‹ La théologie de Saint PaulChapitre 389 sur 630 · V. SATAN ET L'EMPIRE DU MAL · texte numérisé non relu

V. SATAN ET L'EMPIRE DU MAL

1. Les démons et le péché. Satan fut « homicide dès l’origine » (Joan. 844) à cause de la part active qu’il prit au premier péché de l’homme. Tous les auteurs sacrés ont présent à l’esprit le récit de la Genèse (31-13) d’après lequel « le Serpent séduisit Eve par son astuce » (2 Cor. 118) et ils savent qu’à la suite du péché « la mort entra dans le monde par l'envie du diable » (Sap. 221). Mais le grand séducteur continue à sé-

‘ duire : « l'adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant cherchant

une proie à dévorer » (1 Petr. 58). Tout le Nouveau Testament est rempli des épisodes de cette guerre incessante : « car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang mais contre les principautés et les puissances, contre les gouverneurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice » (Eph. 6!?). Satan est par excellence le Tentateur (1 Thess. 35 :

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6 meupétuv. Cf. 1 Cor. % etc.). — Ces mêmes idées se rencontrent à chaque pas dans la théologie judaïque. D’après les apocryphes et le Talmud, Satan se servit du serpent pour perdre le premier couple humain. Depuis il met en œuvre le penchant au mal (y 1%) avec lequel il semble parfois se confondre. Cf. Weber, Jüd. Theol.2, p. 237 et 252. Avant d’avoir perdu l’image de Dieu, l’homme était un être sacré (@Tp); mais ensuite il est devenu profane (bn) et sujet aux esprits malfaisants (Bereschith rabba, c. 23). L'Énoch éthiopien (LxIx, 6) croit savoir le nom du séducteur d'Éve : il s’appelait, dit-il, Gadreel.

9. Pas de dualisme dans la Bible et le Talmud. Les démons sont opposés à Dieu, mais ils ne sont point indépendants de lui. Satan n'est pas Ahriman, le mal par essence. S'il y a parfois dans la conception juive de Satan une tendance au dualisme, cette tendance est toujours tempérée et neutralisée par le monothéisme hébreu : A) Les démons n’ont de puissance que celle que Dieu leur accorde. Satan a besoin de la permission de Dieu pour tenter Job. L'esprit mauvais qui hante Saül vient « de la part de Jéhovah » (1 Sam. 16) pour punir le roi infidèle. Nous voyons par ce texte que Dieu se sert quelquefois des démons pour exécuter ses vengeances. À ce titre, le Livre (éthiopien) d’Enoch les appelle « anges du châtiment » (vi, 1; zx, 11; Lx, 1); mais alors ils ne doivent pas dépasser la mesure (Zach. 32). Le Nouveau Testament nous montre en vingt endroits le pouvoir de Jésus sur les démons, pouvoir communiqué aux apôtres (Luc. 107; Marc. 1617). — B) Dieu jugera un jour les démons et mettra fin à leur puissance. « Le diable, le séducteur » sera jeté « dans la mare de feu et de soufre pour les siècles des siècles » (Apoc. 20!°). D’après le Livre d'Énoch (Liv, 5-6) les quatre archanges Michel, Gabriel, Raphaël et Phanuel seront chargés d'exécuter ce jugement. Le Nouveau Testamentenseigne seulement que les anges prévaricateurs sont gardés « pour le jugement du grand jour » (Jud. 6; 2 Petr. 24). Tout pouvoir de nuire leur sera alors ôté. — C) Le règne du Christ ruine en principe le règne de Satan. Les démons chassés par Jésus n’ignorent pas que le Fils de Dieu vient les perdre (Marc. 1%; Luc. 431. La phrase: Venisii perdere nos? interrogative dans S. Marc, est affirmative dans le grec de S. Luc). Ils se plaignent seulement que ce soit avant l’heure (Mat. 8: Venisti huc ante tempus perdere nos ?) ; car ils s’imaginaient que leur défaite serait différée jusqu’au triomphe définitif du Christ. S. Jean nous apprend qu'il n’en est point ainsi (Joan. 12% : nunc princeps hujus mundi ejicietur foras). Sans doute l’expulsion du démon n’est que progressive; mais elle a commencé à la mort du Sauveur et sera complète à la fin des temps.

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