‹ La théologie de Saint PaulChapitre 252 sur 630 · CADRE HISTORIQUE ET IDÉE CENTRALE · texte numérisé non relu

CADRE HISTORIQUE ET IDÉE CENTRALE

fallait faire cause commune avec les patriotes fanatisés, ou rompre avec eux en bravant leurs colères et leurs malédictions; il fallait renier le Christ ou sortir avec lui hors du camp en portant son ignominie. C’est pour le dernier parti qu'optèrent les judéo-chrétiens lorsque, en 66 ou 67, aux approches de Titus, ils se réfugièrent à Pella, non sans laisser derrière eux sans doute plus d’un égaré ou d’un indécis. Et c'est pour les raffermir dans la foi que l'Apôtre leur envoya sa lettre.

Idée maîtresse et division. — L'Epître aux Hébreux est une lettre véritable et non pas une thèse ou une homélie. Du traité dogmatique elle a le plan bien ordonné, la marche régulière, le bel enchaînement des preuves et des développements; elle rappelle l’homélie par le ton oratoire plus élevé qu'il ne sied à une correspondance ordinaire, par le mélange constant des aperçus spéculatifs et des conclusions parénétiques : néanmoins elle rentre bien certainement dans le genre épistolaire. Elle s'adresse à un cercle restreint dont l’auteur connaît au juste le fort et le faible, exalte les vertus, reprend les défauts, cherche à conjurer les périls. L'Épitre n’est donc pas un traité; c’est une lettre qui tient, si l'on veut, de l’homélie et que son auteur qualifie du nom le plus exact quand il l’appelle « une parole d’exhortation ». Comme parole d’exhortation, le but en est immédiat et pratique : le dogme n'y est pas l’occasion de la morale : c’est la morale qui est la raison d’être du dogme. L'auteur __ il ne s’en cache pas — veut arrêter les judéo-chrétiens sur le bord de l’abime. Il leur montre combien la chute serait funeste; déraisonnable aussi, puisqu'elle serait un recul du plus parfait au moins parfait, de la lumière de l'Évangile à la pénombre de l’économie ancienne. Afin de prouver que la loi de grâce est une religion meilleure, il établit qu'elle est la religion définitive, immuable, éternelle, idéale.

Toute religion ayant pour objet d’aplanir l'accès auprès de Dieu et de nous unir à lui, la valeur d’une religion se mesurera à la manière plus ou moins efficace dont elle remplit cet objet. Or, la mission d'opérer le rapprochement entre le ciel et la terre incombe surtout au prêtre, intermédiaire attitré entre l'homme et Dieu. Voici donc les trois postulats que l’auteur de l'Épître suppose constamment et que le lecteur ne doit ja-

mais perdre de vue, — 1. Une institution religieuse se mesure à l’union qu’elle produit entre l’homme et Dieu. — 2. Cette union est d'autant plus intime que le prêtre médiateur est plus près de l'idéal. — 3. La valeur, l'efficacité du sacrifice donne à son tour la mesure du prêtre. Mais tandis que le parallèle entre le judaïsme et le christianisme, qui fait le véritable sujet de l'Épitre, reste latent, ou perce à peine à la surface, le contraste entre les médiateurs des deux religions et les fonctions sacerdotales de ces médiateurs forme le cadre apparent et extérieur de la lettre. Les longs passages parénétiques sont tellement liés aux preuves et amenés si naturellement qu’ils n'interrompent pas le cours de la démonstration.

On distingue à première vue les trois parties suivantes où dogme et morale se fondent en un tout harmonieux:

I. La personne du Christ opposée à celle des autres médiateurs, prophètes, anges, Moïse et Josué. Exhortation à l'obéissance et à la fidélité (chap. 1-1v),

IT. Le sacerdoce du Christ, prêtre selon l’ordre de Melchisédec, opposé au sacerdoce lévitique. Exhortation à l'idéal et au plus parfait (chap. v-vur).

IIT. Le sacrifice du Christ opposé au sacrifice du jour de l’Expiation. Dangers de l’incrédulité, prix de la foi, exhortation à la persévérance (chap. vrnr-xmm).

Nous suivrons cette division, en ajoutant un chapitre supplémentaire sur le contraste des deux alliances et des deux économies, contraste qui est le fond sous-jacent de l'Épitre !.

1. Les travaux les plus considérables sur la théologie de l’Épiître sont dus à des protestants : Riehm, Der Lehrbegriff des Hebräer-briefes ?, 1867 et Ménégoz, La Théologie de PÉpiître aux Hébreux, Paris, 1894. Mais le premier diminue trop l'influence de Paul et cherche à prouver que la doctrine de la lettre n’est qu'un développement du judéo-christianisme primitif, tandis que le second prétend (p. 100) que la christologie de l'Épitre « se rapproche plus de la doctrine des ariens que de celle d’Athanase », A signaler encore les articles suggestifs de Bruce dans The Exposior (3 série, t. VIL-X; 4° sér., t. I-II) condensés dans le Dictionnaire de la Bible de Hastings (t. II, p. 327-338) ct les dissertations intéressantes, un peu diffuses, de Davidson (The Ep. to the Hebrews, dans la collection Handbooks for Bible Classes, Edimbourg).

Sans viser à la solution d’un problème dont les inconnues dépassent de beaucoup les données, nous allons mettre sous les yeux du lecteur les principaux éléments de la question : 1. Les hésitations de la tradition patristique; 2. l'usage que l’auteur ou le rédacteur de l'Épitre fait de l'Ancien Testament; 3. la langue et le ton de l'écrit; 4. les hypothèses aussi nombreuses qu'incertaines des critiques,

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