‹ La théologie de Saint PaulChapitre 344 sur 630 · L’Apôtre Paul, p · texte numérisé non relu

L’Apôtre Paul, p

2. Tbid., p. 294-295, Voir Théol. de S. Paul, t..1, p. 59-60.

Re « EN US à PE RES D ETA à

pour la personne du Christ qui sera désormais la note dominante de sa vie ; et cette expérience recevaitson caractère spécifique des nombreux bienfaits éprouvés dans le Christ, des bénédictions qui découlent de luiavec plénitude. C’est là, dansla conscience de ce que le Christ glorifié était dans sa vie intime, qu’il faut chercher la genèse de la christologie paulinienne. Tout ce qu'il y avait pour lui de vital dans la nature du Christ dérivait de son expérience de la vie nouvelle. Il voyait le Christ à travers l’atmosphère des bienfaits religieux que procure l'union avec le Seigneur. Le Christ de Paul en un mot est le Christ de son expérience, le Christ tel que le lui révèle la conscience de la vie divine qu’il lui doit. Sa christologie est l'expression de son expérience dans les termes suggérés par la pensée et la réflexion : c’est un jugement ou une série de jugements au sujet du Christ, fondés sur les impressions qu’on a de lui dans la vie de foit. » Ce galimatias mystique fatigue vite le lecteur qui cherche des idées sous les mots. On fait dépendre toute la théologie de Paul de sa conversion et le problème de la conversion n’est pas même touché. D’où vient cette hallucination durable qui obsède son âme comme un cauchemar fantastique? Par quel prodigieux hasard le rêve de Paul coïncide-t-il avec celui de ses collègues dans l’apostolat? Quelle harmonie préétablie met d'accord leur conscience et leur expérience du Christ? Autant de questions que la méthode subjective laisse sans réponse.

Conception radicale. — Le piétisme ritschlien ne pouvait pas dissimuler son néant de preuves et son manque absolu de base concrète. Peut-être a-t-il précipité le retour offensif de l’école radicale. Celle-ci, dépassant de loin l’école de Baur, a cru résoudre le problème en le supprimant. L’Apôtre, s’il a existé, n'aurait écrit aucune des lettres qui nous sont parvenues sous son nom. Toutes ces prétendues Épîtres de Paul ne seraient que les élucubrations tardives et maladroïtes de quelque impudent faussaire. Laissons la parole à ces hardis critiques*?. |

1. D. Somerville, Sé. Paul’s conception of Christ or the doctrine of the second Adam, Édimbourg, 1897, p. 14-15.

2, L’exposé suivant est fait d’après Van Manen (article Paul dans Ency-

1. Est-il vraisemblable que Paul écrive aux chrétiens de Rome, qui lui étaient personnellement inconnus, ce que lui attribue l’Épitre aux Romains? Le prendrait-il de si haut avec eux, lui qui recourt à tant d’habiletés et de subterfuges avec ses enfants spirituels de Corinthe et de Galatie ? Impossible de donner un tour raisonnable à son attitude envers les uns ou envers les autres ; impossible de rien comprendre aux rapports mutuels des partis et des sectes qui doivent avoir existé à l’état de violent conflit, si les lettres en question sont authentiques.

2. Les données doctrinales et religieuses de ces lettres témoignent, dans la vie et la pensée chrétiennes, d’un développement si ample et si profond, qu'il ne peut avoir été atteint peu d’années après la mort du Christ. Il suppose une expérience si étendue, un tel agrandissement du champ de vision, un si grand effort spirituel, qu’on ne saurait en faire honneur à Paul ou à quelqu'un de ses contemporains. 7

3. Dans les grandes Épitres perce, entre autres choses, un type de doctrine traditionnelle avec lequel les lecteurs sont censés familiers depuis longtemps. Ils le suivent avec une simplicité d'enfants et un vif enthousiasme ou, au contraire, ils l’attaquent avec obslination et acharnement. Plusieurs, surtout parmi les adversaires de Paul à Corinthe, ont dépassé le paulinisme et pourraient être qualifiés d’Ayperpauliniens ; d’autres, comme les judaïsants de Galatie, restent à l'arrièregarde et même rétrogradent jusqu'au judéo-christianisme. L'existence de ces deux groupes, au moins à un degré si tranché et du vivant de Paul, est inconcevable. Évidemment, pour l’auteur des lettres, Paul n’est pas un contemporain mais une figure du passé.

k. Le paulinisme des grandes Épitres est une réforme totale du christianisme primitif. Il fallait, avant d'y arriver, que Les disciples de Jésus eussent abandonné leurs aspirations premières ; la conception de Jésus comme Messie devait avoir fait place à la conception plus spirituelle du Christ Fils de

clopædia Biblica, t. IX, col. 3626-3630) dont nous nous sommes appliqué à reproduire toutes les pensées etjusqu'aux expressions, en supprimant quelques détails secondaires sans portée sur Le raisonnement de l’auteur.

el Per D

Dieu : la révélation accordée autrefois aux hagiographes devait avoir cédé le pas à une révélation nouvelle octroyée par l'intermédiaire de l’Esprit-Saint ; la Loi enfin devait s'être éclipsée devant l'Évangile. Tout cela demande beaucoup de temps, même à ces heures de haute tension spirituelle qui durent marquer les premiers jours du christianisme.

5. Les lecteurs mis en scène dans les prétendues lettres de Paul s’agitent au milieu de problèmes certainement étrangers à la première génération chrétienne. La relation entre la Loi et l'Évangile, la justification par la foi ou par les

œuvres, l'élection et la réprobation, le Christ selon la chair

et le Christ selon l'esprit, la valeur de la circoncision, les idolothytes, le célibat et le mariage, l'autorité des apôtres, les signes du véritable apostolat : peut-on s'imaginer qu'on s’occupât alors de questions pareilles ? Fee

6. Au moment où furent écrites les quatre grandes Épitres, une sorte de gnose chrétienne, une sagesse que ne soupçonnaient pas les premiers disciples tout absorbés par l'attente de la parousie, hantait les meilleurs esprits !. La catastrophe de l’an 70 s'était produite, comme le montrent les chapitres 1x-x1 de l'Épître aux Romains. L'Église était déjà en butte aux persécutions, ce qui n'était pas arrivé, à notre connaissance du moins, du vivant de Paul?; elle comptait déjà un passé derrière elle ; elle n’était plus au lendemain de sa fondation, comme il faudrait l’admettre dans l'hypothèse de l'authenticité. En un mot, toutes les Épitres apostoliques sans exception supposent une époque assez tardive. Le christianisme qu'on y voit poindre ne peut pas se rapporter à la période qui précéda la captivité de Paul ou même sa mort en 6%. Tout y dénote une date plus récente, la fin du premier siècle ou le commencement du second.

En résumé, le paulinisme n’a rien ou presque rien de commun avec Paul; c'est un produit du second siècle qui se réclame du grand Apôtre à raison ou à tort et plus souvent à tort qu'à raison. En tout cas, il ne faut point le chercher à l'état naturel dans Les livres qui composent le Nouveau Tes-

Page 1