ST DA ENTRE
iris RS
Les qualités de style et d'exposition de Sabatier sont assez connues. Son Apütre Paul!, où l’histoire occupe d’ailleurs une large part, a tout l'intérêt d'un ouvrage historique. Au dernier livre, l’auteur nous présente l'Organisme du système théologique de Paul ou, pour mieux dire, l’évolution psychologique de sa pensée sous l'influence de « l’expérience religieuse ». Ce qu’il a constaté en lui-même Paul l’applique, par voie de généralisation, à chacun des hemmes : de là nait son anthropologie, sa conception du péché et de la chair, de la foi et de la loi, de la justice et de la vie nouvelle. De la sphère psychologique, le principe chrétien est iransporté ensuite dans la sphère sociale et historique; d’in-
Nous n'avons presque pas fait usage de Bovon (Théologie du Nouveau Testament, Lausanne, 1893-4, 2 vol. Le paulinisme, t. II, p. 73-385). D'après lui, « le principe générateur du paulinisme ne fut pas une idée, mais un fait, et ce fait ne fut autre chose que la crise soudaine qui renouvela cette carrière dès lors si richement remplie, la conversion de l’ancien persécuteur de l’Église par la rencontre du Christ glorifié ». Les développements se ramènent à quatre oppositions (p. 130) : 1. La justice de la loi et la justice de la foi (Rom. 111, 20-22 : problème sutériologique). — 11. L'Israël selon la chair et l’Israël selon l'esprit (Rom. 11, 28-29 : problème historique). — im. L'homme de la terre et l'homme du ciel (I Cor. xv, 47 : problème christologique). — 1v. Le siècle présent et le siècle à venir (II Cor. 1v, 16 — v, 5 : problème eschatologique).
Appendices : I. La doctrine des épitres pastorales. — IT. Le paulinisme du second degré ou la doctrine de l’épître aux Hébreux.
L'ouvrage de Feine (Theologie des neuen Testaments, Leipzig, 1910) a paru trop tard pour être utilisé d'une manière suivie. La {héologie de Paul (p. 230-549) est divisée en treize chapitres : 1. Préliminaires. — 2. Origine du péché. — 3. La Loi. — 4. L’EÉcriture. — 5. Dieu. — 6. Le Christ. — 7. La mort et la résurrection de Jésus. — 8. La justification. — 9. L'Esprit- Saint. — 10. L’eschatologie. — 11. L'éthique. — 12. L'Église et les sacrements. — 13. La théologie des Pastorales.
1. A. Sabatier, L’Apôtre Paul, esquisse d’une histoire de sa pensée, Paris, 1870, 3° édit. 1896 : 1. Les origines de la pensée de Paul (p. 1-82). — 11. Période d'activité missionnaire (p. 83-126). — 111. Période des grandes luttes (p. 127-218). — 1v. Périodes des derniers temps (p. 219-288). — v. Organisme du système théologique de Paul (289-369).
Tableau synoptique, p. 298-9. Principe générateur : la Personne du Christ.
1. Le principe chrétien dans la sphère psychologique (Anthropologie) : 1. Impuissance d'arriver à la justification par la foi. — 2. La justification par la foi.
11. Le principe chréfien dans la sphère sociale et historique. (Philos. relig. de l'histoire) : 1. Christ et l'Eglise. — 2, L'ancienne et la nouvelle alliance. : — 3. Adam et Christ, ou les deux âges de l'humanité. —4. L'eschatologie. — 5. La foi, l'espérance, l'amour.
1. Le principe chrétien dans la sphère métaphysique (Théologie) : 1. La grâce et la prédestination. — 2. La christologie. — 3. Le Père, le Seigneur, l'Esprit-Saint, — 4. La notion de Dieu.
