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lon les lois de la génération naturelle et que d’ailleurs le péché est absolument incompatible avec sa personne.
Toutefois, il faut recourir à une autre considération pour justifier le langage de l’Apôtre. C’est un fait d'expérience, banal à force d’être vrai, que le corps entrave l'essor de l'âme. Paul l'avait mieux compris que tout autre quand il s'écriait : Quis me liberabit de corpore mortis hujus? En vertu . de l'union intime du composé humain, union dont tous les écrivains sacrés ont un sentiment très vif, il n’est peut-être pas une action de J’âme qui ne se répercute sur 1e corps, ni une impression du corps qui n’ait son retentissement dans l'âme. Or les appétits des sens sont très souvent en conflit avec la fin de la nature supérieure, qui est la vraie nature de l'homme ; et, pour comble de malheur, ils sont essentiellement aveugles et égoïstes. Ainsi, tandis que l’homme trouve dans sa raison un secours assuré, quoique insuffisant, contre l'attrait du mal, du côté des sens tout n’est qu’obstacle. Pour rétablir l'équilibre et neutraliser l'attraction de la chair, il lui faut l'esprit, c'est-à-dire un secours supérieur à sa nature, un principe surnaturel. Voilà pourquoi dans saint Paul l’homme charnel, l’homme psychique, l'homme naturel, ou simplement /’homme, sont des locutions synonymes qui désignent l’homme abandonné à lui-même et à sa corruption native, sans l’antidote de l'esprit.
Ainsi la chair, au sens moral qui nous occupe, est à la fois la cause et l'effet du péché; et, des deux manières, c’est la partie matérielle de notre être qui établit cette relation, parce qu'elle est, en quelque sorte, le véhicule du péché originel et qu'elle stimule au péché actuel. On voit par là combien différente était la condition du premier homme et combien différente aussi serait la condition de l’humanité dans l’état de pure nature. Par un bienfait gratuit du créa-
. teur, la raison du premier homme, possédant la maîtrise sur
l'appétit sensible, faisait régner l'harmonie dans tout son être. Cette harm onie n’existerait pas, il est vrai, dans l’état de pure nature; mais, indépendamment du péché, ce ne serait qu’une imperfection physique et non un désordre moral Il en est — et à plus forte raison — de la concupiscence
comme de la mort. Dans l’état de pure nature, elles seraient une simple résultante de notre constitution organique; dans l’ordre actuel, elles sont une déchéance, parce qu’elles nous privent d’un bien que nous devrions avoir dans les desseins de Dieu : elles revêtent donc un caractère moral pour être le fruit du péché et, s’il s’agit de la concupiscence, pour être la racine vivace d’où germe le péché.
En résumé : 1. Quelque variées que soient les acceptions de chair et d'esprit, elles se rattachent toutes au sens fondamental de matière animée et d’étre immatériel.
2. L'esprit et la chair, au sens moral caractéristique de la théologie paulinienne, embrassent tout l’homme à des points de vue différents : l’esprit, c’est l’homme sous l'influence de l'Esprit-Saint; la chair, c'est l’homme sans l’Esprit-Saint.
3. La chair, la partie matérielle de l’homme, n'est ni mauvaise en soi, ni essentiellement pécheresse, puisqu'elle . est susceptible d’être purifiée, sanctifiée, glorifiée.
k. Cependant la chair, telle qu’elle est actuellement en nous, implique une double relation avec le péché : relation historique avec le chef coupable de notre race, relation psychologique avec l'acte coupable auquel elle incline.
5. La relation psychologique tient aux instincts bas, égoïstes et aveugles de la nature sensible, qui la mettent en un antagonisme constant avec le bien essentiel de la nature raisonnable. Dans ce conflit, l’'entendement laissé à lui-même est infailliblement vaincu et devient charnel: mais, avec l’appoint de l'Esprit, il sort vainqueur de la lutte et tout l’homme devient spirituel.
Sept termes sont d’un usage fréquent et caractéristique : le cœur (xxpdla), la raison ou plutôt l’intellect (voÿc), la conscience (ouvelônous), le corps (sua), la chair (sépf), l'âme (vx) et l'esprit (meèue). Nous ne reviendrons pas sur les trois premiers qui sont d’ailleurs suffisamment clairs. Les quatre autres se divisent en deux groupes — le corps et la chair, l’âme et l'esprit — qui constituent respectivement l'homme exté rieur et l’homme intérieur.