‹ La théologie de Saint PaulChapitre 38 sur 630 · I. LA CONDUITE DE PIERRE · texte numérisé non relu

I. LA CONDUITE DE PIERRE

1. Sur la question de principe il pense comme Paul. En effet : A) Avant l’arrivée des gens de Jérusalem ïl avait coutume de manger avec les Gentils (ouvñoôtev, imparfait d'habitude). — B) Paul, dans son discours, suppose que Pierre partage tous ses principes et il lui dit expressément : Ei où ’lovôatoc Ündpywv Efvexdc xai oùx Toudatx@c Ep; (si vous avez l’habitude de vivre à la façon des Grecs et non comme les Juifs, ou bien : si vous croyez pouvoir vivre, etc.). — C) La conduite de Pierre et de ses imitateurs est qualifiée de dissimulation (bréwprou, ouvurexpiônouv adr@). Ce mot exprime proprement en grec le rôle joué par un acteur, c’est-à-dire, au figuré, une action extérieure qui ne répond pas aux convictions intimes. — D) Paul juge qu’ils « ne marchent pas droit selon la vérité de l'Évangile » (oùx 6p0oxoëodotv) et cela implique non une erreur spéculative mais une faute de conduite déterminée par une erreur pratique d’appréciation.

2, Circonstances du changement de Pierre. A) Le changement est déterminé par l’arrivée des gens ou des familiers de Jacques. Dans l’incise moù vob yäp EMeïv tivas m0 Taxw6ov, le &rd se rapporte plus naturellement au mot voisin tivaç qu'au mot plus éloigné £&A6eïv. Si on voulait le rapporter à ce dernier mot le sens serait : les gens qui venaient d’auprès de Jacques, ou même, si l’on y tient : de la part de Jacques. Mais il n’est dit nulle part qu’ils étaient envoyés par Jacques pour contrecarrer Paul

ou pour amener un schisme entre les deux fractions de l’église, ou pour modifier la décision des apôtres. Tous ces motifs n'existent que dans l'imagination des critiques. — B) Pierre eut peur de ces Juifs exaltés (po6odpevos Toùs Ex meprropñc), soit qu’il craignît de leur part une apostasie (Chrysostome), soit qu’il redoutât leurs accusations'et leurs manœuvres (Irénée), soit pour tout autre motif inconnu. — C) Aussi, à partir de ce moment « il se dérobait et se tenait à l'écart » (bméotehhev xai dowptéey éavrév, remarquer l’imparfait, comme ci-dessus). — D) Vu l'autorité de Pierre, cette conduite équivoque eut deux résultats fâcheux : a) Les autres Juifs d’Antioche (of Aouxoi Toudato:) et Barnabé lui-même (Gore xoi Bapväéas, le xai marque une gradation), qui auparavant s'exemptaient aisément des prescriptions légales, se crurent obligés de l’imiter; b) par contre les Gentils qui venaient de conquérir leur liberté à Jérusalem étaient moralement contraints d'y renoncer pour ne pas se trouver isolés. — E) En agissant ainsi, Pierre « était en faute » : xateyvwopévos ñv. IL faut prendre ce participe adjectivement, comme xexopsouévor, 1 Cor. 4$, xexa- Avuuévov, 2 Cor. 43, etc. Cela dispense de chercher par qui il était condamné : les chrétiens, la vérité, sa conscience, sa conduite passée. Notez qu’il n'y à pas xatéyyworo, Ce qui supposerait effectivement un acte de condamnation, mais xateyvwouévos %v, « il était dans un état de condamnation » et par conséquent « condamnable ».

Il. L'INTERVENTION DE PAUL.