dividuel il devient universel : « Le résultat de ce nouveau développement du principe chrétien c’est l'Église. L'unité de l'Église repose sur le sentiment, commun à tous .- ses membres, d’une communion avec Christ. » Il reste une dernière ascension à accomplir; il faut atteindre la sphère métaphysique et trouver en Dieu « la cause première et toujours active de ce grand déploiement de justice et de vie » qu’on a successivement contemplé dans la conscience humaine et dans l’histoire du monde. « Ces trois zones différentes qu’a traversées la pensée de l’apôtre correspondent aux trois grandes périodes de sa vie. La première période a été celle de la foi et de l'affirmation individuelles; le point de vue subjectif prédominait. Les luttes de la seconde forcent l’apôtre à se mettre en règle avec le passé, et le portent ainsi au point de vue historique qui domine dans les grandes épîtres. À ce moment, Paul embrasse toutes les destinées de l'humanité, du premier au second Adam et du Christ à la fin des siècles. Enfin, dans ses dernières lettres, sa pensée franchit la limite qui sépare l’histoire de la métaphysique et essaie de trouver en Dieu même la cause première et la fin suprême, le point de départ et le terme du grand drame qui se déroule dans le temps. » En lisant l’exposé de Sabatier, on ne peut s'empêcher d'admirer la belle ordonnance du système et l'exact parallélisme qui règne entre les phases de la vie de Paul et l’évolution progressive : de ses idées. Mais, à y regarder de près, cette harmonie s'évanouit. Tandis que les trois degrés du développement devraient correspondre aux trois groupes de lettres — Sabatier laisse de côté comme douteuses les Pastorales — l’évolution est simultanée et se produit même quelquefois dans l’ordre inverse. Les citations tirées des diverses Épitres sont constamment mêlées ensemble, et il est impossible d'y remarquer une succession chronologique quelconque. Ce qui achève d'imprimer à tout le système le sceau de l'arbitraire, c'est que {a notion de Dieu en est le faite et le couronnement. Or il est constant que la notion de Dieu, héritage du judaïsme, est un des points les moins caractéristiques de la doctrine de Paul.
Stevens ne se pique pas, comme Sabatier, de fixer les étapes de la pensée paulinienne. Commençant par où Sabatier finit, il prend pour base de son exposé la notion de Dieu, à laquelle il rattache le reste sans lien apparent : du moins nous dérobe-t-il tellement sa marche qu’on a l’impression d'aller à l'aventure. Dans un ouvrage plus récent, la notion de Dieu perd sa primauté et « le point de départ est anthropologique ». Stevens rachète cette inconsistance par une clarté d'exposition et une netteté de style qui contrastent favorablement avec les autres théologies de Paul, celle de Sabatier mise à part. Et peut-être cette vulgarisation savante, qui n’a ni la prétention d’étonner ni le souci de tout dire, laisse-t-elle après tout dans l’esprit du lecteur une connaissance plus exacte de la pensée de l’Apôtre qu'une érudition lourde et pédantesque!.
Weiss et Beyschlag se rattachent à des conceptions différentes du luthéranisme et ils sont opposés d'esprit, dè méthode, de principes, de tendances, comme on s’en aperçoit de reste par les traits qu’ils se décochent sans relâche, dans des notes satiriques. B. Weiss distribue les écrits de Paul, selon l’ordre chronologique, en quatre groupes qui sont étudiés séparément?. Chaque chapitre se divise en quatre para-
1. Stevens, The Pauline Theology, a study of the origin and correlation of the doctrinal teachings of the Apostel Paul, New-York, 1892, nouv. édit.
4906 : 1. La conversion de Paul mise en rapport avec sa mission et sa théologie. — 11. Style et manière de penser de Paul. — 111. Éléments constitutifs
(Shaping Forces) de l'enseignement de Paul. — 1v. Les sources de la doctrine paulinienne. — v. La doctrine de Dieu. — vi. La doctrine du péché. — vit. La doctrine de la Loi. — vu. La personne du Christ. — 1x. La doctrine de la rédemption. — x. La doctrine de la justification. — xI. La vie chrétienne. — xt. La doctrine de l’Église. — x. L’eschatologie paulinienne.
The Theology of the N. T. (International Theological Library), Édimbourg, 1899, 4° partie. The Theology of Paul (p. 325-482) : 1. Introduction.
— x. Chair et esprit. — 111. Adam et sa race. — IV. La Loi de Dieu. — v. Le propos divin. — vi. Jésus-Christ. — VIl. La mort du Christ. — vi. La justification. — 1x. Le Saint-Esprit. — x. La morale sociale. —
x1. L'Église. — x. L’eschatologie. à
Ni dans l’un ni dans l’autre ouvrage on n’aperçoit distinctement le principe qui a présidé à la division adoptée par l’auteur.
2, B. Weiss, Lehrbuch der biblischen TheologieT, Stuttgart, 1903. 3° partie : Le paulinisme. :
15e section : La prédication de Paul (Discours et Épiîtres aux Thess.).
