Petr. 58, Cf. Jac
2. Simon, Die Psychologie des Ap. Paulus, Gættingue, 1897, p. 51-54. C’est aussi l'opinion de Pfleiderer, Das Urchristentum, t. I, p. 197.
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moindre trace de cette conception nouvelle. Lorsqu'il écrit aux Galates : « Si nous ou un ange [descendu] du ciel vous annonçait un autre Évangile, qu'il soit anathème! », il parle des bons anges, de ceux qui voient la face de Dieu, les seuls qu’il connaisse : mais il n’envisage point sérieusement le cas où soit un ange soit lui-même viendrait détruire ce qu'il a édifié. L'hypothèse est irréalisable ; seulement elle répugne moins à la raison que la vérité d'un autre Évangile.
Le conseil donné aux Corinthiens ne suppose pas davantage l'existence d’anges prévaricateurs. « La femme doit avoir sur la tête » le voile, symbole de « la puissance » maritale, « à cause des anges »?. Les anges, sans autre explication, ne sont jamais que les bons anges. Il ne faut donc pas songer à ces esprits célestes, ni bons ni mauvaisdéfinitivement, qui, selon le Livre d'Énoch, s'éprirent des filles des hommes et péchèrent avec elles. Cette interprétation a l'inconvénient d’introduire un motif étranger au contexte, sans avoir l'avantage de répondre aux idées juives contemporaines; car La chute des anges était pour lesJuifs un faitd’histoire ancienne dont on ne voyait plus la répétition. Une exégèse plus simple et plus naturelle est suggérée par la lecture attentive du passage : «C'est pourquoi (1x voëro), attendu le lien de subordination qui unit la femme à l’homme, soit dans l’acte même dela création soit dans le dessein du créateur, la femme doit porter sur la tête le signe de sa dépendance, à cause des anges associés par Dieu à l'acte créateur, chargés par lui de promulguer la Loi et de veiller à son observation. » C’est moins par respect pour les anges témoins du sacrifice eucharistique, que par crainte des anges préposés au gouvernement du monde et de l'Église.
En faveur des esprits intermédiaires, qui ne seraient ni anges ni démons, on invoque aussi le texte suivant : « Aux parfaits nous prêchons la sagesse, non pas la sagesse de ce siècle ni des princes de ce siècle dont l’autorité passe (rüy xavappouuéywy) ; Mais NOUS prêchons la sagesse de Dieu qui a
ANGES 2:51: Cor. 1110,
pour objet le mystère, la [sagesse] cachée que Dieu a prédestinée avant les siècles pour notre gloire. Cette sagesse, aueun des princes de ce siècle ne l’a connue, car s'ils l’avaient connue ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloiret. » Quelques Pères ont cru que les « princes de ce siècle » sont les démons: certains commentateurs modernes y voient les esprits élémentaires qui mettent en jeu les forces physiques de la nature. Mais, sans parler de cette idée bizarre que les démons ou les esprits élémentaires ont crucifié le Christ et qu'ils ne l’auraient pas crucifié s'ils avaient eu la vraie sagesse, le contexte indique clairement que les « princes de ce siècle » désignent des êtres humains, ceux qui gouvernaient alors le monde et qui eurent le pouvoir d'envoyer Jésus à la mort. En effet, dans ces deux premiers chapitres, Paul établit un contraste entre la sagesse humaïne, la sagesse selon la chair, la sagesse de ce monde, qui est l'apanage des philosophes, des nobles et des puissants et la sagesse divine, révélée par l’Esprit-Saint aux humbles, aux faibles et aux petits, qui forment la masse de l’Église. Cette sagesse-là, les Hérode, les Caïphe, les Pilate l'ont ignorée, car s'ils l'avaient connue ils n'auraient pas crucifié l'auteur mème de la sagesse Que les fidèles ne rougissent donc point de leur bassesse, de leur ignorance, de leur néant selon le monde, puisqu'ils sont en possession d’une science à laquelle les génies et les potentats de ce monde ne sauraient atteindre. Qui ne voit combien l’intrusion des démons ou des esprits élémentaires troublerait le cours d’une pensée si limpide?
La thèse des esprits élémentaires s’abrite quelquefois sous l’ombre protectrice d’un texte obscur. Dieu « dépouillant les principautés et les puissances, les livra publiquement en spectacle, ayant triomphé d’elles par la croix? ». Il est constant que « les principautés et les puissances » comprennent quelquefois les esprits infernaux. Mais il en est autrement ici, En effet, on ne peut résister à l'impression que l’Apôtre se réfère aux « principautés et aux puissances » qu’il vient de nommer quelques versets plus haut. Les Colossiens les hono-
1 A:Cor. 26-58, — 9, Col 216,
raient d’un culte superstitieux (6pncnelx r&v àyéAuv) à cause de leur dignité intrinsèque et parce qu'ils les savaient associées à la promulgation et à la garde de la Loi mosaïque. Paul leur rappelle que Dieu a cloué sur la croix de Jésus cette Loi surannée et dépouillé de leur pouvoir les médiateurs de l’antique alliance. Il n’y a plus qu'un seul Médiateur ; le rôle des anges est passé et ils servent maintenant à l’exaltation du Crucifié dont ils escortent, pour ainsi dire, le char triomphal. Qu'ils aient été infidèles à leur mission, l’Apôtre ne l'insinue pas; mais leur mission n'en est pas moins finie et les Colossiens ont tort de s’en réclamer pour justifier un culte injurieux au Christ.
