IV. HYPOTHÈSES AU SUJET DE L'AUTEUR OU DU RÉDACTEUR
1. S. Luc ou S. Clément, auteurs ou traducteurs. — L'hypothèse du traducteur, imaginée par Clément d’Alexandrie (dans Eusèbe, Æisé. III, 38), est rapportée par Eusèbe (Hist. VI, 25) et S. Jérôme (De viris ill. 5), sans allusion à Clément. Origène pense (dans Eusèbe, Hist. VI, 25) que Clément ou Luc sont non pas les traducteurs, mais les rédacteurs de l'Épître et cette nouvelle hypothèse est mentionnée par S. Philastre (Hæres. 89), qui adjoint Barnabé aux deux autres, et par S. Jérôme (Epist. ad Dardan. cxxIx, 3), qui nomme seulement Luc et Barnabé. Beaucoup d’exégètes et de critiques embrassent l'hypothèse d’Origène, en donnant leurs préférences soit à Luc (Hug, Zill, Düllinger, Huyghe, etc.), soit à Clément (Théodoret, Euthalius, Bisping, Kaulen, Cornely, etc.) et en invoquant pour l'un et pour l’autre certaines affinités de style qui nous paraissent très problématiques.
9, S. Barnabé auteur. — Au témoignage formel de Tertullien, De pudic. 20 (II, 1021 : Volo ex redundantia alicujus etiam comitis apostolorum testimonium superducere. Exstat enim et Barnabæ titulus ad Hebræos; et utique receptior apud ecclesias epistola Barnabæ illo apocrypho Pastore mœæchorum), nous pouvons adjoindre maintenant l’auteur inconnu des Tractatus Origenis (éd. Batiffol, Paris, 1900, p. 108) : « Sed et sanctissimus Barnabas : Per ipsum offerimus, inquit, Deo laudis hostiam abiorum confitentium nomini ejus (Heb. 1515). » Le témoignage du Claromontanus est discuté; mais la stichométrie assignée à l’Épître de Barnabé convient à l’Épitre aux Hébreux et ne convient pas à la lettre publiée sous le nom de Barnabé. On à vu plus haut les textes de $. Jérôme et de $. Philastre. Un certain nombre de critiques et d’historiens catholiques et protestants (entre autres Fouard, Salmon et Zahn) acceptent cette hypothèse qui semble répondre assez bien aux diverses données.
3. Apollos auteur ou rédacteur. — Que Luther ait ou non pensé le premier à Apollos, son autorité a certainement gagné des adeptes à cette hypothèse qui, grâce au plaidoyer de Bleek, fut quelque temps Vopinion régnante chez les critiques protestants. Quelques catholiques s’y sont ralliés : Belser (Zinteitung in das N.T. : 1901, p. 600-601) entre autres.
4, Aristion auteur. — Cette hypothèse a été proposée par J. Chapman 0. S. B., Aristion author of the Epistle to the Hebrews, dans la Revue Bénédictine, t. XXII (1905), p. 49-62. Elle est ainsi énoncée p. 51 : « I only ask that it be assumed here, for the sake of argument, that the last hwelve verses [de Marc] are a composition by a single author whose name is not of the slightest importance in this article. I then claim to be able to show that this author is apparently also the writer of the Episile to the Hebrews. » C’est donc une hypothèse greffée sur une autre hypothèse. Dom Chapman se fait fort de prouver qu’Aristion est bien l’auteur véritable de la finale de Marc, mais nous n’avons pas encore vu cette démonstration. En outre, il ne ressort pas pour nous de l'étude de son article que l’auteur de la finale de Marc et celui de l'Épitre aux Hébreux soient un seul et même personnage. La base de comparaison est en effet trop étroite pour aboutir à une conclusion ferme.
5. Prisque ou Priscille auteur, peut-être en collaboration avec son mari Aquila. — Cette idée géniale à fait quelque bruit, grâce à la notoriété de M. Harnack, Probabilia über die Adresse und den Verfasser des Hebräerbriefes (dans Zeitschrift für neutest. Wiss. 1900, p. 26-41). M. Belser l’expose et la réfute (Einleitung, p. 611-615) plus longuement qu’il ne convenait. Il faut abandonner ces conjectures en l'air à leur destinée éphémère.
6. Silas ou Silvanus auteur. — La candidature de Silas a conquis des partisans, aux dépens de celle d’Apollos, depuis que Riehm a montré que le premier a autant de droits — ’ailleurs purement hypothétiques — à être regardé comme l’auteur de lEÉpitre.
7. Il ne faudrait pas croire que les auteurs nommés ci-dessus soient les seuls pour qui l’on revendique la paternité de l'Épitre. M. Ramsay pense au diacre Philippe (dans Exposilor, juin 1899) et il reste dans l’entourage de saint Paul assez de personnages pour exercer la sagacité des critiques, sans qu’il soit besoin avec Velch (The authorship of the Epistle to the Hebrews, Londres, 1899) de recourir à saint Pierre. Mais la plupart des contemporains renoncent à découvrir le grand et mystérieux anonyme : ils se contentent de proposer un Juif alexandrin et l’on n’a rien à leur objecter si par alexandrin on entend un écrivain imbu de ce que l'on est convenu d'appeler la culture alexandrine.
Nous croyons devoir transcrire en terminant le jugement du docte P. Cornely, un des champions les plus fermes de l’authenticité, entendue en ce sens que l’Apôtre est l’aucior mais pas le scriptor de l'Épiître (/ntrod. ?, t. III, 1897, p. 529) : « Paulinam originem asserentes neque quæstionem hanc cum illa de canonicitate conjungimus, ut priore negata alteram negandam esse censeamus, neque sententiæ illorum adversamur qui cum Paulo auctore alium ex viris apostolicis scriplorem epistolæ agnoscunt. Namque canonicitatem epistolæ non labefactari, etiamsi quis incertum esse ejus auctorem diceret, manifestum est consideranti non
paucos esse libros canonicos, quorum auctores humani ignorantur.… Erravit ergo Cajetanus, qui « nisi Pauli esset epistola, non perspicuam esse ejus canonicitatem » asseruit; ac profecto ad apostolicam ejus originem non attendentes ejus canonicitatem tueri possumus. »