‹ La théologie de Saint PaulChapitre 396 sur 630 · Rom. 1120 : p? üÿnà ppoveï GA poboÿ. Cf. Hebr · texte numérisé non relu

Rom. 1120 : p? üÿnà ppoveï GA poboÿ. Cf. Hebr

3. 1 Cor. 4 : oüôèv Epaur® oüvoida, &AN oùx Ëv ToÛTw dedtxa wa.

&, 1 Cor. 927 : Üruwmiétw pou Tù cûpa ai douhaywy&, uA Tws &Xkotc xnplËuc adroc &démpos yévwuar. Le verbe ürwntdke:v signifie « meurtrir de coups », du

étant donnée la citation tacite du Psalmiste, le conseil de craindre n’est ici qu'accessoire et l’'emphase du discours porte sur ces mots : «Procurez votre propre salut. » Mais, quoi! n’est-ce pas Dieu qui sauve ? C’est précisément pour cela, répond l’Apôtre, que je vous presse de travailler à votresalut. Dieu est là qui rend l’œuvre possible : « car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et Le faire, pour son bon plaisir ». Plusieurs théologiens protestants de nos joursvoient dans ces deux membres dephrase

une opposition irréductible et plaignent hautement saint Paul

de ne pas lavoir vue. Quelques-uns l’excusenten disant qu’on est en présence d’un impénétrable mystère. L'un d'eux, plus irrespectueux que les autres, le renvoie sans façon à l’école d’Aristote où l’on apprend à mieux raisonner!. L’argument de ces grands penseurs est simpliste : Si Dieu fait tout, dans

l’œuvre du salut, l’homme n’a rien à faire ; et, si l’homme fait

tout, il ne reste rien pour l’action divine. Leur erreur provient de ce qu’ils conçoivent l’action combinée de Dieu et de l'homme à la manière d’un synergisme. Si Dieu et l’homme étaient des causes partielles et du même ordre, l’objection porterait; mais il n’en est point ainsi : Dieu et l’homme produisent l'effet tout entier chacun dans son ordre? ; et pourtant l'effet ne saurait être produit sans leur concours simultané. C’est donc l'assurance du concours divin, jointe au sentiment de sa propre défaillance, qui inspire à l’homme la confiance et la crainte. Telle est la pensée profonde, mais parfaitement cohérente, de saint Paul.

Ordre d'intention et ordre d'exécution. — Ce que Dieu

nom ÿrwmoy « bleus, traces livides laissées parles coups ». L'adjectif &déxpoc veut dire proprement « qui ne soutient pas l'épreuve, l'examen ou le jugement », par suite « rejeté, réprouvé ».

1. L'auteur de cette lourde plaisanterie est Fritzsche : « Melius sibi Paulus consensisset, si Aristotelis non Gamalielis alumnus fuisset. » Von Soden et Pfleiderer se contentent de dire que Paul n'a pas remarqué l’antinomie ou qu'il fait comme s’il ne la remarquait pas. Holtzmann affirme que Paul défend le libre arbitre quand il parle en prédicateur ou en moraliste:et soutient le déterminisme quand il parle en théologien (Weutest. Theot., t. II, p. 169-171). On trouve dans Holtzmann (/bid. p.171-174) une longue note très serrée sur l'attitude des principaux théologiens protestants de nos jours relativement à cet enseignement de saint Paul.

2. Non sic idem effectus causæ naturaliet divinæ virtuti attribuitur, quasi partim a Deo partim a naturali agenti fiat, sed totus ab utroque secundum alium modum ($. Thomas, Contra Gentes, IIT, Lxx). — Deus est qui opera-

opère dans le temps il l’a résolu de taute éternité. L'histoire de la rédemption ne se déroule pas devant lui comme un panorama qu'il contemplerait en le subissant, mais comme un vaste drame dont il fait jouer les ressorts, combine les péripéties et prépare le dénouement. Saint Paul revient fréquemment sur ce plan divin qu’il appelle «le propos éternel, antérieur à la constitution du monde »; il le résume avec magnificence dans un passage dont Le ton lyrique et l'allure rythmée font penser à un cantique ou à une hymne :