Fausses pistes. — Puisque l’homme est en possession des trois éléments essentiels de la vie morale — connaissance de Dieu, loi naturelle et libre arbitre — que lui manque-t-il encore pour atteindre sa fin suprême? La fin d’un être n’est pas à chercher hors de sa sphère d'opération et, si l'homme est destiné à la béatitude, il doit être en mesure d'y parvenir. Cependant le contraire parait ressortir de l'ensemble de la doctrine paulinienne, en particulier du chapitre vu de l'Épitre aux Romains. La solution de Paul est que l'impuissance morale de l’homme vient de la chair et n’a d'autre remède que l'Esprit de Dieu. Mais cette solution elle-même est un difficile problème, obscurci encore par les contradictions irréductibles des théologiens et des exégètes. La chairse définit en fonction de l'esprit. Entre l'esprit et la chair nous avons indiqué plus haut deux oppositions : l’une physique, entre les parties constituantes d’un même être, l’autre ontologique, entre des substances complètes dont Le caractère respectif est la spiritualité et la corporalité. Il faut y
: joindre maintenant l'opposition morale et religieuse, la principale et la plus importante, la seule caractéristique de l’évangile de Paul. L'erreur d’un très grand nombre de théologiens hétérodoxes a été de confondre pratiquement l’antithèse morale « chair et esprit » soit avec l'opposition
physique soit avec l'opposition ontologique. Ils espéraient de la sorte unifier les concepts et simplifier les théories, mais au lieu d’éclaircir le problème ils n’ont réussi qu’à répandre sur l’enseignement de l’Apôtre d’impénétrables ténèbres.
Les premiers, qui relèvent tous de l’école de Baur, prétendent que Paul abandonne ici le terrain familier du judaïsme et fait une incursion assez malheureuse sur le domaine de la philosophie grecque. Cependant, retenu par le monothéisme biblique, il s'arrête à mi-chemin ; il ne va pas jusqu’au dualisme métaphysique entre l'esprit et la matière, il s'en tient au dualisme moral entre la chair (la matière animée) et l’esprit!. Paul aurait transporté dans l’ordre moral l’antithèse physique que l’Ancien Testament a coutume d'établir entre Dieu et le monde, entre l’homme et l'esprit de Dieu, sans s’apercevoir du paralogisme et sans réfléchir que c’est faire remonter au créateur de la nature l'origine du péché. Pour soutenir ce paradoxe, ils doivent imputer à l’Apôtre contradictions sur contradictions. Si la chair est mauvaise en soi, en tant qu'opposée à l'esprit, comment la chair du Christ sera-t-elle sainte? Or il est constant que saint Paul donne au Christ une chair semblable à la nôtre, et qu’il lui dénie cependant toute relation avec le péché?. Cela prouve évidemment que le péché n’est
1. Holsten, Die Bedeutung des Wortes o&pt im Lehrbegriff des Paulus, Rostock, 1855 (opuscule incorporé dans Zum Evang. des Paulus und Petrus, Rostock, 1868). Holsten a été suivi par Lüdemann, Die Anthropologie des Ap. Paulus und ihre Stellung innerhalb seiner Heïlslehre, Kiel, 1872, p. 50- 71; par Pfleiderer, Der Paulinismus, Leipzig, 1873, p. 48 (avec des restrictions et des modifications importantes dans la 2° édition, 1890, et dans Das Urchristenthum, Berlin, 1887); et par Holtzmann, Neutest. Theologie, 1897, t. II, p. 19-22 : « Im physischen Fleischsein liegt der ausreichende und unvermeidlich wirksame Grund seines moralischen Fleischseins » (p. 22). Holsten soutient que d’après Paul le péché est essentiel à l'homme, car ce n’est autre chose que l'appétit sensible où ém@uutæ : « Damit aber war die Sünde auf das Wesen des Menschen Zurückgefürt und aus der Freiheit des Willens in die Notwendigkeit des Wesens » (Paulinische Theologie, Berlin, 1898, p. 81). Paul n’a pas réfléchi aux conséquences : « Auf die Consequenz aber, dass dann die Sünde auf den Schôpfergott zurückgehe, hat Paulus noch nicht reflektirt » (Jbid., p. 82). Il n’a pas réussi davantage à expliquer (Rom. 21#-16) comment les païens sont capables de quelque bonne action (/bid., p. 84). — Réfutation du dualisme de Holsten par Weiss, Beyschlag, Gloël, Sabatier, Juncker, Stevens, surtout par H. Sladeczek, Paulinische Lehre über das Moralsubjekt, Ratisbonne, 1899.