Rom. 121, — 5,2 Cor
6. Sabatier, L'apôtre Paul5, 1896, p. 309. Mais l’auteur, dans l’appendice sur l’origine du péché ajouté à cette troisième édition, retombe dans l’explication dualiste qu’il combat dans le corps de l'ouvrage : la chair n’est plus selon lui l'effet du péché d'Adam, elle en est la cause.
THÉOLOGIE DE SAINT PAUL, — T. Il.
Avec de meilleures intentions, d’autres théologiens n’arrivent pas à une solution meilleure. De ce fait que la chair est toujours chez saint Paul la matière animée, qu’elle comprend donc l’âme dans son concept, que des péchés d'ordre intellectuel sont rapportés à la chair, qu’une fois les ex pressions « vous êtes hommes » et « vous êtes charnels » s'échangent comme synonymes, ils concluent que la chair, au sens moral dont il s’agit ici, désigne l’homme tout entier, âme et corps, esprit et matière, en un mot la nature humaine. Si done le péché habite dans la chair cela ne veut pas dire autre chose, d’après eux, sinon que l’homme, en vertu de son imperfection native, a l’occasion et le pouvoir de se mettre en opposition avec Dieu!. Pour être logiques, ils devraient conclure aussi — et quelques-uns ne reculent pas devant cette conséquence — que l’homme est charnel, non pas en tant qu'homme, mais en tant que créature : d'où résulterait ce triple paradoxe qu’Adam était aussi charnel que ses descendants, que l’ange est aussi charnel que l'homme et que ni l'ange ni l'homme ne peuvent jamais cesser d'être charnels, puisqu'ils sont essentiellement des êtres créés. C'est attribuer gratuitement à Paul une confusion grossière entre le mal moral et le mal métaphysique, entre la privation d'un bien que la nature raisonnable devrait posséder dans les vues de Dieu et l'absence d’une perfection résultant de la limitation essentielle à tout être fini. Mais, indépendamment de ces conséquences absurdes, le système en question ne tient pas debout; car c’est bien à l'organisme matériel de l’homme que Paul rattache le péché.
La chair et le péché. — La chair, surtout au point de vue
1. Après Tholuck (Ueber opt als Quelle der Sünde dans Stud. und Krit. 1855, fasc. 3) et J. Müller (Lehre von der Sünde®), B. Weiss (Lehrbuch der bibl. Theol. des N. T. 7, Stuttgart, 1903 £8 68 b) et H. Wendt (Fleisch und Geist im bibl. Sprachgebrauch, Gotha, 1878) ont soutenu ce système. Weiss dit (Loc. cit.) : « Wenn nach paulinischer Anschauung in dieser o&pf die Sünde wohnt, so kann das nur heissen, dass gerade diese auf Grund seiner Naturbasis gegebene Eigenart menschlichen Wesens der Menschen Anlass geworden ist und wird, dieselbe im Gegensatze zum güttlichen Willen geltend zu machen und so sich gottwidrig zu bestimmen. » Mais tandis que Wendt va jusqu’au bout et définit la chair « der Mensch mach seiner D AURRER », Weiss la définit « der Mensch nach seinem natürlichen
esen ».
