III. HIÉRARCHIE DES DÉMONS
Les démons forment une hiérarchie aussi bien que les anges. Certains documents leur donnent une espèce d'organisation militaire. Le Livre d'Énoch mentionne, outre le commandant en chef des deux cents
THÉOLOGIE DE SAINT PAUL, — T, Il. 8
anges déchus, leur vingt décurions (VI, 7-8); ailleurs il est parlé des centurions, des chefs de cinquante et des décurions (LxIx, 3). Mais d'ordinaire l'organisation n’est pas portée si loin : on distingue seulement un chef suprême auquel la foule des sujets prête obéissance. Ce chef s'appelle de divers noms qui peuvent s’échanger entre eux. — A) Satan ou le diable. Satan (0%) est un mot hébreu qui signifie
« adversaire » ou « accusateur » (partie adverse en justice) et qui est passé en arabe (schaytän) et en syriaque (safana) avec le sens de l’hébreu. Apparenté est l’assyrien muschtatinu (hostile) et probablement aussi l'éthiopien Mastéma qui désigne le chef des démons. En hébreu Satan est un nom appellatif et prend l’article défini (207 — lAdver-
saire par excellence), sauf dans 1 Paral. 21! où, devenant nom propre, il supprime l’article. Les Septante le traduisirent par ôté6oos, dont les Arabes ont fait Zblis : l'équivalent grec xatfyopos, sous la forme 11%), se trouve chez les rabbins.et dans l’Apocalypse (1210 : 6 xarfywp). Les auteurs du Nouveau Testament disent indifféremment 6 gataväs et ô #60 et l’Apocalypse établit formellement la synonymie entre les deux termes (20? : 6 ëpis 6 dpyaîos, B Éotiv Atdéohos xaÙ Ô Zatavas). — B) Bélial. Ce mot en hébreu (y392) n'est pas un nom propre; il signifie étymologiquement — quoique l’étymologie ait été contestée — « sans profit, inutile » et par litote «< mauvais, pernicieux ». Bélial apparaît plus de trente fois dans les Testaments des patriarches sous la forme Béliar qu’il a aussi dans saint Paul (2 Cor. 61). L'identité entre Satan et Bélial résulte par exemple de l’Ascension d’Isaïe (ir, 1-4) où les expressions « servir Satan » et « servir Bélial » sont synonymes. — C) Sammaël, au même endroit de l’Ascension d’Isaïe, est un autre synonyme de Satan. Il est souvent nommé dans le Talmud où il est qualifié de « chef des satans » (Debarim rabba, c. 11). — D) Asmodée est appelé « roi des démons » dans les versions hébraïque et araméenne du Livre de Tobie (38:17); il est présenté comme « chef des démons » dans le Talmud (Sota 48 a-b) et le Targum de l’Ecclésiaste (12). Il était généralement admis qu'Asmodée dérivait du persan aéshma daeva, mais Moulton (Expository Times, t. XI, 1900, p. 257- 260) a contesté cette dérivation. — E) Belzébuth (Ba'al-zebûb — «le dieu [préservateur] des mouches » d’Accaron) est, sous la forme BeetebotA où BeeAGe6oëX, qualifié par les Synoptiques de « prince des démons » (Mat. 12%; Luc. 1115: 6 äpywv tüv Gatuovluv) et par conséquent identifié à Satan. Il ressort clairement du contexte que le mot est emprunté à la terminologie des Juifs. :
La synonymie de tous ces mots (le Diable, Satan, Bélial, Asmodée, Sammaël, Belzébuth) est certaine : 1. Chacun de ces personnages est présenté comme le chef suprême de tous les démons et comme le conducteur de toutes les phalanges hostiles à Dieu. — 2. Ce qui est rapporté à l’un est, dans le même ouvrage ou dans des ouvrages différents, attribué à l’autre. — 3. Ils ne sont jamais mis.en opposition; et, quand ils sont nommés ensemble, ils remplissent le même rôle. — 4. Enfin la synonymie est affirmée dans un certain nombre de textes. — Mais ce qu'il importe surtout de noter, c'est que tous ces noms s’emploient dans deux acceptions très différentes : comme êtres individuels gui-
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dant l’armée des démons, et comme êtres collectifs représentant toutes les puissances hostiles à Dieu et personnifiant le principe du mal.