Béni [soit] Dieu, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ ;

A) qui nous a bénis en toute bénédiction spirituelle, aux cieux, dans le Christ,

comme il nous élut en lui, avant la fondation du monde,

pour être saints et sans tache devant lui, dans la charité;

B) en nous prédestinant à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ,

selon le bon plaisir de sa volonté,

à la louange de la gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé,

en qui nous avons la rédemption par son sang, la rémis sion des fautes,

selon la richesse de sa grâce qu'il a épanchée sur nous, en toute sagesse et prudence ;

C) en nous notifiant le mystère de sa volonté, selon le dessein bienveillant qu’il a formé en lui, pour être réalisé à la plénitude des temps, de réunir toutes choses dans le Christ, celles des cieux et celles de la terre,

a) en lui en qui nous, les premiers à espérer dans le Christ, fûmes faits héritiers, prédestinés selon le propos de celui qui opère tout suivant le conseil de sa volonté, pour être l'éloge [vivant] de sa gloire ;

b) en lui en qui, vous aussi, ayant entendu la parole de vérité, l'Évangile de notre salut et y ayant adhéré,

tur in nobis velle et operari; certum est nos facere cum facimus, sed ille facit ut faciamus, præbendo vires efficacissimas voluntati (S. Augustin, De gratia et lib. arbit. 16).

vous fûütes marqués du sceau de l’Esprit-Saint promis, qui est l’arrhe de notre héritage,

pour la rédemption du patrimoine [de Dieu], pour l'éloge de sa gloire.

Les notions théologiques accumulées dans ce passage exigeraient un long commentaire. Qu'il suffise, pour l'instant,

1. Eph. 1%-14. Les diverses parties de ce texte seront exposées plus loin en détail : 1#-6, p. 130-2; 19-10, p. 153-5. Il ne s’agit pour le moment que d'en prendre une vue d'ensemble. On le divise communément en deux parties énumérant les bienfaits mentionnés au v. 3, d’abord dans l'ordre d'intention (v. 4-6), puis dans l’ordre d'exécution (v. 7-14). Mais il suffit d’une simple lecture pour s’apercevoir que cette division est fautive, car l'ordre d'intention et l’ordre d'exécution y sont partout intimement mêlés. En exa-

‘: minant la longue phrase, on voit qu'elle est bâtie sur trois participes : 6 edkoyhoac (v. 3), poogioas (V. 5), yvwploxç (v. 9), dépendant directement ou indirectement de la doxologie etoynréc (sous-entendu ein ou ëctw). Cela nous fournit une division excellente : Béni soit Dieu : A) parce qu'il nous a bénis conformément à son élection éternelle, B) parce qu'il nous a prédestinés à la grâce et qu'il a réalisé en nous l'effet de cette prédestination, C) parce qu’il nous a nofifié le mystère de son plan rédempteur et qu'il l’a exécuté a) d’abord dans les Juifs, b) puis dans les Gentils. Les deux subdivisions qui se rattachent à la troisième partie sont clairement indiquées par la construction : a) v. 11 (ëv®), b) v. 13 (ëv ©).

Une questionimportante au point de vue exégétique mais surtout au point de vue grammatical est de savoir si les trois participes edloyñoas, mpoopioac, y vwpioas sont coordonnés ou subordonnés, autrement dit s’ils dépendent tous directement de eÿhoyntès 6 @e6s, ou si le premier seul en dépend directement et les deux autres de l’incise qui les précède. M. Coppieters (La doxologie de la lettre aux Éphésiens, notes sur la construction syntactique de Eph. 1, 3-14, dans Revue bibl., 1909, p. 74-88) défend la première opinion et il soutient aussi, du moins comme plus probable, que ëèv &yérn doit se rattacher à mpoopioaç et év néon oopia xai ppovioet à yvwpioac. La grande majorité des commentateurs anciens et modernes est d'avis contraire : avec raison, ce se mble. C’est moins affaire de démonstration péremptoire que de tact exégétique. Il paraît évident que xpooptoa dépend de ételééaro et qu'il faut donc le traduire « après nous avoir prédestinés » ou « en nous prédestinant ». Pareillement tout le monde accordera que les mots. v méon oopla xai ppovñoet conviennent mieux — pour ne rien dire de plus — à la science de l'homme qu’à la science de Dieu et qu'il faut dès lors les faire rapporter à ènepiooevoev is nus et non à yvwpicas. De la sorte yvwptaaç explique le mode, l'objet et l’origine de cette science que Dieu nous donne si libéralement.

