‹ La théologie de Saint PaulChapitre 266 sur 630 · Heb. 99:10; Heb. 10t · texte numérisé non relu

Heb. 99:10; Heb. 10t

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sacrifice qui rendra caduc le rituel lévitique ; Jérémie prophétise une nouvelle alliance qui forcément se substituera à la première !. Cependant cette nouvelle alliance est moins la rupture violente que la consommation de l’ancienne. Les rapports des deux Testaments sont exprimés par ces quatre mots : ombre (oxt&), figure (érodeyua), antitype (évriruroc), similitude (rapa- 6oki) ?. L'ombre est opposée au corps, l’antitype à la vérité, la figure et la similitude à la réalité. On peut remarquera ici que le langage de l'Épitre diffère de celui des autres écrivains sacrés : elle nomme antitype ce que Paul appellerait type et le type est pour elle le modèle présenté à Moïse sur le Sinaï avec injonction de le reproduire; l'image (six), qu’elle oppose à l'ombre, est le corps (sua) de la terminologie paulinienne. Mais elle maintient plus formellement que personne le caractère figuratif de l’économie mosaïque, et l’exprime d'ordinaire par les antithèses entre la terre et le ciel, le présent et l'avenir, le.matériel et l'immatériel, la copie et l’archétype.

Foi et persévérance. — Deux mots résument la morale de notre Épître : foi et persévérance. « Approchons-nous [de Dieu] d'un cœur sincère, dans la plénitude de la foi. Attachons-nous inébranlablement à la profession de l'espérance » : tel est le refrain qui revient sans cesse sous diverses formes. Cette préoccupation parénétique nous explique déjà le rôle différent que la foi est appelée à jouer dans l'Épître aux Hébreux et dans les quatre grandes Epîtres de Paul. Dans celles-ci, il

——————— 1. Ps. 109(110)t; Jer. 3131-34, Cf. Heb. 711-22; 86-18,

2. 101 (œuèv Éxwv 6 véuos Tov peNévrov &yal@v oùx aûrnv Tv Eixéva); 85 (oëtuves Ünodeiypart xai oug Aatpetouoiv Tv Eroupaviwv); 924 (où yap elc yetpomointa eio}0ev ya évrirura rüv &nbrv&v). Ces trois textes caractéristiques montrent bien comment l'ombre, la figure, l'antitype sont opposés à l’image (réalité), aux choses futures, aux choses vraies, aux choses célestes ct non faites de main d'homme. On trouve encore Ünéderyua (411; 925) et mzxpa6orñ (99) avec la même opposition. Au contraire tômoc (85), qui n'est d’ailleurs que dans une citation des Septante, signifie le modèle présenté à Moïse quand il reçut l’ordre de construire le tabernacle.

3. Heb. 1022-25 (xaréywuey thv époroyiav). Cf. 414 (xpar@uey th épLodoyias).

était question des effets de la foi qui commence, dans l’autre il s’agit des fruits de la foi qui persévère.

De cette foi, l'auteur donne une définition qui n’est pas sans doute à la manière d’Aristote, par le genre et la différence, mais qui lui convient parfaitement et la distingue de tout ce qui n’est pas elle. « La foi est la réalité des choses que nous espérons, la preuve de celles que nous ne voyons pas : ’Eort ôë mioric ÉAmibouévewy ÜrocTacts rpxymätuv, Ësyy0s où Bherouévuv!. » Le

1. Heb. 111. Qu'on mette la virgule après roxyuatwv, comme nous l'avons fait, ou avant, comme le font certains éditeurs, le sens n’est pas modifié. — Le mot üréctaous se lit cinq fois dans le N. T. (2 Cor. 9#; 1117; Heb. 13; 314; 111). La Vulgate traduit constamment par substantia. Il semble qu'on peut établir la dérivation suivante : 1) Fondement (sens étymologique de üré et form, comme sub-siantia) ;?) réalité (sens vulgaire); 3) substance (sens philosophique; ce qui est au fond de l’être sous les accidents et les phénomènes); 4) sujet, thème d’un discours, et en général, objet, affaire; 5) ferme confiance (dans Ps. 388 iréctaots répond à l’hébreu foheleth et dans Ruth 11?; Ezech. 19 à tigvah).

