Act. 91-19, — 5. Act
plus insignifiants, des minuties qu'on rougirait de relever dans un historien profane, des circonstances extérieures au fait lui-même et ne concernant que les impressions éprouvées par les compagnons du principal acteur, impressions nécessairement subjectives et peut-être diverses. A. Sabatier l’a très bien dit : « Ces différences ne peuvent en aucune façon porter atteinte à la réalité du fait. Réussirait-on parfaitement à les concilier, ou même n'existeraient-elles pas du tout, ceux qui ne veulent pas admettre le miracle ne repousseraient pas avec moins de décision le témoignage du Livre des Actes. Comme Zeller l'avoue franchement, leur négation tient à une conception philosophique des choses dont la discussion ne rentre pas dans le cadre des recherches historiques !. »
Explications naturalistes. — La plupart des rationalistes nient
1. L’apôtre Paul3, 1896, p. 42. Cf. Zeller, Apostelgeschichte, p. 197. Les différences dont parle Sabatier ne sont pas inconciliables. On en signale quatre : — A) D’après un récit, les compagnons de Saul entendent la voix, Act. 97, d’après un autre, ils ne l’entendent pas, Act. 22°. L'expression employée dans les deux cas n’est pas la même. ’Axovoytec tic ouvñs (génitif), Act. 97, veut dire : Ils perçurent le son de la voix (sans la comprendre); Tv pwvAv oÙx fxouoay Tob Axloüvrés mot (accusatif), Act. 229, signifie : Ils ne comprirent pas la voix de celui qui me parlait (tout en en percevant le son). — B) Ici ils ne voient personne, Act. 97, là ils voient une lumière, Act. 229. Où est la contradiction? Une lumière est-elle donc une personne? — C) D’un côté ils restent debout, Act. 97, de l’autre ils tombent à terre, Act. 2614. Eictaxetcav Évveo ne veut pas dire nécessairement : Ils élaient debout, frappés de stupeur. On peut traduire : Ils étaient, ils restaient hors d'eux-mêmes; comme en latin séeterunt en pareil cas. Ils suffit pour s’en convaincre d'ouvrir le premier lexique grec venu. — D) Enfin on objecte que les paroles de Jésus sont différentes dans les divers récits. Littéralement, oui; pour le sens, non. La principale divergence consiste en ce que l’auteur, selon un usage reçu à cette époque, unit en un seul discours, Act. 2615-18, des paroles prononcées par Jésus- Christ en deux occasions distinctes, Act. 225 et 21, peut-être aussi des paroles qu’il lui avait fait dire par Ananie, Act. 2214-16.
C’est un fait symptomatique de rencontrer ces objections précisément chez ceux qui nient avec le plus de force la conscience historique de l'auteur des Actes et l’accusent d’avoir forgé les discours qu’il prête à ses personnages pour les mettre en harmonie avec son propre récit. Il faudrait pourtant choisir entre deux moyens d'attaque qui s’excluent. Car ou bien saint Luc à composé lui-même les discours qu’il met dans la bouche de ses personnages et alors il ne faut parier ni d’antilogies ni de contradictions; ou bien il les a insérés dans son récit, à titre de documents, malgré les divergences qu’ils pouvaient offrir avec sa narration, et alors il faut reconnaître et louer hautement ses scrupules d’historien.
TO
le miracle de l'apparition de Damas, sans se mettre en peine d expliquer cet autre miracle d'ordre moral plus inexplicable encore si l’on supprime le premier, la conversion de Paul. Cependant deux critiques, Holsten en Allemagne et Renan en France, l'ont essayé.
La tentative de Holsten est le fruit d’une gageure. En 1860, sur la tombe du fameux chef de l’école de Tubingue, Landerer avait dit : « Baur, qui a passé sa vie à éliminer les miracles de l'Évangile, confesse que la conversion de Paul résiste à toute analyse historique, logique ou psychologique. En maintenant ce seul miracle, Baur les laisse tous subsister. Il a manqué sa vie. » Holsten jura de réussir là où tout le monde avant lui, sans même excepter Baur, avait échoué !. Mais il fut à peu près le seul à croire à son succès. Son explication est une suite de paralogismes qui sautent d’un bond du possible au probable, du probable au certain, du certain au réel. On ne raisonne ainsi que dans les maisons de fous. Holsten eut le tort de faire d’une vision chimérique le terme d’un travail rationnel : la logique ne crée pas de fantômes. C'est ce que Renan a très bien vu et il s’est rejeté, en désespoir de cause, sur l’hypothèse de l’hallucination. L’hallucination de Saul, d’après Renan, fut préparée par des raisons morales et déterminée par un accident physique. Les causes d'ordre moral sont les doutes et les remords naissants, l'estime et l'amour des victimes, le dégoût et la honte du métier de persécuteur ?. La cause physique, d’ailleurs très accessoire, serait ou un violent accès d’ophtalmie, ou un ouragan subit, accompagné d’éclairs et de tonnerres, ou une congestion cérébrale due au brusque passage de la lumière à l'ombre, de la fournaise du désert à la fraîcheur relative d’une oasis.
Ces fantaisies exégétiques ont fait leur temps. Elles ont été si bien et si souvent réfutées qu'il serait superflu et quelque peu puéril d'y revenir. La vie entière de l’Apôtre, le sérieux
1. Holsten, Die Christusvision des Paulus und die Genesis des paulin. Evangeliums (dans Zeütschrift für wissensch. Theol., 1861, p. 223-284); Zum Evang. des Paulus und des Petrus, Rostock, 1868, p. 3-64; Das Evang. des Paulus, Berlin, 1898 (ouvrage posthume).