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Le baptéme, sceau de la foi et rite d’incorporation

au Christ mystique, avec l’eucharistie qui donne à ce corps

ne TL ÉUTESS

son aliment et sa croissance.

10. L’eschatologie comme aboutissement normal de la vie chrétienne.

On pourrait, sans doute, enfler encore cette liste de quel-

Ll THÉOLOGIE DE SAINT PAUL.

ques articles, mais on s’apercevrait le plus souvent ou qu'ils rentrent dans un des points déjà signalés, ou qu'ils n'ont rien de vraiment caractéristique, ou qu'ils sont pour ainsi dire à la périphérie de la pensée paulinienne. Ainsi l’apocalyptique, en tant que distincte de l’eschatologie, manque d'originalité et suit les données traditionnelles ; la démonologie et l'angélologie sont des idées de surface, empruntées au langage populaire et sans influence sérieuse sur le fond même de l’enseignement; la théorie sur l’origine, l'extension et la domination du péché est au contraire capitale, mais elle tient dans l’antithèse des deux Adam comme la partie dans le tout; enfin la théodicée, en ce qu’elle a de spéciliquement paulinien, est comprise tout entière dans la théorie des plans rédempteurs.

Cet ensemble doctrinal, qui constitue l’enseignement particulier du Docteur des Gentils, est ce qu’on appelle le paulinisme et ce qu'on peut appeler aussi, d’un nom, discu= table peut-être, mais accepté maintenant et sanctionné par l’usage, la théologie de saint Paul. Avant d'aller plus loin, dissipons un malentendu ou une équivoque. Nous ne traitons pas les auteurs sacrés « en théologiens » et nous ne considérons pas leurs écrits « comme autant de constructions ou au moins d’ébauches théologiques » ; nous ne les envisageons pas « tour à tour comme révélation et comme théologie » et nous ne distinguons pas chez eux « d’un côté le donné révélé, de l’autre l'élaboration » du donné divin. Autre chose est la théologie de saint Paul, autre chose est, par exemple, la théologie de saint Thomas. La théologie de saint Paul est la somme des révélations divines transmises par l’organe du Docteur des Gentils. La théologie de saint Thomas est l'interprétation aussi heureuse qu'on voudra, mais nécessairement humaine et faillible du donné révélé de Paul et des autres écrivains inspirés; et voilà pourquoi il faut, au-dessus des théologiens, une autorité infaillible qui juge en dernier ressort le bien-fondé de leur interprétation. Paul nous fournit les éléments d’une théologie, mais il ne fait pas lui-même sa théologie, au sens ordinaire de ce mot. Il pense systématiquement, c’est-à-dire

d’une façon suivie et cohérente, maïs le système n'est pas de lui et pour réduire sa pensée en système il sera quelquefois besoin de combler des lacunes, d'établir des rapprochements, de tirer quelques conclusions. C’est la tâche du théologien. Interprète fidèle et loyal, il doit viser à rendre le moins imparfaitement possible toute la pensée, rien que la pensée, de son guide inspiré, sans la fausser, sans la solliciter, sans la dénaturer ou par excès ou par défaut. Nous ne sommes pas de ceux qui veulent lire dans saint Paul « plus que ce qu’il dit et plus que ce qu’il peut dire »; qui le regardent comme un simple « collaborateur de la grâce et du Maître intérieur » ; qui, sous prétexte que « la lettre tue », refusent de s’enchaîner à ses mots et à ses formules.

Ces précisions étaient nécessaires; car, bien qu'elles ne semblent pas dépasser le niveau d’une intelligence moyenne, elles échappent de fait à plusieurs esprits cultivés.

Idée mère. — Si, pour comprendre la Cité de Dieu de saint Augustin ou le Discours sur l’histoire universelle de Bossuet, il faut s'être pénétré de la thèse que ces deux grands génies y développent avec tant de magnificence, il n’est pas moins nécessaire, pour lire avec fruit saint Paul, d’examiner attentivement les principes directeurs de sa pensée. Dans les ouvrages d'esprit, comme dans les créations de l'art ou les spectacles de la nature, il y a toujours un point en dehors duquel Les proportions sont déformées et les perspectives se présentent mal. Ce point central qui rayonne dans

1. L. Laberthonnière, dans les Annales de philosophie chrétienne, 1910, p. 665 : « Au lieu de définir et de vouloir enchaïîner à ses paroles, matériellement prises, il (Paul) vise à susciter les attentions et à les orienter, des misères et des ignorances d’en bas, vers la lumière d’en haut : il ne dit que pour suggérer plus que ce qu'il dit et plus que ce qu’il peut dire. Il se comporte comme un collaborateur de la grâce et du Maître intérieur et non comme quelqu'un qui s’y substitue. Pour se faire comprendre, il tâche qu’on entre dans son esprit et qu’on se mette dans sa perspective. Les formules et les mots ne sont toujours pour lui que des instruments dont il faut se servir mais auxquels il ne faut pas s'arrêter : c'est la lettre qui tue. » Ces paroles étonneraient sous une plume moins déshabituée de l'exactitude

théologique.

toutes les directions, qui imprime à l’ensemble unité, cohésion et harmonie et qu’on ne saurait déplacer sans troubler toute l’économie de l'œuvre, est ce qu’on appelle l’idée maitresse. Penseur de premier ordre, dialecticien puissant, esprit philosophique capable de coordonner des faits disparates, d'en saisir les rapports cachés, de les unifier par un travail de vigoureuse synthèse, Paul a dû mettre dans ses écrits un petit nombre d'idées maïtresses, peut-être une seule; etil est hors de doute que cette idée une fois connue serait le fil conducteur de sa doctrine.