Dans le N. T., en dehors de notre texte (Heb. 111), ôréotaow signifie deux fois « affaire » (2 Cor. 9'; 1114), une fois « substance » (Heb. 1$) et une fois, semble-t-il, « ferme persuasion » (Heb. 314). — A)2 Cor. 9,4 : « Ne cum venerint Macedones mecum et invenerint vos imparatos erubescamus nos (ut non dicamus vos) in hac substantia » (l’addition tic xavyñoews du texte recu vient de 1117). Paul envoie les quêteurs devant lui afin que, lorsqu'il arrivera à Corinthe avec ses Macédoniens, ils n’aient pas à rougir, lui et les Corinthiens, dans cette affaire (ëv rñ droctacer ravrn), comme il à dit plus haut in hac parte (èv T® péper Toûtp). Le sens de « persuasion » ou de « confiance » qui pourrait convenir à erubescamus nos conviendrait mal à ut non dicamus vos. — B) 2 Cor. 1117 : « Quod loquor non loquor secundum Deum sed quasi in insipientia, in hac substantia gloriæ » (év Taÿtn th Ürootéoet Tic xavyñoews). Le sens est, semble-t-il : dans ce sujet de gloire, ou plutôt : dans ce sujet (ce motif) de me glorifier. Cependant la traduction : dans la confiance que je montre à me Aofer n’est pas absolument exclue par le contexte. —:C) Heb. 15: figura subslantiæ ejus (ris brootéoews a«ûtoù). Le Fils est l'empreinte de la substance du Père, de la nature divine telle qu’elle est dans le Père. Le mot dtéotacts à ici son sens philosophique de substance; le sens de personne est beaucoup plus récent. — D) Heb. 314 : « Participes enim Christi effecti sumus, si tamen initium subs{antiæ ejus usque ad finem firmum retineamus » (rhv dpxiv this drootdcews, le pronom ejus ne répond à rien dans le grec). Ici nous pensons que üréctaot signifie « ferme persuasion » ou bien « confiance ». Cela ressort, à notre avis, du parallélisme d'idée et d'expression avec Heb.36 (si fiduciam et gloriam spei usque ad finem firmam retineamus), où tv Taponoiav xai vo xaüynua The Ekxédos répond à. notre 1àv &pynv Ts bnootécewc. Cela ressort aussi de l’opposition avec le cor malum incredulilatis qui précède. — D’après ces acceptions si variées on voit que le sens de ÿroctaous ne peut s'établir que par le contexte.

mot grec ümootaais a trois sens bien établis : fondement, conviction ferme, réalité; et, abstraction faite du contexte, chacun de ces trois sens peut entrer fort bien dans la définition de la foi. La foi en effet est le fondement de l'espérance et en général de toute notre vie surnaturelle; elle est aussi une persuasion ferme, tellement assurée qu’elle ne laisse aucune place au doute ; enfin elle est la réalité des choses que nous espérons, en tant qu’elle est une prise de possession anticipée des biens à venir et qu'elle empêche nos espérances d’être vaines ou fantastiques. Saint Thomas s'attache au premier sens, auquel il ramène le mot latin substantia lui-même : « L'objet de l’espérance, dit-il, est contenu en germe dans la foi, comme l’objet de la science est contenu en germe dans les principes; c'est pourquoi la foi est le fondement de l'espérance, comme les principes sont le fondement de la science. » Néanmoins, le dernier sens — celui de réalité — nous paraît préférable, car le premier, ou bien retombe dans celui-ci — le fondement d’une chose n'étant que son substratum, sa réalité — ou bien prend l'objet de l'espérance pour l'espérance même : ce qui est inadmissible, le texte portant éAriouévuv et non pas ékridoc. D'autre part, le second sens détruit le parallélisme entre les deux membres de la définition, car si érécract peut signifier persuasion, ëheyy0s qui lui fait pendant ne veut pas dire conviction subjective. La foi est donc non seulement un gage mais encore un acompte des biens espérés. Elle est, selon l’expression de saint Thomas, un commencement de vie éternelle en nous; parce que, suivant l'explication de saint Augustin, croire ce que l’on ne voit point c’est mériter de voir ce que l’on croit.