Mais autre chose est la construction grammaticale, autre chose est la marche et le progrès de la pensée : grammaticalement, les deux participes mpoopioacç et yvwpioa sont subordonnés à ce quiles précède ; logiquement, ils introduisent un développement nouveau et la description d'un nouveau bienfait. Cela donne au style plus de liberté, de mouvement et de vie, tout en rendant la traduction beaucoup plus ardue.

Th. Innitzer (Der Hymnus im Epheserbriefe, 1, 3-14, dans Zeitschrift für kath. Theol. 1904, p. 612-621) a proposé une division strophique fondée sur la répétition d’une sorte de refrain eiç Émauvov OéEns v. 6, v. 12 et v. 14. Quoi qu’on puisse penser des strophes en prose, peu d’exégètes l’adopteront. La forme y est trop sacrifiée à la matière et la pensée à l'expression.

Métis, ,

de dégager les trois idées dominantes : 1. À Dieu seul revient la gloire et l'initiative de notre salut : prédestination, élection, rémission des péchés, collation de la grâce, bénédictions célestes au sens le plus étendu, tout dérive de lui. — 2. Tout cela, tant dans l’ordre d’exécution que dans l’ordre d’intention, se fait en vue du Christ, « dans le Bien-aimé ». — 3. Enfin l’ordre d'exécution se déroule le long des siècles, conformément à l’ordre d'intention conçu par Dieu dès l'éternité.

Avant de scruter le mystère .du plan divin, il convient de définir les concepts de prédestination, d'élection et de prescience. Le mot « prédestination » n’est pas biblique et le mot: « prédestiner » est rare dans le Nouveau Testament. Il n’y parait que six fois en tout, dont cinq fois chez saint Paul. Rapprochons ces six textes qui s’éclairent les uns les autres : Hérode et Pilate, les Juifs et les Gentils, se sont ligués pour faire ce que la main et le conseil de Dieu (c’est-à-dire sa puissance et sa sagesse) « ont prédestiné devoir arriver! ». — « Nous prêchons la sagesse de Dieu [qui consiste] dans le Mystère, cette [sagesse] cachée que Dieu a prédestinée avant les siècles pour notre gloire?. » — « Car ceux qu’il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image deson Fils, pour qu’ilsoitle premier-néentre plusieurs frères ». — « Or ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés #, » — «Il nous élut en lui (dans le Christ) avantla fondation du monde, pour être saints et immaculés devant lui, en nous prédestinant dans son amour à la filiation adoptive par Jésus-Christ. » — « En lui aussi nous reçûmes notre part [d’héritage}, ayant été prédestinés selon le propos de celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, pour servir à louer sa gloire, nous qui avons d’abord espéré dans le Christ®. »

Il résulte de tous ces passages que l’acte par lequel Dieu prédestine est très compréhensif. C’est un acte éternel, puisqu'il existe avant les siècles et qu’il est simultané ou logiquement antérieur à l'élection, antérieure elle-même à la fondation du

