‹ La théologie de Saint PaulChapitre 390 sur 630 · I. DESSEINS DE MISÉRICORDE · texte numérisé non relu

I. DESSEINS DE MISÉRICORDE

Volonté salvifique. — Puisque l’homme ne peut passe relever seul ni s'affranchir par ses propres forces de la tyrannie du péché, il faut que Dieu lui tende la main. Cette prévenance divine, doublementimméritéeetparce que l’homme n’y a point de droit et parce qu'il en est positivement indigne, s'appelle miséricorde. Nous dirons plus loin que Dieu aime l’humanité coupable par égard pour son Fils bien-aimé; mais il nous faut constater auparavant que sa bienveillance miséricordieuse s'étend à tous les hommes sans exception, tant qu'ils sont sur le chemin de l'épreuve : « Avant tout, écrit saint Paul à Timothée, j'exhorte à offrir des prières, des demandes, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et toutes les personnes constituées en dignité, afin que nous menions une vie tranquille et paisible, en toute piété et honorabilité. Cela est bon et agréable aux yeux de Dieu notre sauveur qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité : car, unique est Dieu, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est donné comme rançon pour tous!. »

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Il faut distinguer dans ce texte l’objet, le but et le motif de la prière. —

La pensée de l’Apôtre est si claire, qu'aucune subtilité exégétique ne l’obscurcira jamais. Elle revient à ceci : Il faut prier pour tous les hommes sans exception, parce que

Dieu, qui est le Dieu de tous et dont le Fils est mort pour

tous, veut aussi le salut de tous. — 1. 1[ faut prier pour tous les hommes sans exception : non seulement pour les chrétiens mais pour les païens eux-mêmes, en particulier pour les princes, quelle que soit l’infamie de leur conduite, parce qu'ils peuvent davantage pour le bien comme pour le mal. Cette injonction est d’une saisissante actualité quand on songe que l’empereur alors régnant s'appelait Néron et qu'il venait de déchaïner sur l’Église naissante la plus horrible persécution. Un corollaire immédiat de la prescription apostolique c’est que la prière peut être utile à tous les hommes; car qui pense à prescrire l'impossible et l'absurde? — 2, Dieu veut le salut de tous les hommes : ce qu'il faut entendre de tous sans exception, puisque l'exception n’est pas indiquée et qu’elle est au contraire exclue par l’emphase du discours et par le mot « tous » quatre fois ré-

A) L'objet de la prière est double (2!-°:) : a) tous les hommes en général (ünèp névrwv &vÜpwrwv, db) les gouvernants en particulier (brèp fBaouéwv xaù mévrwvEv Ürepoy bvrwv) ; le terme Baoueïs comprend tous ceux qui ont l’autorité suprême, rois ou empereurs (l’empereur romain en Orient s'appelait Baouevs), l'expression ot ëv Ümepoy ôvres désigne ceux qui ont une autorité déléguée, proconsuls,propréteurs, procurateurs, gouverneurs à un titrequelconque. La distinction précise des quatre sortes de prières (deñoetç, mpoceuyaf, évrebbetc, ebyapiotiar) est de peu d'importance pour le sens général : on ne peut raisonnablement douter qu'il ne s'agisse surtout de la prière publique et solennelle. — B) Le but de la prière (2%) : procurer à l'Église une ère de paix et de tranquillité (va fpepov xai hoûüyiov Blov Gtéywuev), favorable à son développement extérieur et non moins favorable à l'exercice des vertus chrétiennes (èv néon edoeéeià xai oeuvérnu. Le dernier mot, que la Vulgate traduit sanctitas, signifie plutôt « gravité, dignité, honorabilité »). Ces lignes furent écrites en pleine persécution; or, quoique l'hostilité de l'État ne puisse pas arrêter l'expansion de l'Église, les bonnes dispositions des pouvoirs publics sont toujours désirables. — C) Le motif de la prière (23-6): « Cela (c’est-à-dire prier pour tous les hommes et en particulier pour les princes) est moralement bon (xxév) et agréable à Dieu notre sauveur. » Suit la raison (2t) pour laquelle la prière pour tous les hommes ne peut manquer d'être agréable à Dieu :.c'est que Dieu veut le salut de tous les hommes. Les deux derniers versets (25-6) expliquent pourquoi Dieu veut le salut de tous les hommes : c'est premièrement qu'étant Dieu unique, il est le créateur et la fin suprême de tous; c’est en second lieu que son Fils Jésus-Christ a subi la mort pour tous. — Sur ces deux versets, voir p.247 et 287. — Sur la pratique de l'Église primitive au sujet des prières publiques pour les souverains, voir p.461.

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