1. Elle se fit assez longtemps attendre, puisque l’exemple de Pierre avait déjà produit ses effets contagieux et que le mal allait empirant. — 2. Paul s'oppose à Pierre non pas en cachette, sournoisement, mais en face, comme un adversaire loyal, ou plutôt comme un ami sûr d’avoir raison et certain de faire partager son avis. Kat mpoowmov veut dire simplement « en présence, en tête à tête » sans aucune intention hostile et sans l'air de défi que le latin in faciem pourrait suggérer. — 3. Paul parle au chef des apôtres en public, en pleine assemblée (éuxooo8ey mévrwv) parce qu’il a dessein d’instruire les autres. Pour le même motif, il tient à Pierre un discours plus long qu’il n’eût été nécessaire s’ils avaient été seuls. — 4. Mais il n’y a pas un mot dans tout son discours qui fasse songer à un dissentiment théorique. À ce point de vue, Pierre et Paul sont parfaitement d'accord et le mot de Tertullien semble bien résumer la situation (Præscript. 23) : « Conversationis fuit vitium non prædicationis. »

Sur le sujet traité dans les notes C et D on lira avec fruit le long article de l’abbé J. Thomas dans la Revue des questions historiques, t. XLVI, 1889, p. 400-460 (L'Église et les Judaïsants à l’âge apostolique, article reproduit dans les Mélanges d'histoire et de littérature religieuse, Paris, 1899), le travail de M. Coppieters, Le décret des Apôtres (Act. xv, 28-29) dans la Revue biblique, 1907, p. 34-58 et 218-239, où l’on trouvera les indications bibliographiques que nous ne pouvons donner ici, et la thèse du même auteur (De hisioria textus Actor. apostol., Louvain, 1902, p. 156-169).

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Sermons aux païens. — Les premiers sermons des apôtres durent être coulés dans un moule uniforme. Le canevas, tracé d'avance par les nécessités du moment, comprenait deux points : conversion sincère et foi en Jésus-Christ Sauveur. À son tour, la conversion supposait un acte de l'esprit et un mouvement du cœur : l’adoration exclusive du vrai Dieu et le repentir du passé inspiré par la perspective des jugements divins. Devant un auditoire juif, déjà imbu de monothéisme, la prédication se résumait donc en ces deux mots : pénitence et foi. Maïs la foi au Christ prenait alors un caractère spécial ; ce n’était plus seulement la foi en Jésus mort pour nos péchés, dont Dieu avait autorisé par le miracle de la résurrection la mission rédemptrice, C'était la foi au Messie prédit par les prophètes, espérance d'Israël et couronnement des promesses.

Les Épiîtres nous ont conservé quelques rares échos de la prédication de saint Paul. Rappelant aux Thessaloniciens l'heure toute récente de leur conversion, l’Apôtre leur dit : « Vous vous êtes convertis des idoles à Dieu, pour servir le Dieu vivant et véritable et attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité des morts, Jésus qui nous sauve de la colère imminente!. » Rupture complète avec le passé, profession du monothéisme, attente du salut par la médiation du Fils : tels

1. 1 Thess. 19-10 : ’Exeotpébare mods Tov Oedv nd Tov eldw)wy douhevetv Oe& C@vre wai ANbivé, xal Avaéveuv dv vidv aÜTob èx Tv oÙpavby, Ov Fyetpev êx Tv vexo®v, Incodv Tov fuouevov Auâc Ex Tic Opyñc TA épyoumévns. Les deux infinitifs douhebeuv et évauéveuv dépendent de érectpébare : « Vous vous êtes convertis pour servir le vrai Dieu ef attendre son Fils. » C’est trop presser le sens de éxectpébare que d’y chercher l’idée de relour à un état primitif dont les païens seraient déchus; ce mot s'emploie souvent pour exprimer la conversion des Gentils, Act. 935, 1121 etc., sans aucune idée de retour à Dieu, mais avec celle d’éloignement (&xé) des idoles. L’appellation biblique de Dieu vivant et véritable (2 Reg. 194:16; 2 Paral. 155) doit avoir été suggérée par la mention des idoles vaines et mortes. Deux choses sont comprises dans la conversion : 1. la résolution de servir Dieu en accomplissant toute sa volonté, 2. un acte de foi et d'espérance à l'égard du Fils qui doit venir des cieux, que le Père a ressuscité et qui dès maintenant nous sauve (buôuevoy au présent) de la colère prête à fondre sur nous. Il est remarquable que Jésus-Christ n'apparaît point ici comme juge, mais comme avocat et comme défenseur auprès de son Père irrité.