1. Act. #8. — 2. 1 Cor. 27. — 3. Rom. 829%, — 4. Rom. 820, — 5. Eph. 1511. THÉOLOGIE DE SAINT PAUL. — T. Il. 9

monde. C’est un acte absolu et efficace dans la mesure où ilest absolu, car il est le früit du « conseil » ou du « propos » divin. C’estunactesouverainement libre, car il a lieu suivantle propos de celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté; il n’a donc pas de cause proprement dite du côté de l’homme,

bien qu’il puisse avoir pour raison d’être une condition dépendant de Dieu. Les actes divins se succèdent dans l'ordre suivant : prescience, prédestination, vocation, justification, glorification, les deux premiers appartenant à l’ordre d'intention, les trois derniers à l’ordre d'exécution. La prédestination est donc logiquement précédée par la prescience : « ceux qu'il a connus d'avance il les a aussi prédestinés »; car il est dans la nature des choses que la volonté suive l'intelligence et ne la précède pas. Enfin Dieu prédestine l'homme à un bienfait ou un bienfait à l'homme ; mais ce bienfait, dans l'Écriture, n’est jamais directement la gloire éternelle.

Tandis que la prédestination n’appartient qu'à l’ordre d'intention, l'élection embrasse aussi l'ordre d'exécution. Elle ajoute à la prédestination ou à la vocation efficace une idée de faveur par rapport à ceux qui se trouvent prédestinés ou appelés efficacement, et une idée de prédilection par rapport à Dieu qui prédestine ou appelle. Une sorte de pléonasme vient quelquefois accentuer cette double idée : « Le Seigneur ton Dieu t'a choisi d'entre toutes les nations pour être son peuple spécial. » Si tousles hommes étaient prédestinés, ils ne seraient point élus au sens propre usité dans l'Écriture. Par suite, la prédestination ne suppose pas nécessairement l'élection, mais l'élection suppose nécessairement la prédestination : « Dieu nous a bénis de toute espèce de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ, comme il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, en nous prédestinant (ou bien nous ayant prédestinés) à être ses fils adoptils par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté !. » Nulle part dans la Bible

4. Eph. 15 : A) Eddoynrès 6 Osùc nai mathp to xvpiou huov ’Incoù Xpraroÿ, 6 edhoyñous; ua v méon evhoyig mveuparuxÿ ËV Toic ëmoupaviotc Èv XptoTt,

k B) xx éEexééaro nuäs Ev adt mp xaraboc xéouou, elvat hp &ylouc xal AMOLOUS HATEVWTLOY QÜTOŸ ÉV GYATN,

PO TRUE VTT Ta , re LP Te. à C É

les rapports mutuels de l'élection et de la prédestination ne sont définis aussi clairement. L'élection est éternelle, puis-

3 C) zpoopiouc fuäc elc viobeoia dià ’Incoù Xpuotod eic aûrév, xatà vhv eddoxiay ToÙ Belfpatoc aëroÿ, «

° D) ic Étoivov d6Ëne Tic ydpiroc adroÿ #c Éxapirowev ÂuGs ëv To AyaTnuéve.

Sans trop s'inquiéter des difficultés de détail, il faut s’attacher d’abord à suivre le mouvement de la pensée. L'idée principale est formulée au v. 3 : « Béni soit Dieu qui nous a comblés de bénédictions. » L’Apôtre se souvient alors que ces bénédictions accordées dans le temps répondent au plan éternel de l'élection (v. 4 : xabde éfelétato). Il explique ce plan par l'idée voisine de Ja prédestination éternelle (v. 5 : npoopioas uäc). Il conclut en mettant en relief la finalité du plan divin qui est la gloire de Dieu (v.6). On remarquera que chacun de ces actes a rapport au Christ : les bénédictions dans le Christ (èv Xpior&), l'élection en lui (év ait), la prédestination à la filiation adoptive par Jésus-Christ (x ’Incoÿ Xptotoÿ), la grâce dont nous sommes gratifiés dans le Bien-aimé (ëv ro hyarngéve); la raison en est que la pensée maîtresse de l'Épiître est le Christ considéré comme centre d'unité de tous les fidèles.

