III. CONSOMMATION
Repos en Dieu. — L'union avec Dieu est la fin suprême de notre existence, le terme dernier des aspirations de l’homme, le but instinctif sinon réfléchi de tout culte. Ce dénouement fortuné s'exprime dans notre Épitre par un mot des mieux choisis : « le repos de Dieu », c'est-à-dire le repos dont Dieu jouit après l’œuvre de la création et de la rédemption, le repos dont il veut nous faire jouir avec lui et en lui, le repos dont il est l’auteur et dont il est l’objet, le repos qu’il propose à nos espérances, soit comme don gratuit, soit comme héritage, soit comme récompense. Fidèle à sa méthode typologique, l’écrivain sacré en voit la figure dans la terre promise à laquelle aspiraient les Hébreux, moins comme au terme de leurs péré-
7 grinations que comme au centre de la théocratie, où ils se- = raient plus près de Dieu, dans son domaine et sous son égide*. T2 Longtemps, l'infidélité les en tint éloignés; et quand ils y en- ; trèrent, après avoir semé de leurs cadavres les sables du désert, ils s'aperçurent qu’ils n'avaient reçu qu’un acompte des 2e promesses divines. Les perspectives se reculèrent et ils entre- SENS virent un autre « repos de Dieu », que le Psalmiste les conjure | de ne pas se fermer par leur endurcissement : « Il y a donc és __ un sabbat ultérieur pour le peuple de Dieu. Et celui qui entre Ér: dans ce repos divin se reposera lui aussi de ses labeurs comme FR Dieu des siens. Efforçcons-nous donc d'entrer dans ce repos, | et gardons-nous de la désobéissance » ? qui en ferma l’entrée aux Juifs incrédules. Ce repos de Dieu, c’est Jésus, antitype
de Josué, qui nous le promet et nous l’assure.
Initiations graduelles. — Mais, pour y trouver accès, il faut subir une série d’initiations qui sont la raison d’être du sacerdoce du Christ, et qui s'expriment par les quatre mots « expier,purifier, sanctifier, consommer » : termes presque synonymes
avec d’intéressantes nuances. Le mot « expier » (fldoxecbat) — 14 répondant à l'hébreu kippér — est essentiellement sacerdotal. | I1 désigne l’action du prêtre qui oblitère le péché ou lave les souillures morales dans le sang des victimes. Le rôle de Jésus pontife est « d’expier les péchés du peupleÿ » par son propre sang et de lui rendre ainsi Dieu propice. Voilà pourquoi saint Jean l’appelle « propitiation pour nos péchés » et saint Paul « propitiateur » ou « moyen de propitiation * », car les deux
1. La pensée est longuement développée (Heb. 37-411), sous forme de commentaire parénétique, à propos du texte Ps. 94 (95)7-11, avec allusions continuelles à Num. 1421-%3, L'idée centrale est le serment que Dieu fait
dans sa colère : ei eloeleücovra els Tv xatämauoiv pLou.
2. Heb. 49-11 : äpx &mokeinerar cu66atiomdç To Àx@ Toù Oeoÿ. Le donc (äpa) est justifié par le ofuepov du Psalmiste, 94 (95)7. — On voit comment le repos (xarärauois et une fois ca66artou6c) est mis en relation avec le repos du créateur : bonep dro Tüv idlwv 6 @e6ç. — Enfin c’est la foi qui en assure l'entrée (45 : elospyduela yàp elç tv xarémauotv ol nuotebcavres) et c’est l’infidélité (319 : oùx nôuvnnouv eios)Betv 1’ éniotiav) ou la désobéissance (411) qui en exclut (46 : oûx eioA\0ov à &metbeuæv).