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étaient les actes de la volonté et de l'intelligence que le héraut de l'Évangile leur avait inculqués et qui les avaient constitués chrétiens. À l’origine, l’article relatif au jugement de Dieu prenait volontiers la forme dramatique de la parousie, consolation des croyants, épouvante des infidèles.

Dès qu'un auditeur touché de la grâce avait dit : Je crois, commençait pour lui la catéchèse proprement dite. Le dogme primordial était celui de la résurrection du Christ qui appartient plutôt aux préliminaires de la foi, parce qu’il renferme la preuve la plus solide, comme la plus accessible, de la divinité du christianisme. Paul y appuyait avec une insistance particulière, car c'était pour lui la clef de la valeur sacramentelle du baptême et l’un des fondements de sa morale : « Je vous ai enseigné avant tout, écrit-il aux Corinthiens, que le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures ; qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures; et qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze‘. » Suivait une longue liste de témoins oculaires qui rendaient indubitable, pour tout esprit non prévenu, le fait de la résurrection. Bien que les Corinthiens vinssent en majeure

1. 1 Cor. 15!-8. Ce texte est d’une importance extrême comme spécimen de catéchèse apostolique. Il nous permet de conclure : 1. que les faits de la vie du Sauveur tenaient beaucoup plus de place dans la prédication de l'Apôtre que dans ses écrits; 2. que le premier enseignement apostolique était précis et pour ainsi dire stéréotypé, afin de bien se graver dans les mémoires dont il ne devait jamais sortir. Sur le texte lui-même, il y a plusieurs remarques à faire : A) Paul dit qu’il a prêché la résurrection ëv mpwrtot, nOn pas nécessairement en premier lieu, mais comme article fondamental. — B) Il parle de l’évangile prêché par lui à Corinthe mais il ne l’appelle pas son évangile, comme il le fait en d’autres occasions où il s’agit peut-être d’un objet différent. — C) Il a transmis, dit-il, ce qu’il a reçu lui-même (rapédwxa... 8 xoù mapéla6ov), mais il n’ajoute pas, ainsi qu'il le fait ailleurs (cf. 1 Cor. 1123), qu’il l’a reçu du Seigneur; car il pouvait très bien avoir connu ces faits par l'intermédiaire des témoins oculaires. — D) Il ne cite, comme témoins de la résurrection, que des personnes encore en vie et d’une autorité irrécusable : Pierre, Jacques le Mineur, les cinq cents disciples dont la plupart survivent, le collège des Douze tout entier, enfin lui-même. — E) Il ne met aucune différence entre l'apparition dont le Christ le favorisa et celles dont furent favorisés les autres apôtres. Comme réalité et comme certitude, ce sont des faits de même ordre. Partout Paul assimile sa vision du Christ à celle des disciples immédiats (1 Cor. 91); il est l’envoyé du Christ au même titre que les Douze.

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partie de la gentilité, la première instruction religieuse leur avait été donnée dans la synagogue d'abord, puis dans une maison attenante. Cela explique pourquoi le dogme chrétien fonda-

mental leur est présenté comme la réalisation des prophéties,

le Nouveau Testament faisant suite à l'Ancien, sans solution de continuité. L'auteur de l'Épître aux Hébreux range parmi les vérités élémentaires qu'aucun chrétien n’est censé ignorer, et qui devaient donc constituer le premier objet de la catéchèse, les six articles suivants : pénitence des œuvres mortes, foi en Dieu, doctrine des baptêmes, imposition des mains, résurrection des morts et jugement éternel '. En réalité, les deux premiers articles et les deux derniers entraient toujours dans les sermons adressés aux infidèles pour les amener à croire; seule, l'explication relative au baptême et à l’imposition des mains pouvait être réservée aux catéchumènes ou aux néophytes.