A) Les bénédictions que Dieu nous prodigue : a) sont très variées dans leur manifestation (èv mon) ; — b) mais elles sont toutes de l’ordre spiriluel (rvevuarixÿ) parce qu’elles viennent du Saint-Esprit et qu’elles appartiennent à la sphère de l'esprit ; — c) elles nous sont données dans le Christ (Ev Xptor), en tant que nous sommes unis à lui et ne faisons qu'un avec lui: — d) elles sont célestes (èv roïc érovpaviou) par leur origine et par leur destination. — Remarquez le rapprochement : eÿhoyntéc… 6 eühoyhoac. Les bénédictions de l’homme doivent monter vers Dieu dans la mesure où les bénédictions de Dieu descendent vers l'homme, Mais l'homme ne bénit qu’en paroles et Dieu bénit en actes.

B) L'élection, d'où les bénédictions découlent : a) est avant la fondation du monde (npè xara6olñs xésuou), expression qui désigne l'éternité (Joan. 172#, 1 Petr. 120); — b) elle a lieu dans le Christ (v aÿr@) et par conséquent elle n’est ni logiquement antérieure au décret de l'incarnation ni indépendante de ce décret; —c) elle a pour but direct notre sanctification (eive Au&c ytouc «t).) et par la sanctification l'obtention de la gloire céleste.

C) La prédestination de son côté : a) n’est pas une destination immédiate à la gloire éternelle mais à la filiation adoptive (ei viôectav) et par l’état de filiation à l'héritage céleste ; — à) la filiation, terme direct de la prédestination, est par Jésus-Christ (G1à ’Insoù Xptoroù) comme cause méritoire et en lui (sis aôtév) parce que nous ne devenons fils d'adoption qu’en étant unis et associés au Fils. Notez la force du verbe composé au moyen (é£ehétæro) : il nous a choisis pour lui (&ké£aro voix moyenne) d’entre plusieurs autres (8).

D) Une des fins (eis) de Dieu en nous prédestinant à la filiation adoptive en Jésus-Christ était l’éclatante et glorieuse manifestation de sa grâce. L'expression est très énergique. Dieu veut que sa grâce soit reconnue, admirée et louée (eis Éxavov) des hommes : et non seulement sa grâce mais « la gloire de sa grâce » (06Ençtñc xéprros «Üroÿ), sa grâce triomphante. Cette grâce nous est donnée, dans le Bien-aimé » (év t& Ayannuévu) et la seule question est de savoir s’il s’agit de la grâce objective, celle qui est en Dieu et qui est le principe de ses bienfaits, ou la grâce subjective, celle qui est en nous et qui est la forme de la justification et de la sanctification. Les catholiques ($S. Thomas, Estius, Corn. a Lapide, Bisping, etc.) tiennent en général pour la seconde, que supposent aussi les Pères (Chrysostome et les commentateurs grecs : éyapirwaev — énepactodc énoincev) et le concile de Trente (Sess. vI, cap. 7). Plusieurs exégètes protestants sont du même avis.

132 __ THÉOLOGIE DE SAINT PAUL. Le à

qu’elle existe dans le décret divin avant la eréation du monde. Mème dans l'ordre d'intention, elle alieu « dans le Christ », en vue de ses mérites et non pas indépendamment de lui, comme le veulent Cajetan pour tous les saints et Catharin pour une classe d'élus. Elle a pour but une vie « sainte et irréprochable devant Dieu »; elle n’a donc pas pour terme direct et immédiat la gloire éternelle. Enfin elle est la source des bénédictions spirituelles, car l’ordre d'exécution est conforme (xaîws) à l’ordre d'intention. D'autre part, la prédestination, ici comme à l'ordinaire, a pour terme direct non pas la gloire future mais la filiation adoptive qui est un effet formel de la grâce sanctifiante. Elle a pour cause unique « le bon plaisir de la volonté de Dieu », non pas un Caprice arbitraire qui échapperait au contrôle de la sagesse, mais un amour de bienveillance souverainement libre. Enfin elle précède ou accompagne l'élection mais ne vient pas après elle: en effet, qu’on traduise : « Il nous a élus, nous ayant pré-, destinés à la filiation », ou bien : «Ilnous a élus en nous prédestinant », la prédestination, dans le premier cas, précède logiquement l'élection qui luisurajoute la double idée de préférence et de choix, dans le second, elles sont simultanées et Dieu nous élit de préférence à d’autres par le fait même qu'il nous prédestine sans eux; mais, dans aucun cas, l’élection ne peut être conçue comme logiquement antérieure à La prédestination. Le rapport entre l'élection et le propos divin doit être le même, car le propos de Dieu ne se distingue pas de la prédestination. Dans le passage que nous venons d’examiner, l'élection se rattache à l’ordre d'intention, mais partout ailleurs, chez saint Paul, c'est l'ordre d'exécution qu'elle concerne. Alors l'élection se confond avec la vocation efficace et tous les fidèles sont élus : « Efforcez-vous, dit saint Pierre, de rendre sûre votre vocation et votre élection!. » — « Je souffre tout pour les élus afin qu'ils parviennent au salut? », dit saint Paul.

