les autres — se servent de phrases et de kocutions empruntées à l’Ancien Testament parce qu’elles leur sont familières, mais sans aucune intention spéciale et peut-être sans avoir conscience de citer. Pourtant, même dans ce cas, l’exégète a tout intérêt à remonter au texte original, car les mots d'emprunt peuvent avoir une acception partiellement étrangère à la langue ordinaire de l'écrivain qui les emploie. Les éditeurs qui distinguent par un type spécial toutes ces réminiscences — tels que Nestle, Westcott et Hort, ete. — rendent donc au lecteur un service appréciable. Il en est ainsi, à plus forte raison, lorsque l’allusion est intentionnelle; car alors l’auteur sacré peut n'avoir en vue qu’un aspect particulier du texte allégué, celui qui cadre avec son sujet et son présent dessein.

2. Accommodation oratoire. — Il est hors de doute que dans le cas précédent le texte biblique peut être employé en un sens très différent du sens primitif. Cette remarque est pour l’exégèse d’une importance extrême. Quelques exemples le feront comprendre. Le Psalmiste 18 (19) avait dit en parlant des cieux qui racontent la gloire du Tout-Puissant :

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Lr pet 24, ne ci Li La = VE . Nr te LAS : Pa ‘ PE PERS +7 y ” ; NOTE B. — PAUL ET L'ANCIEN TESTAMENT. 41

Leur voix retentit sur toute la terre; Et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde.

Saint Paul applique ces mots (sans formule de citation, mais avec allusion manifeste au Psalmiste) à la prédication des apôtres (Rom. 918). Certains interprètes se croient obligés d’en conclure que, du vivant de Paul, l'Évangile avait été prêché dans tout l'univers (Chrysostome), ou du moins y était connu de réputation (S. Thomas). D’autres pensent que le langage de Paul est prophétique (S. Augustin). La plupart des commentateurs voient bien là une hyperbole, mais ils n’en donnent pas la raison. L'hyperbole, qui serait un peu forte si les paroles en question étaient de l’Apôtre, est toute naturelle du moment que c’est une simple allusion. L’allusion ne demande pas à être vérifiée à la lettre; il suffit d’un rapport de proportion ou d’analogie.

L'accommodation oratoire la plus prolongée est celle qui remplit ? Cor. 97-18. Elle se fonde sur ce récit de l’Exode (3434-55) d’après lequel Moïse parlait à Dieu le visage découvert, mais se voilait la face pour parler au peuple. Paul en tire une double application, moitié par analogie moitié par contraste. 1. Les prédicateurs de l'Évangile — et même, dans une certaine mesure, tous les chrétiens — traitent avec Dieu face à face et sont transformés peu à peu en cette divine image; mais, quand ils s'adressent au peuple, ils ne se couvrent pas du voile, symbole de crainte et de servilisme. — 2. Les Juifs contemporains ont le cœur couvert d’un voile épais, comme Moïse au retour de ses communications avec Dieu; mais un jour, lorsqu'ils se convertiront au Seigneur, ils jetteront ce voile, comme Moïse allant au rendez-vous divin.

L'exemple suivant d’accommodation oratoire est plus remarquable encore, parce qu’il modifie sérieusement le texte employé, parce qu’il est accompagné d’un commentaire rappelant la méthode rabbinique et enfin parce qu’il s’y mêle une apparence d’argumentation. Paul applique à la loi de grâce un texte qui a pour sujet la Loi mosaïque et cela pour montrer que le régime nouveau l'emporte en facilité sur l'économie ancienne, Rom. 106-° : ‘H Gë ëx nioteuws Suxatoodvn oÙtwz héyet” M eimnc, Év rtf xœoûio ou Tic évabñoerar eiç Tovodpavév; roûr” Ecriv Xototov natayayeïv’ ÿ' Tic xatabñostar eicThv G6vocov; roùT” Éoruv Xototèv Èx VExp@V Avayayetv. AN TÉ RÉYEL; 'Eyydc cou rè pu écTiv, Èv T® octépati cou xai Evrÿ xapôiyx coû Tor” Éoti Tù ÉAULX TA niorews à xnpuooouev. "Or &ùv épohoYAGAs ÈV TO ctépati sou xtÀ. Suit une application accommodatice du dernier passage cité. À première vue, cet emploi de l'Écriture a de quoi surprendre. D’abord le texte est changé; et changé à dessein. Non seulement Paul abrège et ne cite que par extraits Deut. 3011-14, mais au lieu de : Téc Gtomephoer Autv sis To mépav Th daléoonc; il met : Tic xaraéhoerau els Tv d6vOGOY; pour préparer son application à la résurrection du Christ. Ensuite il présente trois interprétations du genre midrasch que le texte ne paraissait pas suggérer. Enfin il tourne contre la Loi ce que l'Écriture avait dit de la Loi elle-même. — Ces difficultés sont levées ou du moins bien atténuées par les remarques suivantes : 1. Paul n’argumente pas; il ne fait qu’exposer, qu’ilustrer la nature de la loi nouvelle. — 9, Il ne cite méme pas l'Écrilure; il se contente de mettre dans la bouche de la Justice personnifiée ce que Moïse avait dit de la Loi : à èx miotewc Suxaoouvn obruc éyer (105), &XIà r! Xéyer ; (108). — 3. Le texte du Deutéronome était devenu presque proverbial pour dire qu'une chose était ou n’était