Discours d’Antioche. — Les Actes des apôtres nous donnent un intéressant spécimen de la prédication de saint Paul devant un auditoire où l'élément juif prédominait?. Arrivés à Antioche de Pisidie les missionnaires allèrent s'asseoir, dès le premier sabbat, au milieu des Juifs et des prosélytes qui remplissaient la synagogue. Après la lecture de la Loi et des prophètes on les invita à prendre la parole. C'était une politesse qu'on ne manquait pas de faire aux étrangers de distinction. Paul y comptait. Aussi quand le kazzan s'avança vers lui de la

1. Heb. 61 : Mn ndluwv Gepéliov xara6o}lépevot petavoias &nd vexp@y Epywv, xaù miotews ni Océv, fanrioudv àdayñ (var. Gdayv), ÈmBédewc te yetpov, dvactdcews vExpov, xaÙ xpiuatos aiwviou. Si on lit àôxyñv, ce mot sera en apposition avec Gepélov, « le fondement de la pénitence et de la foi », et ce fondement qu’on ne saurait poser de nouveau (ré) comprendra alors quatre articles seulement : baptême et confirmation (étroitement unis par la conjonction ve), résurrection, jugement. Si, comme la Vulgate, on lit Gdayñs, il y aura six articles dépendant de Geuélov par le génitif dit d’épexégèse « le fondement qui consiste dans les points suivants : pénitence, foi en Dieu etc. ».

2. Act. 1315-41, Les trois parties du discours sont nettement indiquées par l’apostrophe trois fois répétée &vôpes adehpot, v. 15, 26 et 38. La première, sous couleur d’exposer la providence de Dieu envers Israël, conduit à Jésus; la seconde montre que Jésus, bien que renié et crucifié par son peuple, est néanmoins le Messie; la troisième conclut à la nécessité de croire et d’espérer en lui.

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part des chefs de la synagogue, il se leva aussitôt et d’un geste réclama l'attention et le silence. Que son exorde lui ait été suggéré ou non par l’haphtara ou la parascha du jour, il se mit à développer une des idées favorites de l’ Écriture : la vocation divine d'Israël et la providence spéciale dont il fut l'objet, au temps des patriarches, en Égypte, dans le désert, sous les Juges, lors de l'institution de la royauté. Jusqu'ici rien ne pouvait exciter la défiance des auditeurs et le pharisien le plus orthodoxe n'aurait point parlé autrement. Mais, parvenu à David, l’orateur imprime insensiblement à son discours une autre direction, sans sortir toutefois du terrain prophétique. C'est de la race de David que doit nattre, selon la promesse, le Sauveur d'Israël; et ce Sauveur est apparu, il s'appelle Jésus, il a eu pour précurseur et pour garant un homme dont ils ne sauraient récuser le témoignage, puisqu'il leur appartient, puisqu'ils l'ont vénéré comme’ un thaumaturge et comme un prophète, saint Jean-Baptiste.

Ici commence proprement le corps du sermon dont Luc ne nous donne sans doute qu'un bien court résumé. Paul suit exactement la marche qu’il nous dit avoir adoptée dans l’évangélisation de Corinthe, ER d’ailleurs si naturelle et si conforme à sa doctrine qu’on pouvait la soupçonner à priori. Il prouve par l’Écriture que la mort, la sépulture et la résurrection du Christ étaient prédites depuis longtemps, que les bourreaux de Jésus ont contribué, sans le savoir et sans le vouloir, à remplir les prophéties, que Dieu y a mis le sceau en ressuscitant son Fils. Le fait même de la résurrection se démontre comme toujours par la déposition de témoins oculaires encore vivants, dont tout le monde peut contrôler l’attestation. Vu le laconisme du texte, la preuve scripturaire est plus difficile à saisir; nous ignorons en particulier le rôle que peut jouer l'argument ad hominem; mais il est clair que les paroles : « Vous ne permettrez pas que votre saint voie la corruption », prononcées par David moins comme prière que comme prophétie, n’ont pas eu en lui leur accomplissement. Elles ne peuvent donc se rapporter qu’à celui dont David était la figure, au Saint par excellence, qui a connu la mort mais non la corruption du sépulcre.