Si la prédestination est logiquement postérieure à la prescience et éclairée par elle, il faut en dire autant a fortiori

1,2 Petr. 110, — 9. 9 Tim. 210,

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de l'élection, qui est logiquement postérieure ou tout au plus simultanée à la prédestination. Dieu connaît d'abord, puis il prédestine et élit selon sa sagesse. Le mot « connaître » exprime un acte d'intelligence etil n’y a aucun motif légitime de le détourner de son sens naturel; car ce n’en est certainement pas un de rendre plus mystérieux le mystère des conseils divins. En faisant de la prescience un synonyme réel de la prédestination, on attribue à l'Apôtre cette pensée profonde : « Dieu prédestine ceux qu’il prédestine. » Cependant, bien que la prescience précède et que la prédestination suive, il n’y a point entre ces deux actes une relation de causalité. En d’autres termes, Dieu ne prédestine pas l’homme à la foi parce qu'il a prévu qu'il croira : la foi ni la prévision de la foi ne peut être la cause de la prédestination, puisque, en toute hypothèse, la prévision de la foi suppose la prévision de la grâce librement offerte. D'un autre côté, on ne saurait dire-en toute rigueur que nous croyons parce que nous sommes . prédestinés à croire, car la prévision de la foi est logiquement antérieure à la prédestination. La prédestination n’est qu’un aspect particulier de la providence surnaturelle, comme la prescience de Dieu n’est qu'un aspect particulier de son omniscience. Or il est facile de comprendre que la prévision d'un actelibre, c’est-à-dire sa vision dans l’avenir, esttout aussi peu contraire à la liberté que sa vision dans le présent; que l'acte ainsi prévu arrive infailliblement sans arriver par nécessité ; que la prescience ne change donc rien au cours des événements et ne prouve que l’infinie perfection d’une intelligence déterminée par sa nature à percevoir toute vérité !. Extension du plan divin. — Le plus souvent le plan rédempteur a pour horizon notre globe et pour objet les fils d'Adam. Quelquefois néanmoins les perspectives se reculent; le plan divin s'étend à l’universalité des êtres et la création converge toutentière vers l'humanité du Christ. Il en est ainsi par exemple dans deux textes parallèles qu'il ne faut pas laisser de rapprocher, malgré les différences profondes qui les séparent : Le Christ doit « avoir la primauté en tout; car il à

1. Sur la prescience, l'élection, la prédestination, cf. t, I, p. 336-352.

+ 3 sv. Lt L

plu [à Dieu] de faire habiter en lui toute la plénitude et de réconcilier par lui toutes choses [en les ramenant] vers lui, pacifiant par le sang de sa croix, par lui, [dis-je], soit ce qui est sur la terre soit ce qui est dansles cieux ». — Dieu « nous a fait connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu'il avait formé en lui-même, pour le réaliser lorsque la plénitude des temps serait accomplie, de réunir toutes choses dans le Christ, celles qui sont aux cieux et celles qui sont sur la terre! ». Des deux côtés, Dieu garde l'initiative et tout se fait selon son bon plaisir réglé par sasagesse; des deux côtés, le plan divin, débordant notre sphère, embrasse Les habitants des cieux aussi bien que ceux de la terre; des deux côtés, le Christ est médiateur unique de paix et de réconciliation et il l’est comme homme, par son sang rédempteur, lorsque vient la plénitude des temps ; des deux côtés, est indiqué — ou du moins