pas difficile (Cf. Sanday, Romans ?, p. 289). — 4. La conclusion de saint Paul (que la foi est plus aisée et plus à portée de nous que la Loi) est incontestable et sa manière de l'expliquer est une accommodation oratoire des plus légitimes. Elle revient à ceci : Moïse à dit de la Loi qu’il ne faut pour la connaître ni monter aux cieux, ni franchir les mers, et cela convient, à plus forte raïson, à la loi de grâce : en effet il ne faut pas monter aux cieux pour en faire descendre le Christ (toür’ ct Xptoroy xaTayayev, l’infinitif a le sens final et dépend grammaticalement du verbe &va6ñoer), puisque le Christ s’est déjà incarné; il ne faut pas descendre aux abîmes pour en retirer le Christ, puisque le Christ est ressuscité des morts; il suffit de croire de cœur et de confesser de bouche qu’il est le Seigneur et qu’il est ressuscité.

Nous verrions volontiers une accommodation oratoire semblable dans Gal. 41-31, En tout cas ce ne serait point la déclaration de l’Apôtre (424 : Atuwé éotuv &AAnyopolpeva" aûtar ydp elotv 860 Guafixaz) qui s’y opposerait ; car nous ignorons ce qu’il entend par allégorie et la formule aûtat y4p eicty à son équivalent exact dans le roÿr’ Eotuv trois fois répété de Rom. 106-8, où l’accommodation est certaine.

3. Typologie. — Saint Paul, cela n’est point douteux, admet dans l’Ancien Testament, outre le sens littéral, un sens prophétique qui résulte non pas des paroles mais des choses mêmes ou de la manière de les raconter. C’est là une conséquence du dogme de l’inspiration. Le Saint- Esprit, auteur de l’Écriture, peut donner aux événements ou aux récits qui les rapportent une valeur figurative et nous savons par les écrivains sacrés, interprètes autorisés de la parole de Dieu, qu’il l'a fait quelquefois : « Illa vero significatio, qua res significatæ per voces iterum alias significant, dicitur sensus spiritualis, qui super litteralem fundatur eumque supponit (S. Thomas, Summa I, qu. 1, a. 10) ». En donnant à ce sens le nom de sens {ypique nous avons le double avantage d'éviter l’'équivoque et de nous conformer à la terminologie de Paul. Le premier Adam, par exemple, est la figure de Jésus-Christ, nouvel Adam (Rom. 514: ëç éoTuv TÜmos Toù ÉMoytoc), et cette typologie qui comporte encore plus de contrastes que de ressemblances est plusieurs fois développée (Rom. 51219; 1 Cor. 1522-45-49), — Pareillement ce qui arriva aux Israélites dans le désert était la figure de ce qui se produit encore dans l'Église (1 Cor. 106 : Taÿüra 0è rüror u@v éyevfinoav). Ces choses avaient une signification {ypique et sont écrites avec l'intention de nous instruire (1 Cor. 1011: Tadra dÈ Tunexds ouvéGauvev éxeivorc, Eypdon dÈ mpdc voubectav ua. Noter que le xä&vra supposé par la Vulgate : Haec autem omnia, manque dans les meilleurs manuscrits). Ces événements figuratifs revêtaient une signification spirituelle (1 Cor. 10%:5 : nveuparixdv Bodpa, nveumatixdv rôua, Ëx mveuparixhs nétpac). — De même les institutions mosaïques étaient figuratives; elles étaient l’ombre des réalités futures; elles se réalisent maintenant dans le Christ (Col. 217 : & éotiv oxà rôv UEAVTWV, Tù DE cu [éotiv — appartient, sous-entendu] voù Xptotoÿ). — L'institution primitive du mariage ne paraît mystérieuse (Eph. 532 : Tà uuoThotov ToÜro pLéyE ÉTTIV, Vulgate : Sacramentum) qu'à raison de sa signification figurative. — Nous aurons passé en revue la terminologie de Paul relativement aux types si nous signalons Gal. 428 : &uvé Ectiv SAMMyopoÜpEva, au Cas où « allégorie » veuille dire ici « sens typique ». — L'Épître aux Hébreux exprime les mêmes idées par d’autres termes : apa6oxf (99; 1119), oué (85; 101), ünéderyua (85; 923), Elle a bien le nom türos (85), mais dans un

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