Une première exploration à vol d'oiseau dans ce champ immense suffit à nous convaincre que le centre en est le Christ. Tout converge de ce côté; tout part de là et tout y ramène. Le Christ est le principe, le milieu et le terme de tout. Dans l’ordre naturel, comme dans l’ordre surnaturel, tout est en lui, tout est par lui, tout est pour lui. La plus simple opération d’arithmétique nous confirme dans cette impression. L'Épitre aux Hébreux mise à part, le nom de « Seigneur » revient environ deux cent quatre-vingts fois sous la plume de Paul; le nom de « Jésus » deux cent vingt; le nom de « Christ » près de quatre cents fois. S'il inscrit l’un des noms du Sauveur presque à chaque ligne de ses lettres, c’est qu'il dirige tout vers ce point de mire de ses pensées et de ses adorations. Qu'on ouvre au hasard ses Épitres, on tombera infailliblement sur une allusion à la nature, ou à l’œuvre, ou à la médiation de l’Homme-Dieu !. Toute tentative de comprendre un passage quelconque, abstraction faite de la personne de Jésus-Christ, aboutirait à un échec certain.

C'est ce qu'oublient les théologiens qui mettent à la

1. Le nom du Christ (Xptorôs avec ou sans l’article) paraît seul 203 fois ; Le Christ Jésus 92 fois; Jésus-Christ 84 fois; le Seigneur (Kôpros avec ou sans l'article) paraît seul 157 fois; le Seigneur Jésus 24 fois; le Seigneur Jésus- Christ 64 fois; Jésus seul ne se lit que 16 fois. Il faut tenir compte des autres noms, tels que Sauveur, Fils de Dieu, Bien-aimé etc. ainsi que des nombreuses phrases incidentes où Jésus-Christ, sans être nommé, est le sujet de la proposition. Les chiffres donnés ci-dessus ne sont qu'approximatifs parce que certains passages offrent des variantes (Jésus-Christ et le Christ Jésus,

par exemple, étant souvent mis l’un pour l'autre): mais la somme totale reste à peu près invariable.

base de la doctrine de Paul soit la notion métaphysique de Dieu, soit la thèse abstraite de la justification par la foi, soit le contraste psychologique entre la chair et l'esprit. Les premiers sont le jouet d’une illusion d’optique. La pensée juive étant profondément religieuse, l’idée de Dieu remplit la Bible entière. Pour saint Paul, comme pour tous ses compatriotes, Dieu est la source première, la providence universelle, la fin suprême de tous les êtres; rien ne se fait sans son initiative, rien n'arrive que par lui. À ce point de vue, la théodicée de saint Paul diffère peu de celle d'Isaïe ou de saint Jean : elle est un héritage de la révélation antique et le patrimoine commun des Israélites. Or ce n’est pas dans les points de rencontre mais dans les divergences qu'il faut chercher la pensée intime d’un auteur et l’idée mère d’un ouvrage!. Pour une raison différente, la justification par la foi doit être écartée. C'est une thèse inspirée par la controverse et qui doit son haut relief à la polémique judaïsante. La controverse finie, Paul semble l’oublier ou s’en désintéresser : preuve certaine qu’elle ne tient pas au fond même de sa théologie, du moins sous la forme aiguë que lui imprimait la lutte contre d’'irréconciliables adversaires. Voilà ce que ne comprit pas Luther, lorsqu'il fit de cette thèse la quintessence de l’évangilé paulinien et le palladium du protestantisme.

Le dualisme psychologique mis en avant par quelques écrivains rationalistes de nos jours nous donnera-t-il mieux la clef de la théologie de saint Paul? Impuissance de l’homme

4. Findlay (dans Hastings’ Dictionary of the Bible, t. III, p. 718) prend la théodicée pour point de départ : « The apostle’s doctrine is éheocentric, not in reality anthropocentric... St. Paul’s Soteriology and Christology are rooted in his Theology. » Il attribue la même marche à Stevens. En effet celui-ci (The Pauline Theology ?, New-York, 1906, p. 96), après les préliminaires, commence par la doctrine de Dieu, en faisant remarquer que les théologiens n’accordent pas d'ordinaire un chapitre spécial à la conception . paulinienne de Dieu : « But this conception is of the first importance for Paul’s doctrinal system, and is deserving of a careful elucidation; for it is in the thought of God that the plan of grace for sinners must arise, and it must be executed in accordance with his fixed purpose. » Cette importance exceptionnelle de l’idée de Dieu n’apparaît plus dans Stevens, The Theology ofthe New Testament, Édimbourg, 1899, où les chapitres se succèdent dans cet ordre : Chair et esprit, Adamet sa race, la Loi de Dieu, le propos divin, Jésus-Christ etc,

