‹ La théologie de Saint PaulChapitre 30 sur 630 · I. PRÉPARATION ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. PRÉPARATION ET DÉBUTS

Damas et Sinaï. — L'imagination populaire aime à supprimer l'intervalle entre la conversion de Paul et son apostolat. Le matin, c’est le loup dévorant qui ravage le bercail du Christ; le soir, c’est le conquérant qui traîne au pied de la croix, vaincus et captifs, les ennemis de l'Évangile. En réalité, une dizaine d'années séparent ces deux instants ! : période de gestation féconde où sa pensée se mürit et s'achève dans la solitude, le silence et la prière; période obscure aussi où l'histoire perd Souvent Sa trace et n’a pour guide que le récit plein de vie et de mouvement, mais intermittent et fragmentaire, des Actes.

Après son baptême et sa guérison, le néophyte ne resta à Damas que très peu de jours : juste assez pour consoler et édifier les fidèles et pour rendre au Christ son témoignage. Parcourant l'une après l’autre les synagogues de la ville il déclarait à ses anciens coreligionnaires que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. Il se bornait sans doute à raconter ce qu'il avait vu de ses yeux et entendu de ses oreilles. N'était-ce point la plus décisive comme la plus simple des démonstrations? Ce Jésus, notoirement mort et enseveli, qui se disait Fils de Dieu et en donnait pour preuve sa résurrection, il est vivant, il est ressuscité, je l'ai vu, il m'a parlé. Les Juifs, n'osant douter de sa parole, demeuraient muets de stupeur.

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1. En fixant la conversion à l'an 34 ou 35 et le début de la première mission à l’an 45, le séjour à Damas et en Arabie dure trois ans (Gal. 118), la retraite à Tarse environ cinq ans. C’est vers l'an 42 que Barnabé va y chercher pour le conduire à Antioche. La position de Saul dans cette

dernière église est d'abord subalterne.

Mais Saul avait hâte de fuir le tumulte des villes. Après l’ébranlement moral qu'il venait d'éprouver, il sentait le besoin de se trouver en face de lui-même et en tête à tête avec Dieu. Il partit pour l’Arabie; c'est-à-dire, selon toute apparence, pour la presqu'ile sinaïtique, au sein des montagnes sacrées où Jéhovah avait communiqué la Loi à Moïse et conversé familièrement avec Élie. La pensée de l'apostolat ne l'y attirait point. Quoique marqué pour porter le nom de Jésus jusqu'aux extrémités de la terre, il attendait sans impatience ni inquiétude l'heure de Dieu. Il voulait sonder son âme, méditer les Écritures, se recueillir sous l’œil du Seigneur, prêter l'oreille à cette voix intérieure qu'on perçoit d'autant plus distinctement que les échos du monde sont plus lointains et plus affaiblis.

Ily passa un an, deux ans peut-être. Rien ne nous aide à percer le mystère de cette retraite. Saint Luc n’en dit pas un mot, bien qu'il semble indiquer un double séjour à Damas, où s’intercale assez naturellement le voyage en Arabie. A son retour, Saul était armé pour la controverse. Sa prédication se fortifiait de preuves scripturaires irrésistibles. Ce n'était plus seulement, comme la première fois, la déposition du témoin oculaire, c'était l'enseignement raisonné du docteur et le message inspiré du prophète. Incapables de lui répondre, ses adversaires prirent le parti de lui fermer la bouche. L'ethnarque du roi Arétas, soudoyé par eux, se chargea de leur vengeance. Pour déjouer la vigilance des sicaires qui nuit et jour faisaient bonne garde aux portes de Damas, il fallut cacher l’Apôtre dans une manne et le descendre le long des murs par une poterne. Après sa pittoresque évasion, il se rendit en hâte à Jérusalem pour y voir Pierre. De nouvelles embûches l'y attendaient, cette fois de la part des Juifs hellénistes. Au bout de quinze jours, les frères alarmés l’emmenèrent à Césarée et le

1. Act. 919, Paul ne reste à Damas que quelques jours (ñuépas tivéc); quatre versets plus loin, 9%3, il y fait un séjour prolongé (fuépar ixavai, tenir compte du sens de ixavéç dans saint Luc). — Le voyage en Arabie doit donc s'intercaler entre le verset 21 et le verset 22. La double prédication de Paul est aussi indiquée : la première fois, il affirme que Jésus est Le Fils de Dieu (920 : 6 viès vob @eoÿ, notez l’article); la seconde, il prouve que Jésus est le Messie (922 : cuu@6dtwv ërr oùtés Écriv 8 Xprotéc).

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