2e section : La doctrine des grandes lettres : 1. Le règne du péché. —
graphes et chaque paragraphe en quatre sections. Les quatre |
sections sont résumées en tête du paragraphe sous forme de thèse et développées dans le corps de l’article à grand renfort de textes, de notes et de références. Est-il bien naturel de jeter toutes les doctrines de l’Apôtre dans un moule uniforme à quatre compartiments? L'on ne tarde pas à s'apercevoir que ce système de cloisons étanches rétrécit tous les horizons, raccourcit toutes les perspectives et rend impossible toute synthèse. L'ordre et la clarté rachètent en partie ce défaut d'ampleur. L'ouvrage ressemble plus à une concordance qu’à un exposé théologique ; mais, si la lecture en est pénible, la consultation en est utile. À l'encontre de Weiss, Beyschlag ne vise pas à être complet!. Il s'attache aux doctrines capitales ou qui lui semblent telles et les poursuit à outrance. Son exposé y gagne en largeur, en cohésion et en intérêt. Malheureusement il suspend toute la théologie, de saint Paul à une antithèse sur laquelle, de son propre aveu, règne parmi les exégètes une extrême confusion d'idées, l’antithèse « chair et esprit ». La théologie de l'Apôtre serait l'effort pour résoudre cette antithèse qui aussitôt en suggère une autre : « Adam et le Christ ». Les deux grandes figures historiques de l'humanité nous expliquent l'énigme psychologique de la chair et de l'esprit et nous font entrevoir la victoire finale de l'esprit. Ce sont les péripéties de cette lutte, depuis le décret de Dieu dans l'éternité jusqu'au triomphe définitif lors de la parousie, que Beyschlag nous invite à contempler.
2. Paganisme et judaïsme, — 3. Prophétie et accomplissement. — 4. Christologie. — 5. Rédemption et justification. — 6. La vie nouvelle. — 7. La prédestination. — 8. L'Église. — 9. L'eschatologie.
3° section : Le développement du Paulinisme dans les lettres de la captivilé : 1. Le fond paulinien. — 2. Les doctrines développées.
L° seclion : L'enseignement des Pastorales. — Le christianisme comme doctrine.
1. W. Beyschlag, Neutestamentliche Theologie?, 2 vol. Halle, 1896. — Livre 4° : Der paulinische Lehrbegriff, t. II, p. 1-285.
I. Introduction, — 11. Chair et esprit. — 111. Adam et le Christ. — 1V. Dieu etle monde. — v. Institution du salut (Heiïlsstiftung). — vr. Ordre du salut (Heiïlsordnung). — vir. La vie dans l'esprit. — vi. La commu-
nauté chrétienne, — 1x. La consommation du royaume. L’Epître aux Hébreux est étudiée au début du livre cinquième ; les Pastorales sont brièvement expédiées au dernier chapitre du livre suivant.
Rd nn à
A côté de divergences profondes, Pfleiderer et Holtzmann ont de nombreuses affinités. Grâce au progrès de la critique historique, ces deux attardés de l’école de Tubingue admettent l'authenticité des Épitres aux Thessaloniciens, au moins de la première, de l’Épitre aux Philippiens et du billet à Philémon; ils consentent même à reconnaître, dans une large mesure, les idées pauliniennes dans les lettres aux Colossiens et aux Éphésiens. Tous les deux, affranchis de la croyance au surnaturel et des opinions confessionnelles, protestent néanmoins contre l'accusation de rationalisme, c'est-à-dire contre la tendance à prèter aux auteurs sacrés les idées philosophiques ou religieuses de notre époque. Tous les deux dérivent la théologie de saint Paul de sa conversion, ou, pour mieux dire, des postulats psychologiques qui auraient rendu cette conversion possible et nécessaire. Mais là s'arrêtent les rapports. Tandis que Pfleiderer, s’acharnant sur les textes les plus obscurs, les soumet à une pénétrante analyse, malheureusement faussée par un excès d’ingénieuse subtilité, sans s'inquiéter de ce que les autres ont pu penser et dire avant lui!, Holtzmann étale volontiers une prodigieuse connaissance de l’exégèse contemporaine, je parle de l'exégèse allemande, car pour lui la science vraie commence à Tubingue et ne franchit guère les confins germaniques. Le premier déploie dans
1. O. Pfleiderer : I. Der Paulinismus, ein Beitrag zur Geschichte der neutestam. Theologie?, Leipzig, 1890 (1°° édit. 1873). 7 re partie (Exposé de la doctrine paulinienne) : 1. Péché et chair. — 2. Humanité avant le Christ. — 3. Rédemption par J.-C. — 4. Justification par la foi. — 5. Vie dans l'esprit — 6. Communauté chrétienne. —