La foi est encore la preuve des choses qui ne se voient pas : keyyos où Blerouévuv. S'il était permis de traduire ëkeyyos par conviction on donnerait à ürosraois le sens de persuasion et l’on pourrait rendre ainsi tout le verset : La foi est une persuasion des choses qu’on espère, une conviction des choses qu'on ne voit point. Malheureusement, l'usage n'autorise pas cette acception : #keyyos signifie argument pour réluter, réfutation, preuve, action de convaincre, si l’on veut, jamais conviction subjective. La traduction de la Vulgate est donc bien exacte : argumentum non apparentium. Les choses qu'on ne voit point ne sont

pas seulement les choses invisibles de leur nature mais celles qui échappent au regard de notre esprit. Sans les avoir vues, nous savons par la foi qu’elles existent : la foi nous tient lieu de preuve. Il est évident que cette partie de la définition est beaucoup plus étendue que la première; elle embrasse l’objet total de la foi, passé, présent ou à venir, tout ce que nous croyons sur le témoignage de Dieu; tandis que l’autre, se confondant avec l’objet de l'espérance, est restreinte par le fait même aux réalités futures.

Description de la foi. — Les nombreux exemples de foi qui remplissent tout le chapitre x1 préciseront ce que cette description sommaire peut avoir de vague. Dans tous les exemples sans exception, la foi désigne l'adhésion de l'intelligence au témoignage divin; mais, comme la vérité à croire sur la parole de Dieu ne s'impose pas à l’entendement par sa propre évidence, il y a toujours une intervention de la volonté qui rend

l'acte de foi libre et méritoire. À part ces deux points com-"

muns, les divers actes de foi présentent une certaine variété. On en peut distinguer trois espèces :

1. « Par la foi nous savons que le monde a été formé par la parole de Dieu, en sorte que ce que l’on voit n’a pas été fait de choses visibles. » Ici l'acte de foi se résout en un acte d’entendement et il ne comprend que ses parties essentielles : adhésion de l'esprit au témoignage de l'Écriture, parole de Dieu, et intervention de la volonté inclinant l'intelligence à admettre un fait éloigné de nous, qui échappe à toute vérification.

2. Quand le témoignage divin a pour objet une promesse, la foi s’allie naturellement à l'espérance et les deux vertus, sans se confondre, se donnent la main. Telle la foi de Sara, d’Isaac, de Jacob, de Joseph, des patriarches en général, dont la foi fut confiante et l'espérance fidèle. Quelquelois la chose promise exige un miracle subordonné à la foi de l’homme : il faut alors cette foi vive qui remue les montagnes. C’est par la foi que se fendirent les flots de la mer Rouge et que tombèrent les murs de Jéricho.

3. Le plus souvent le témoignage divin consiste en un précepte ou du moins entraîne une obligation autre que la foi elle-même. La foi, si elle est sincère, sera alors agissante.

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C'est par la foi que Noé bâtit l'arche, qu'Abraham quitta sa patrie, vécut dans l'exil, résolut d'immoler son fils, que Moïse affronta le courroux de Pharaon, méprisa les délices de l'Égypte, obéit aux ordres divins, que Rahab la courtisane accueillit les espions hébreux, que les juges, les prophètes, les saints de

l'Ancien Testament ont bravé tant de périls, soutenu tant de

persécutions, subi la mort la plus cruelle.

