‹ La théologie de Saint PaulChapitre 393 sur 630 · DESSEINS DE MISÉRICORDE · texte numérisé non relu

DESSEINS DE MISÉRICORDE

comme la grâce est absolument nécessaire au salut, si Dieu veut sérieusement et sincèrement lesalut de tous les hommes, il faut qu’il leur accorde à tous la grâce suffisante, de sorte qu’ils ne puissent pas lui attribuer leur perdition éternelle. Pour conclure avec saint Thomas : « Dieu veut le salut de tous les hommes d’une volonté antécédente, comme le commercant veut la conservation de ses marchandises et fait son possible pour les sauver; mais il ne le veut pas d’une volonté conséquente, parce que sa justice exige que les péchés soient punis. » La volonté antécédente n'est pas absolue, autrement elle ne manquerait pas de s’accomplir; elle est conditionnelle, mais par rapport à une condition qui ne dé pend pas d’elle seule, sinon elle serait illusoire et pourrait se formuler ainsi : « Je voudrais si je voulais », ce qui revient nettement à dire : « Je ne veux pas. »

Divers aspects du vouloir divin. — Autant il est déraisonnable de chercher dans saint Paul la terminologie scolastique actuelle, autant il serait téméraire et peu scientifique de ne pas distinguer chez lui les diverses expressions de la volonté divine. 11 ne faut pas confondre le propos (æpéeow) , le bon plaisir (ebdoxéx) , le conseil (Bourx) ,. la volonté de Dieu (6£Anpæ, Boianpa). Le propos de Dieu ! est un acte éternel et absolu de la volonté conséquente se rapportant à un bienfait particulier, tel que l'appel efficace à la foi : il est libre, puisqu'il se règle selon le bon plaisir; il est gracieux, puisqu'il ne dépend pas des mérites de l’homme ; il est absolu, puisqu'il à pour effet la vocation efficace; il est éternel, puisqu'il est antérieur aux siècles. En réalité, le propos divin est ce qui répond le mieux à la prédestination, terme dont saint Paul ne fait pas usage; seulement la prédestina tion implique, par rapport à l’ordre d'exécution, une antériorité que le propos n’exprime point par lui-même. — Le bon plaïsir?, comme le mot l'indique, désigne la spontanéité

1. Rom. 823; 911; Eph. 111; 311; 2 Tim. 1° (rpédeouz). — Rom. 35; Eph. 19 (mporidesôæ). — Voir t. I, note O, p. 343 et comparer, pour le sens local de =p6 dans le composé, Ps. 53 (54)5 : où poéfevro vèv Ocov ivontov airév, Ps. 100 (101)5 : où npocôéunv mpd ôpÜauGv pou mpäyux rapévoLov.

2. Eph. 15 (xara Tv ebôoxéav Toÿ 0eafuatos aûroë): 19 (yvopioug AUY To Lu orhproy Toÿ Behipatos aûtoÿ xaTd rhv EUBoxIav aÿrod); Phil. 215 (6 évepy@v év Outv

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autant que la liberté du vouloir divin; il ne se dit par conséquent que d’une volonté bienveillante et gracieuse et ne s'applique jamais à la permission du mal ou à la punition du crime. — Le conseil! éclaire ét dirige la volition. Saint Paul a pu dire sans pléonasme que Dieu « opère toutes choses selon le conseil de sa volonté », parce que la volonté divine n’est ni aveugle ni arbitraire, qu’elle obéit à des raisons profondes, quoique souvent impénétrables, qu’elle se déroule harmonieusement dans le temps et l’espace, suivant un plan conçu de toute éternité. — On peut distinguer quatre volontés de Dieu? : la volonté de précepte, la volonté de désir, la volonté de décret, la volonté de permission. La première est évidemment absolue, car elle se confond avec la loi morale; mais la nécessité qui en résulte porte sur l'obligation de l’acte, non sur l'existence de l’acte lui-même. La volonté de désir est une volonté sérieuse et active, mais dont la réalisation est conditionnée par l'exercice d’une volonté étrangère. La volonté de décret est absolue et inéluctable: mais, lorsqu'elle a pour objet les actes libres de l’homme, elle n’est pas antérieure à toute prévision de ces actes, comme nous le verrons par la suite. Enfin la volonté de permission est une sorte de volonté négative qui laisse leur libre jeu, même pour le mal, aux facultés humaines.

La volonté de Dieu, respectant la liberté des créatures,

xai To Déherv nai To évepyety dnèp rie edontac); 2 Thess. 111 (iva 6 Oedc rImpôor nâäcav ebdoxiav &yafwouvnc). — Pour evdoxetv, 1 Cor. 121; 105; Gal. 115: Col. 119,— SurEph. 15-% voir p. 131 et 153; sur Phil. 218,p, 125. — Répétons encore, puisqu'on feint de s'y méprendre, que le bon plaisir de Dieu ne désigne pas une volonté arbitraire. Si nous ne traduisons pas eÿdoxla par « bienveillance », c’est que la bienveillance est une disposition, tandis que eÿdoxia est l'acte d’une volonté bienveillante. Quand le P. Laberthonnière objecte (Annales de philos. chrét. 1910, p. 666) que Paul « n'entendait nullement signifier un bon plaisir, au sens que ce mot a pris d’acception de personne par choix purement autoritaire », il enfonce une porte ouverte.

1. Eph. 111 (rà névra évepyoëvros xarà tv Bouhñv toù Belñuatos aütoÿ); Hebr. 617 (émôetéar... ro aperdBerov tic BouAñe aÿtod); ACt. 1336; 2027 (discours de Paul). — Le mot est encore employé dans Luc. 750 et dans Act. 223; 498.

2. Quelques exemples de ces quatre volontés de Dieu dans saint Paul : A)Volonté de précepte : Rom. 218; 122; Eph. 511; 66; Col. 19; 412, — B) Volonté de désir : 1 Thess. 43; 1 Tim.2*; Rom. 92? (désir de montrer sa justice neutralisé par la volonté de montrer sa patience. — C) Volonté de décret : Rom. 918; Eph. 1°:1! et la formule « apôtre par la volonté de Dieu (1 Cor. 1!, etc.). — D) Volonté de permission : Rom. 110; 1582; 1 Cor. 419.

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