-insinué — un retour à un état primitif où l'harmonie et la

concorde n'étaient point encore troublées; des deux côtés enfin, la réconciliation et la pacification universelles dues au Christ ou la réunion de toutes choses en lui servent de prélude à la réconciliation spéciale des païens avec Dieu ou à la réunion des Juifs et des Gentils dans un même corps mystique. Mais là s'arrêtent les ressemblances.

Dans la lettre aux Colossiens, l'idée dominante du passage, comme de l’Épitre entière, est la primauté du Christ. Il doit primer en tout parce que toute la plénitude habite en lui. Plusieurs commentateurs pensent qu'il s’agit de la plénitude de la divinité; d’autres songent à la plénitude de grâces. Mais est-on forcé de choisir et ne peut-on pas laisser à l'expression (räv rktpwy) toute son ampleur, puisque saint Paul ne juge pas à propos dela restreindre? Ce serait alors la plénitude de grâces et la plénitude d’être; car, pour avoir la primauté en tout, le Christ doit être sans pair dans les deux ordres de la grâce et de la nature. Sa primauté se manifeste en ce que Dieu, par sa médiation, réconcilie et pacifie toutes choses. Les exégètes qui traduisent : « Il s’est réconcilié à lui-même toutes choses » (ais abrèv, comme s’il y avait

1. Col. 119-20; Eph, 19-10, Voir la note à la fin du chapitre.

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cle Eavrév, où plutôt £awr&) sont fort embarrassés pour faire accorder cette affirmation de Paul avec la réalité. La difficulté disparaît dès qu'on rétablit le vrai sens du texte : «Ila plu à Dieu de réconcilier par lui toutes choses en lui », c’est-à-dire par le Christ et dans Le Christ. La locution eiç abrév n’équivaut pas à ar®, elle garde sa valeur prégnante et signifie : réconcilier toutes choses par la médiation du Christ (à adroü), en les dirigeant vers lui comme à leur fin et en les faisant converger vers lui (eiç aisé) comme à leur centre commun. Du moment qu'il ne s’agit pas d’une réconciliation des choses avec Dieu mais d’une réconciliation des choses dans le Christ, l’universalité affirmée par l'Apôtre n’est plus une énigme et il n’y a nul motif de refuser à la préposition composante (aroraraNdEu, reconciliare) sa valeur propre, celle d’un retour à un état antérieur de concorde, avant l'apparition du péché. Toutes choses retrouvent désormais leur harmonie primitive, en tant que toutes se rapportentau Christ, comme à leur centre et à leur fin. La condition ou la résultante de la réconciliation des choses est leur pacification. Paul ne parle pas d’une pacification mutuelle des choses du ciel avec les choses delaterre — l'expression qu'ilemploie (aire. etre) S'y oppose — il parle d’une pacification générale de tous les êtres entre eux soit sur la terre soit au ciel. Tousles êtres sont pacifiés comme ils sont réconciliés dans le Christ qui est leur centre de gravitation et leur foyer de convergence. Le Christ les pacifie en les réconciliant et les réconcilie en les pacifiant.

Dans le passage parallèle de l'Épitre aux Éphésiens, Le secret de la volonté divine, qui doit être réalisé à la plénitude des temps, se formule ainsi : évaxcpahawoaotar Tù Tévra y ro Xpuro. Les commentateurs se partagent entre trois explications principales : — 1. Réparer, renouveler et recommencer toutes choses dans le Christ. — 2. Résumer et récapituler toutes choses dans le Christ. — 3. Réunir et ramener à l'unité toutes choses dans le Christ.

La première interprétation, suggérée aux Pères latins par la version instaurare omnia in Christo et adoptée aussi par quelques Pères grecs, bien qu’elle soit d'une irréprochable théologie, ne parait pas rendre toute la pensée de l’Apôtre.