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La démonstration achevée, l'Apôtre conclut en ces termes :

Sachez donc, frères, que par lui la rémission des péchés vous est annoncée. La justification que vous n'avez pas pu obtenir par la Loi de Moïse, tout croyant la trouve en lui. » Il est impossible de ne pas sentir ici la touche de Paul. Pas une idée, presque pas un mot qui ne soit de son style et de sa langue. Tout y est caractéristique : l'opposition entre la foi et la Loi, l'impuissance de cette dernière, la rémission des péchés par la médiation du Christ, la justification par la foi dans la personne du Sauveur. Mais ce n’est pas seulement la conclusion qui est dans l'esprit et dans la manière de Paul. Une foule de traits et d'expressions nous font souvenir des Épiîtres : l'harmonie des deux Testaments dont l’un est la continuation de l’autre, le germe de David qui réalise les promesses, la mort de Jésus qui vérifie les prophéties, la mention spéciale de la sépulture, passée sous silence par les autres apôtres, mais d’une grande importance doctrinale aux yeux de Paul, à raison de l’ensevelissement mystique et sacramentel du baptême qui la symbolise{. En vérité, si saint Luc, comme on le prétend, a composé de son cru les discours des Actes, il faut convenir qu’il a eu la main heureuse.

1. Contentons-nous d'indiquer les rapprochements suivants : A) v. 23 : Toÿtou [Aavetô] &mà CET Jésus « de la race de David », expression chère à Paul, Rom. 15; 2 Tim. 28. — B) v. 23 : xar’ énayyehiæv et plus bas v. 32 : duäs elayyeutéueta TV Tpôc ToÙs matépus ÉTAYYEM AV YEVOLÉVNV. Le mot ërayyehio est bien paulinien et plus encore l’idée qu’il exprime. En dehors de Paul qui l’emploie 27 fois et de l'Épitre aux Hébreux, éxayyehiæ ne se trouve guère que dans saint Luc qui, chose curieuse, le met quatre fois dans la bouche de Paul, Act. 1323-32; 2321; 266. — C) v. 38 : Gtà voûrou Üpiv dpeotc GUapTiDV HATAYYÉAAETAL, Amd Tévrwv dv oùx AÔVVAONTE Év véuw Moÿcéws dxatwbfvar, Év ToÛTw mäc 6 nioteüwy dtxauobta. Dans cette phrase singulière où tout rappelle Paul, il faut surtout remarquer : a) la rémission des péchés attribuée non pas au baptême mais directement à la médiation du Christ, comme Eph. 17; Col. 1l4; b) l'impuissance de la Loi mosaïque à produire la justification, Rom. 8 (ro äüüvarov roù véuou), cf. Gal. 321; c) la locution caractéristique n&s 6 niotewv, Rom. 116:22; 411; 1024-11 etc. ; ; d) l'expression non moins caractéristique dxatoüoôœ êv XhiotS, Gal. à7; e) la construction rare de ôtxatoüoûar avec mé, Rom. 67; f) le terme technique GxatoüoBa lui-même. — D) v. 46 : div fv &vayxaïov rpwrov Aakn0ñvar Tôv A6yov où Ocoù. Le mp@rov est justifié par tout l’enseignement de Paul, Rom. 116; 29-10; 32, —E) v. 29 : la mention de la sépulture du Christ, entre la mort et la résurrection, paraîtrait tout à fait oiseuse, abstraction faite de la doctrine de Paul, 1 Cor. 154, Rom. 64.