C'est « par la foi » que ces saints personnages « ont reçu témoignage ». Il est vrai, l'Écriture qui vante leur justice et raconte leurs grandes actions ne mentionne pas toujours spécialement leur foi. Mais cela n’est pas nécessaire, car, d'après Abacuc, « le juste vit par la foi ». La foi est la mesure de la justice et la justice est la preuve de la foi. Ainsi s'explique la foi d’Abel et d'Enoch. L'Écriture n’en fait pas mention expresse : mais elle dit d'Abel qu'il offrit une hostie plus excellente que son frère et que son sang cria vengeance, d'Énoch qu'il plut à Dieu et mérita ainsi d'être ravi au ciel. L'auteur en conclut que ce fut à cause de leur foi, soit en vertu du texte d'Abacuc qui fait dépendre la justice de la foi, soit pour Énoch en particulier, par ce principe réflexe que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Comment plaire à Dieu sans aller à lui? Et comment aller à lui sans croire à son existence et à sa providence? Sans doute, un mouvement de l’âme vers Dieu connu par les seules lumières de la raison est concevable en théorie ; mais ce sentiment philosophique ne répondrait pas à l’économie de la rédemption et serait sans efficacité pour le salut dans l’état actuel d’élévation. Il est moins aisé de voir pourquoi la foi à l'existence de Dieu ne suflirait point. N'est-ce pas parce que l’âme ne saurait se porter vers Dieu sicut oportet, si elle ne l’envisage comme sa fin dernière et, dans l’état présent, comme sa fin surnaturelle?

Danger de l’infidélité. — Plus la foi est nécessaire plus l’infidélité est funeste. Par deux fois l’auteur semble présenter l’apostasie comme un mal irréparable. Pour apprécier la signification de ces passages il faut les replacer dans leur contexte : « Si nous péchons délibérément après avoir reçu la pleine connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour le péché mais l'attente affreuse du jugement et l’ardeur d’un feu

prêt à dévorer les ennemis. Quiconque violait la Loi de Moïse était mis à mort sans pitié sur la déposition de deux ou trois témoins : de quel supplice plus effrayant ne sera pas jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l’alliance, dans lequel il fut sanctifié, et couvert d'opprobres l'Esprit de grâce‘? » Le péché visé par l’'Apôtre n’est certainement pas un péché quelconque, même grave, mais le péché par excellence, l’apostasie. La tendance générale de la lettre qui fait tout converger autour de la foi et la sphère d'idées où se meut l’auteur permettent déjà de le soupçonner. L’exhortation qui précède et celle qui suit immédiatement, où il n’est question que de foi sincère, d'espérance inébranlable, de fidélité aux assemblées religieuses, confirment cette impression, que l’allusion à Moïse, punissant de mort l’idolätrie sur deux ou trois témoignages, vient encore corroborer. Le péché lui-même est décrit comme un acte qui foule aux pieds le Fils de Dieu, qui regarde comme profane ou souillé le sang de l’al; liance, qui couvre d’infamie l'Esprit-Saint, qui succède à la pleine connaissance de la vérité dont il ne peut être que la négation. Tous ces caractères s'accordent à désigner l’apostasie délibérée, le blasphème contre le Saint-Esprit. Ce péché ne sera remis ni dans ce monde ni dans l’autre, parce qu'il tarit la source de la grâce et ferme la voie au repentir. Sans la foi en effet il est impossible de plaire à Dieu et de se réconcilier avec lui. Au chrétien qui retomberait dans le judaïsme en pleine connaissance de cause il ne resterait plus d’hostie pour le péché ni dans l'institution mosaïque, qui ne prévoit pas de sacrifices pour ces sortes de crimes, ni dans le christianisme, qui ne possède qu’un seul sacrifice, le sacrifice de la nouvelle alliance avec laquelle l'apostat a rompu. Sans doute Dieu, qui ressuscite les morts, peut toujours ranimer le germe desséché de la grâce et rallumer le flambeau éteint de la foi, mais l’auteur n'avait pas à signaler ce miracle rare et hypothétique, au moment même où il dépeint sous des couleurs si sombres les suites de l’apostasie.

Son intention paraît encore plus manifeste dans le second

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