en face du bien qu'il aime, domination du péché que la Loi provoque loin de le refréner, désir instinctif d'une justice qui dérive de la foi seule et que les défaillances individuelles ne puissent entraver, sentiment intime que le Christ est assez grand et assez bon pour satisfaire toutes les aspirations de notre âme : tels seraient les articles fondamentaux de cet évangile. De la sorte, dit-on, la théologie de saint Paul est le fruit mûr de son expérience religieuse; il n’en est redevable à personne; il ne la doit qu'à lui-même ou, pour parler son langage, à l'esprit du Christ; il y a, dans sa pensée, après comme avant sa conversion, unité et continuité; tout s'explique sans l'intervention gênante du surnaturel. Nous avons vu au contraire que cela n’explique rien, pas plus la conversion que le reste. Mais si les choses étaient ainsi, est-il croyable que Paul n’eu aït pas eu conscience? Est-il vraisemblable qu'il réduise son évangile à une hypothèse philosophique, lui qui n'a pour la sagesse humaine que pitié et dédain? Est-il admissible qu'il le formule en un passage unique dont le sens est discuté? Non, la doctrine de Paul n’est pas anthropocentrique et n’est point un simple corollaire de sa conception de l'homme; elle n’est pas davantage {héocentrique en ce sens que sa christologie et sa sotériologie dériveraient de sa théodicée; elle a pour foyer de convergence le médiateur unique entre Dieu et les hommes, elle est christocentrique.

Comme la médiation du Christ n’est en d’autres termes que sa qualité de Sauveur et que le Sauveur n’est tel que par la croix, un grand nombre de théologiens, même de ceux qui patronnent à l’occasion un autre système, proclament le verbum crucis, la pierre angulaire de l’évangile de Paul : « Le fait de la mort de Jésus devient ainsi le centre de tout le système paulinien. Le christianisme de l’apôtre se résume dans la personne du Christ; mais cette personne elle-même n'acquiert toute son importance rédemptrice qu'au moment de sa mort sur la croix !. » L'idée est d’autant plus

1. Sabatier, L'Apôtre Pauls, p. 322. Cf. Beyschlag, Neutest. Theol.2. t. II p. 134: « Das Evangelium ist dem Paulus wesentlich das Wort vom Kreuz »;

séduisante que les déclarations formelles de Paul nous iancent sur cette piste : « O Galates insensés, écrit-il à des néophytes vacillants, qui a donc pu vous fasciner, vous devant les yeux desquels le Christ fut exposé cloué à la croix 1! » Il avait affiché, placardé, aux yeux des Galates, l’image du Crucifié; il leur avait fait une peinture si vive et si poignante de Jésus en croix qu’il ne conçoit pas comment ils ont pu en détacher leurs regards; s’ils les tenaient fixés sur cette sanglante image, le charme du fascinateur n'aurait sur eux aucune prise. Il est certain que la prédication de la croix prenait toujours, dans sa première catéchèse, un relief puissant : « Je vous ai transmis avant toutes choses, ce que j'ai reçu moi-même, savoir que le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures?. — Je n’ai pas voulu savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié*. » Jésus-Christ, tel est le thème général de sa pré-

Findlay dans Hastings' Dict. of the Bible, t. III, p. 723 : « The Cross. is the trunk into which run up all the roots of Paul’s Christian thought ».

1. Gal. 31 : *Q dvénroe ladrou vis OuGs Éééoxavev, olc xar° ôplaluods ’Inooÿs Xptorèc mpoeypépn écraupwpévos ; L’addition de la Vulgate (non obedire veritati) n'est qu’une glose sans importance, mais les mots in vobis, devant crucifixus et après une virgule, rendent le sens difficile. Si on lit en grec ëv Üpiv, avec un certain nombre de manuscrits, il faut évidemment faire rapporter ces mots à mpocypépn. — Au lieu de præscriplus il faudrait proscriptus comme porte le Fuldensis. Proscribere, rpoypégew, veut dire afficher, placarder en public, par exemple une sentence capitale : de là les édits de proscription et les proscrits. Saint Paul a affiché, placardé, en quelque sorte, au milieu des Galates, l’image de Jésus crucifié, afin que cette image, toujours présente à leurs regards, les préservât de la séduction. — FÆauscinare, Basraivev, signifie fasciner par le regard, comme le serpent fascine le petit oiseau ou le chat la souris. Pour que le charme agisse, il faut que le regard du fascinateur reste fixé sur les yeux du fasciné. Si l'un ou l’autre détourne la vue, le charme est rompu et la fascination cesse. Les Galates n'ont été ensorcelés par les séducteurs que parce qu'ils n’ont pas, ainsi qu'ils l’auraient dû, tenu leurs regards fixés sur le Crucifié.

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