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On a signalé un certain rapport avec la harangue de saint Étienne à ses bourreaux. Mais la ressemblance, limitée d’ailleurs à l’exorde, est superficielle. Elle est tout entière dans le genre midrasch adopté par les deux orateurs : Paul pour son entrée en matière, Étienne pour tout son discours qui roule uniquement sur cette vérité dort l'Écriture est la confirmation perpétuelle : « Toujours, vous et vos pères, vous avez résisté à l'Esprit-Saint. » L'Apôtre, au contraire, ne perd jamais de vue cette thèse vers laquelle converge chacune de ses phrases : « Jésus est le Messie promis aux Juifs, le seul qui ait mission de les sauver et qui puisse les justifier. » Son début n’est pas un hors-d'œuvre. Outre qu'il lui est imposé par les circonstances, il a le mérite de conduire sans secousse les auditeurs de la Synagogue au seuil de l'Église, en leur montrant l'enchaînement des deux alliances, à travers lesquelles l’action providentielle de Dieu sur son peuple se poursuit sans interruption.

L’éloquence et la dialectique de Paul n’eurent point l'effet désiré. Les Juifs d'Antioche, un moment ébranlés, ne tardèrent pas à se ressaisir et, le sabbat suivant, les missionnaires leur jetèrent en partant cette menace qu'ils devaient si souvent réitérer dans la suite : « Puisque vous vous jugez indignes de la vie éternelle, voici que nous nous tournons vers les Gentils. » C’est en effet aux Gentils que Paul a reçu mission spéciale de prêcher. Son éducation helléniste et sa vive sympathie pour les Grecs l'y préparaient mieux que les autres. Il savait que la conscience veille toujours au cœur de l'homme et il percevait au fond du sentiment religieux le plus dégradé une sorte de monothéisme latent qu'il s'agissait de dégager. Dieu est le Dieu des Gentils aussi bien que des Juifs et il n’y a qu’à le montrer à la raison bien disposée pour le lui faire reconnaître.

Discours de Lystres. — Aux habitants de Lystres, qui leur dressent des autels parce qu'ils les prennent pour des dieux, Paul et Barnabé se contentent de dire : « Frères, que faitesvous là? Nous sommes hommes, nous aussi, passibles comme vous, et nous venons vous intimer de vous éloigner de ces vaines idoles, pour vous convertir au Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre et la mer et tout ce qu’ils contiennent. Ce Dieu,

dans les générations passées, a laissé toutes les nations s'engager dans leurs voies. Cependant il ne s’est pas laissé luimême sans témoignage, prodiguant ses bienfaits du haut des cieux, donnant les pluies et les saisons fécondes, remplissant vos cœurs d'abondance et de joie. » Ces phrases, malheureusement trop courtes, renferment une exhortation, une apologie et une théodicée abrégée. L'exhortation est coulée dans les termes mêmes que l’Apôtre rappellera plus tard aux Thessaloniciens : se détourner des idoles et se convertir au Dieu vivant. L’apologie a pour but de prévenir le scandale causé par l'oubli apparent de Dieu, oubli qui semble contraire à la providence. Dieu a permis à l’homme le mauvais usage de son libre arbitre comme s’il l’abandonnait à ses égarements?: mais cet abandon, répond l’Apôtre, n'était que temporaire, il devait prendre fin avec les siècles d'ignorance, quand la plénitude des temps aurait sonné; et il n’était que partiel, puisque Dieu continuait toujours à se rendre témoignage à lui-même. En tout cas, ces temps sont passés et la prédication évangélique inaugure une ère nouvelle. Des deux preuves principales de l'existence de Dieu, l'argument cosmologique n’est qu'esquissé. Au contraire, l'argument physique, plus accessible au vulgaire parce que la notion de causalité y est plus concrète, plus personnelle, est finement exposé. Le bel ordre qui règne dans

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