‹ La théologie de Saint PaulChapitre 358 sur 630 · Cor. 155. Voir la note B, p · texte numérisé non relu

Cor. 155. Voir la note B, p

3. 1 Cor. 2? : OÙ yap Éxpivd vu eidevar Év div ei uà ”Inooëv Xptotôv xai toüroy éoravpwyévov. Ici le mot xpive, judicare, signifie « juger bon, trouver à’propos », sens fréquent dans $. Paul (1 Cor. ur 2 Cor. 21) et ailleurs, comme -dans cette expression cicéronienne : Mihi judicalum est. 11 s’agit d’un jugement pratique et non spéculatif. Il ne faut donc pas traduire : « Je jugeai que je ne savais rien en dehors de Jésus-Christ crucifié », Car ce jugement serait contraire à la vérité, mais : « Je ne jugeai pas à propos de savoir quoi que ce soit, si ce n’est Jésus-Christ crucifié. » La négation se rapporte naturellement au mot le plus voisin éxptve. Faire rapporter le où soit à z soit à eidéva serait arbitraire, sans d’ailleurs modifier notablement le sens. « Paul a écarté intentionnellement les éléments divers du savoir hu-

dication: Jésus-Christ crucifié, tel est le sujet spécial. S'il met toujours à la base le mystère de la croix, ne nous donne-t-il pas le droit d'y chercher la substance de son évangile et l'idée génératrice de sa théologie ?

Ces raisons sont plus spécieuses que solides. Pour que Jésus-Christ nous sauvât par la croix, il fallut que le drame de la rédemption s’accomplit à un certain point de l'espace et de la durée, au moment où les Juifs avaient perdu l’autonomie et le droit du glaive, sous la domination romaine qui réservait aux peuples asservis cette peine infamante. Or, bien que rien ne soit fortuit dans les desseins de Dieu, est-il vraisemblable que saint Paul rattache à une circonstance accidentelle de lieu et de temps sa théorie capitale du salut des hommes? L'Apôtre, dit-on, n’a voulu rien savoir en dehors de Jésus-Christ crucifié. C'est en effet ce qu'il affirme, mais il y apporte deux limitations. L’une est contenue dans ces mots « parmi vous » et tient aux conditions spéciales de son apostolat à Corinthe. Après l'échec d'Athènes, il avait compris qu’il fallait présenter aux Grecs ergoteurs et fri-

voles le mystère de la croix dans son réalisme déconcertant;

peut-être, dans un milieu différent, eût-il essayé d’une autre méthode. La seconde limitation naït de son intention polémique : on lui reproche d'ignorer ou de négliger la sagesse ; il répond que sa sagesse à lui, la seule qui leur soit profitable et qu’ils soient à même de saisir, c'est la croix, objet de scandale pour les Juifs, objet de folie pour les

Grecs. Le paradoxe consiste à opposer la folie de la croix.

à la sagesse du siècle et à montrer que Dieu triomphe de la sagesse par la folie; mais l'Apôtre ne nous donne pas le droit de conclure en outre que le verbum crucis porte en germe tout son enseignement.

A vrai dire, la mort du Christ considérée en elle-même,

main par lesquels il aurait pu être tenté d'étayer la prédication du salut. Il a estimé ne pas devoir se mettre en quête de pareils moyens. En Jésus même, ila cru ne devoir faire ressortir que le côté le moins attrayant pour la sagesse humaine, mais le seul capable de sauver : Jésus-Christ crucifié, tant il redoutait de provoquer des adhésions qui n'auraient reposé que sur un attrait intellectuel ou esthétique, et par conséquent superficiel. Le ëv duiv, parmi vous, laisse cependant place à l’idée que, là où il n'aura plus à compter sur ce danger, il pourra dépasser cette limite. »

bee ni.

indépendamment de ce qui lui donne sa signification et sa valeur, serait sans effet sur notre salut. Par elle-même, loin d'être l'instrument de la rédemption, ce serait le crime suprême de l'humanité qui semblerait exiger une rédemption nouvelle. Elle n’est méritoire pour le Christ et salutaire pour nous qu'autant qu'elle est de la part du Fils un acte de réparation et le couronnement d’une vie d’obéissance. Pour conférer à la mort de Jésus une valeur rédemptrice, il est’ nécessaire d’y inclure un élément qui la mette en relation avec Dieu, avec les hommes et avec le Sauveur lui-même : avec le Sauveur qui l'offre, avec Dieu qui l’accepte et avec les hommes qui en bénéficient. A cette condition seulement, elle est agréable à Dieu qu’elle nous rend propice.

