‹ La théologie de Saint PaulChapitre 4 sur 630 · I. DE LA THÉOLOGIE BIBLIQUE · texte numérisé non relu

I. DE LA THÉOLOGIE BIBLIQUE

Limites. — Dans son sens le plus général la théologie est la science de la religion révélée. Elle prend le nom de théologie positive quand elle s'applique à faire l'inventaire du dogme, sans s'interdire d’en tracer le développement historique. Si, après avoir coordonné les éléments de la révélation, elle enrichit ce fonds de conclusions rationnelles pour en faire un vaste et harmonieux édifice dont toutes les parties se soutiennent et

se commandent, c’est la scolastique. La théologie biblique

n’est qu’une section de la positive. Des deux sources de la vérité révélée — Écriture et tradition — elle ne puise qu’à la première. Recueillir les résultats de l'exégèse, les rapprocher et les comparer, les mettre à leur place dans l’histoire de la révélation dont elle s'efforce de suivre la marche ascendante, fournir ainsi à la scolastique une base sûre et des matériaux

tout préparés : tel est son rôle. En deux mots, la théologie | biblique est le fruit de l’exégèse et le germe de la scolastique. |

Mais elle n’est ni la scolastique ni l’exégèse. Celle-ci étudie les textes particuliers sans trop s'inquiéter de leurs rapports : elle procède par analyse. La théologie biblique unit l’analyse à la synthèse, car elle doit vérifier les résultats de sa devancière avant de les employer à la reconstruction d’un système, ou plutôt d’une pensée; mais c'est la synthèse qui la caracté-

rise. D'un autre côté, la scolastique n’est que la mise en œuvre par la raison des faits acquis de la théologie positive. Sans ce fondement elle reposerait sur le vide. Il faut que la théologie biblique la précède et l’éclaire, mais en se gardant bien d'empiéter sur son objet et d'emprunter sa méthode dont le procédé ordinaire est la déduction. On peut dire que la théologie biblique s'arrête là où la scolastique commence et qu'elle commence elle-même là où l’exégèse finit.

La théologie biblique serait protestante si elle avait la prétention d’être toute la théologie : protestante en principe, car par une heureuse inconséquence, jamais les luthériens ni les calvinistes, pas plus que les anglicans, ne se sont exclusivement renfermés dans la théologie biblique. Elle serait rationaliste, si elle se mettait en contradiction avec elle-même ou avec les autres données de la révélation. Guidée par le magistère infaillible, qu'il s'exprime par les définitions de l'Église ou par la tradition légitime, elle ne saurait viser à l'autonomie absolue. Toutefois il ne faut pas qu'elle cherche dans les écrits inspirés toute la doctrine catholique avec son degré actuel de clarté et de certitude. Ce serait oublier la thèse élémentaire de la vie du dogme. Enfin elle doit se souvenir que la théologie d'un auteur — fût-ce saint Paul lui-même — n’est pas toute la théologie; qu’elle ne couvre qu'une portion plus ou moins exiguë du vaste champ de la révélation écrite; qu'on y remarquera donc des lacunes et des solutions de continuité, des manques d'harmonie ou de proportion. Tous les livres du Nouveau Testament sont dans quelque mesure des ouvrages de circonstance; et c'est peut-être le cas pour ceux de Paul plus que pour les autres. Ses Épîtres sont moins le prolongement régulier de sa prédication, qu'un moyen extraordinaire, presque anormal, de parer à des difficultés imprévues et de faire face à des besoins locaux. Eüt-il été plus à portée des Galates, il ne leur aurait probablement pas adressé sa lettre. Les désordres et les divisions de Corinthe nous ont valu sans doute les deux Épitres aux Corinthiens. Même l'Épître aux Romains, la plus dégagée de toute polémique, doit peut-être son existence au péril judaïsant. Car Paul a reçu mission de prêcher, non de baptiser ou d'écrire, et quand, sous l'inspiration divine, il prend

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