Outre qu’elle est assez difficile à justifier au point de vue du lexique grec, elle insiste indûment sur un point accessoire — le retour à un état primitif — au détriment de l’idée essentielle. La seconde explication échappe à ces objections. Le sens ordinaire de ävax:gahao5y est certainement « résumer, récapituler » et c’est aussi le sens dans l’autre exemple de saint Paul où il est dit que tous les préceptes « sont résumés » dans la charité. Mais comment toutes choses sont-elles résumées, récapitulées, dans le Christ? Est-ce parce qu'il réalise toutes les prophéties et toutes les figures de l’ancienne alliance, comme le veut saint Jérôme, ou bien parce que sa double nature contient en abrégé et d’une manière excellente la perfection de tous les êtres? Il faut avouer qu'aucune des deux alternatives n’est bien satisfaisante et qu’elles cadrent mal avec l’objet reconnu de notre Épitre qui est de présenter le Christ comme un principe d'unité. C'est pourquoi beaucoup d’exégètes inclinent vers la troisième explication et tous l’accepteraient sans doute si elle leur semblait autorisée par le vocabulaire. On peut montrer que leurs serupules sont sans fondement. Dès lors, plus d’embarras. Le péché du premier homme, nous le savons par saint Paul, avait produit dans la nature entière un désordre, une scission, un conflit de tendances hostiles. Jésus-Christ rétablit entre tous les êtres la concorde et l'union parce que tous se rejoignent en lui comme dans leur chef naturel.

La première étape de l'humanité. — Une fois arrêté le plan du salut, pourquoi en différer l'exécution? Puisque l'homme ne peut pas se relever seul, à quoi bon lui faire expérimenter son impuissance? Quelle gloire peut rendre à Dieu un délai fatal à tant de victimes? On répond que la mission du Christ ayant un effet rétroactif, la valeur de sa mort rédemptrice rejaillit donc sur les générations antérieures. Comme il y eut des justes avant le Christ et qu'ils n'ont pu l’être que par le Christ, médiateur universel de la grâce, les saints de l'antique alliance sont des fruits

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anticipés du Calvaire. Mais si l’Apôtre nous autorise à tirer ces conclusions il ne les tire pas lui-même. Il se contente de faire appel au « propos » de Dieu qui se déroule « le long des siècles! »; tout au plus invoque-t-il le besoin providentiel de laisser les temps arriver à leur plénitude et le genre humain atteindre sa majorité ?. C'est une loi de la nature d’aller par degrés à la perfection et l’homme ne parvient à l’âge mûr qu'en passant par l'enfance et par la jeunesse. Dieu n’a point dédaigné de se plier à ces harmonies, parce qu'elles font davantage éclater sa miséricorde et sa sagesse. IL conduira donc l’homme à son point terminal par quatre étapes successives : la loi de nature, le temps des promesses, la période de l’alliance, l’ère de la grâce. Ainsi la providence mène l'humanité de progrès en progrès. Cette idée très biblique, dont se sont inspirés deux des plus beaux livres sortis de la main des hommes, est ce qu’on est convenu d'appeler, en saint Paul, la philosophie de l’histoire et ce qu’on nommerait beaucoup plus justement sa théologie de la providence.

La création du premier couple humain ouvre l’histoire religieuse de l’humanité. Saint Paul ne nous dit pas quelle eût été la condition de l’homme sur la terre si l’homme n’avait pas péché. Pas plus que ses collègues, il n’aime à explorer les régions nébuleuses des possibilités ou des hypothèses et rarement il porte ses regards au delà de l'horizon réel. Il lui suffit de nous renvoyer au récit de la Genèse qui dérive de la désobéissance d'Adam la perte de l'amitié divine, la mort et le penchant au mal. Il ne fait aucune allusion à une révélation primitive; car la révélation par laquelle les païens apercevaient Les attributs de Dieu dans le miroir du monde sensible est une révélation naturelle, inhérente à l'intelligence#, et la connaissance qu'ils eurent de la loi éternelle

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