moral qui nous occupe, ne peut guère se définir qu’en fonction de l'esprit. Dans l'Ancien Testament, l'Esprit de Dieu est Le créateur et le conservateur des choses, l'agent du miracle et de l'inspiration prophétique. Dans le Nouveau, sa sphère d'action s’élargit encore : il est l'Esprit vivificateur, régénérateur et sanctificateur ; tout ce qui a trait à la grâce et aux charismes est de son domaine; il est l’âme du corps mystique dont le Christ est la tête ; il s'établit entre lui et le juste une relation étroite, un lien très intime; son nom propre, comme son caractère personnel, est l’Esprit-Saint ; sa présence en nous est plus qu’un renouvellement intérieur, c’est une métamorphose, une création véritable, la production d’une nature divine douée de propriétés et d'opérations nouvelles,
A cette nouvelle nature, qu'on peut bien appeler surnaturelle sans craindre de jouer sur les mots, Paul donne aussi le nom d'esprit. Pour l'avoir méconnu, certains exégètes s’embarrassent dans les explications les plus invraisemblables. Ils ne veulent distinguer qu'entre l'esprit de l’homme ou l’âme raisonnable et l'Esprit de Dieu ou la troisième personne de la Trinité ; mais il y a un moyen terme : l’esprit que forme en nous l’Esprit-Saint et qui se rapporte à lui comme l'effet à sa cause. Quand « l'Esprit rend témoignage à notre esprit »?, nulle équivoque n’est possible : l'Esprit qui témoigne étant certainement l'Esprit de Dieu, l'esprit en faveur duquel il dépose ne peut être que ce sens nouveau produit en nous par l’Esprit-Saint et capable de percevoir les choses divines; car l’entendement laissé à lui-même, le voüc, ne sait rien de notre filiation adoptive. Ailleurs, notre entendement est formellement opposé à notre esprit, notre vois à notre rveüue. Le glossolale n’est compris ni des assistants ni de lui-même, mais seulement de Dieu, à moins qu’il n’ait recu par surcroît le don d'interprétation : « Son rvsüua prie, mais son voüc est
1. 2 Cor. 511 (eric év Xpcoré xouvn urioic); Gal. 615 (xaivn xtéouc); Eph. 215; 424 (xarvdc &vOpwroc).
2. Rom. 816 : Aûro To Ilvedpa ougyaprupet T@ myeüpart ALOV ÔTL ÉGILÈV TÉv& Ocoÿ. Il y a deux témoignages distincts (ouuuaprupe) : celui de l'Esprit-Saint qui s'exprime par les charismes et celui de notre esprit de filiation qui se manifeste par la confiance, le désir, etc.
sans fruit!, » L'idéal pour lui serait de prier en même temps avec le voice et avec le rveïuc. Une prière faite en langue inconnue, sous l'impulsion de la grâce, peut être une excellente prière, capable d’édifier le glossolale par les sentiments pieux qu'elle lui suggère; inspirée par l'Esprit de Dieu elle alimente l'esprit de l’homme ; mais, comme elle est incomprise, elle est sans action sur l'intelligence. L'esprit et la raison peuvent donc agir indépendamment l’un de l’autre, comme s’ils étaient des principes distincts; ils le sont en effet, car l’un représente en nous l’élément naturel et l’autre l'élément surnaturel. À ce point de vue moral et religieux, l'esprit informe notre nature entière et non pas l'âme seulement, puisque le corps est dès ici-bas le temple du Saint- Esprit, qu’il reçoit par avance le germe de l'Esprit et qu'il est destiné à devenir un jour spirituel.
Si l'esprit désigne tout l’homme tel que la grâce le refait, la chair aussi désigne tout l’homme tel que le péché l’a fait : l’entendement devient charnel quand il est déréglé? ; il existe une sagesse charnelle* ; les Corinthiens sont appelés charnels pour entretenir des brigues et des discordes ; la chair a ses pensées et ses volontés, ses affections et ses haïnes #; enfin les péchés qui dérivent de l'intelligence tels que l’idolâtrie, l'envie, l’inimitié, les dissensions, sont rangés parmi les œuvres de la chair. Bien plus, l'homme est charnel par le seul fait qu’il reste étranger aux influences de l'Esprit de Dieu. La sagesse selon la chair, qui serait par elle-même une chose indifférente, devient mauvaise dès qu’elle entre en collision avec l'esprit: « Puisque les disputes règnent parmi vous, est-il dit aux Corinthiens, n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas selon l’homme?Quand l'un dit : Je suis de
1. 1 Cor. 1414-15 : To nvedua mou mpooebyerar, 6 GÈ voËc mou Gxapréc écrtv. Ti oùy éotuv ; mposeütouar T@ nvedmatt, mpocebtomat O xai T® vot. Il est évident que « mon esprit » (Tr nveüu4& mov) n’est pas l'Esprit-Saint et qu'il n’est pas non plus le voüc.