Un motif plus grave de ne pas s'arrêter à la mort du Christ pour y placer l’idée mère de la théologie paulinienne, c’est qu'aux yeux de Paul la mort du Christ est inséparable de sa résurrection sans laquelle, au point de vue sotériologique, elle est incomplète. Quand l’Apôtre résumait son évangile aux néophytes de Corinthe, il leur disait : « Je vous ai transmis avant toute chose ce que j'ai reçu moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures et qu’il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures !. » C’est là ce qu'il enseignait à Antioche de Pisidie, à Athènes, partout?. Jamais la mort du Christ n'allait sans la résurrection, car l’une est le complément et le corollaire de l’autre. Non seulement la résurrection glorieuse était due au Sauveur à titre de récompense, mais Dieu se devait de ressusciter son Fils pour sceller sa mission et sanctionner son œuvre. La mort de Jésus n'étant pas l’acquit d’une dette personnelle n’a point en elle-même sa finalité : « Dieu l’a donc ressuscité, parce qu’il était impossible que la mort le retint sous son empire %. » Aussi saint Paul, non

content d'affirmer que le Christ « est mort et ressuscité pour

nous », ne craint pas d'écrire ces mots dont le sens naturel donne tant de tracas à certains exégètes : « Il fut livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification 5. »

1. 1 Cor, 155-4, — 2, Act. 1329-50, — 3, Act, 22#, — 4, 9 Cor. 515, 5. Rom. 45, Voir note N:, p. 305-307.

D'où il appert que la résurrection du Christ fait partie intégrante de l’œuvre rédemptrice.

Cependant l’idée complexe « Jésus mort et ressuscité pour nous » n’est pas encore la formule que nous cherchons. Outre qu’elle n’est pas assez spéciale à Paul, elle n’exprime que le côté objectif de notre salut. Or, l’Apôtre ne sépare jamais les deux aspects de la rédemption. S'il dit que Dieu exposa son Fils comme moyen de propitiation, il se hâte d'ajouter : « par la foi, en son sang ! ». Inutile de compulser toutes les Épitres; il suffit d'observer que Jésus-Christ ne peut pas mourir pour nous sans que nous MOUrions MYStiquement avec lui et qu'il ne peut pas ressusciter pour nous sans que nous ressuscitions moralement avec lui. Contentonsnous d'indiquer ici quelques passages dont l'explication a sa place ailleurs : « Si l’un mourut pour tous, donc tous moururent », ou bien : « Un mourut pour tous, donc tous moururent?. » Il est tout à fait indifférent de présenter cette idée sous forme de proposition conditionnelle, avec le texte grec reçu et la Vulgate, ou sous forme d’enthymème, avec les éditions critiques; car d’une et d'autre manière notre mort mystique apparait également bien comme la conséquence nécessaire de la mort du Christ. Bien plus : « Si nous mourûmes avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui’. » Notre résurrection est contenue dans la résurrection même du Sauveur, comme notre mort est renfermée dans sa mort.

Il existe dans saint Paul une longue série de mots étranges, dont la plupart ne peuvent se rendre en une autre langue que par un barbarisme ou une périphrase. L'Apôtre les a créés ou renouvelés pour donner une expression graphique à l’ineffable union des chrétiens avec le Christ et dans le Christ. Tels sont : souffrir avec Jésus-Christ, étre crucifié avec lui, mourir avec lui, étre enseveli avec lui, ressusciter avec lui, vivre avec lui, étre vivifié avec lui, partager sa forme, partager sa gloire, siéger avec lui, régner avec lui, associé à sa forme, associé à sa vie, cohéritier. On peut y join-

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