ANALYSE DES ÉPITRES
Le génie de Paul est, de l'avis de tous, caractérisé par deux traits : la vigueur dialectique qui poursuit à outrance une même idée jusqu’à la retourner sous toutes ses faces et la tension d’une âme qui s’absorbe tout entière dans le sentiment ou la pensée du moment. Un esprit de cette trempe ne peut manquer d'imprimer à ses œuvres un cachet d'unité. C'est en effet ce qui frappe le plus dans les écrits de l’'Apôtre. Ses digressions ne sont pas des hors-d’œuvre : elles sont dues au désir de résoudre une difficulté qui se jette à la traverse ou d’éclaircir un détail nécessaire à l'intelligence de la thèse. La question accessoire épuisée, Paul rentre dans son sujet par un mot de rappel plutôt que par une transition explicite ou retombe à son point de départ par une sorte de raisonnement tournant. Aussi, en tenant compte de la liberté d’allures du genre épistolaire et sans vouloir tout ramener à une marche rigoureuse, importe-t-il souverainement de ne jamais perdre de vue l’idée maîtresse.
Est-il besoin d’avertir que l'idée centrale des Épitres n'est pas toujours une thèse? Parfois c’est un sentiment à inspirer ou un but à obtenir. La phrase que les théologiens détachent volontiers du contexte pour s’en occuper à peu près exclusivement, comme si c'était la quintessence même de l'Épitre, n'est souvent qu’une incidente dont la suppression ne troublerait presque pas la structure de la lettre. Il en est ainsi par exemple du grand texte christologique de l'Épitre aux Philippiens,
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des passages des Épiîtres aux Corinthiens sur la nécessité de : la grâce et même, dans une moindre mesure, des versets de l'Épître aux Romains sur le péché originel et sur la prédestination. Du moins le texte dogmatique est-il en général subordonné à l’idée centrale : d’où résulte, pour le lecteur attentif, le devoir de le replacer dans son cadre naturel.
On a essayé ici de dégager la pensée de Paul des idées accessoires qui l’encombrent, de la réduire à ses éléments essentiels, afin d'en mieux montrer la suite et l'enchaînement. Il était difficile d'échapper tout à fait à l'accusation d’arbitraire et d’esprit de système, la même idée n’ayant pas le même degré d'importance aux yeux de tous les lecteurs. Mais il fallait se borner et sacrifier quelque chose, sous peine de transcrire intégralement le texte des Épiîtres.
Nous avions songé tout d’abord à conserver, autant que possible, les termes mêmes de saint Paul, bien persuadé que ces termes n'ont pas le plus souvent d’équivalent exact. Seulement, ‘ en procédant ainsi, nous aurions dû accompagner notre résumé d’un commentaire perpétuel, pour le rendre intelligible à qui n'a point étudié au préalable la terminologie du grand Apôtre. C’eût été manquer notre but et ôter à cette analyse le seul mérite qu’elle ambitionne : orienter vite le lecteur et le guider dans le dédale obscur des argumentations complexes.
Pour des raisons de commodité pratique nous allons suivre l'ordre habituel de nos Bibles. Mais on voudra bien se souvenir de l’ordre chronologique et ne pas oublier la place respective des divers groupements :