‹ La théologie de Saint PaulChapitre 400 sur 630 · Rom. 1116, — 3. Rom. 32. Cf. t. I, p · texte numérisé non relu

Rom. 1116, — 3. Rom. 32. Cf. t. I, p

4. Sur le rôle et l’imperfection de la Loi, voir t. I, p. 246-250.

THÉOLOGIE DE SAINT PAUL, — T. Il. 10

dépendre de la Loi. Celle-ci n’a pas guéri les Juifs de leurs passions: elle n’a opposé au débordement du mal qu’une digue impuissante. On ne pouvait pas en espérer davantage. Car, au fond, qu'est-ce que la Loi? C'est une lumière et une barrière, une lumière qui montre la voie, une barrière qui défend d'en sortir : lumière inopportune pour une volonté chancelante, barrière provocatrice pour une volonté perverse. La Loi apporte une obligation nouvelle sans un secours nouveau: elle ne peut donc que manifester, aggraver, multiplier le péché?. Et c’est un fait d'expérience vulgaire. L'homme en présence de la Loi éprouve des instincts de révolte et il sent en même temps que l'appui offert à la Loi par la raison n’est pas un contrepoids suffisant. Il ne fait pas le bien qu'il aime et il fait le mal qu’il abhorre. S'il ne comprend rien à ce phénomène contradictoire, il n'a pas de peine à le constater. 11 se rend compte aussi que la Loi n'est pas la cause du mal, qu’elle n’en est que l’occasion; mais conscient tout de même de l'insuffisance de la Loi, il cherche une aide en dehors d’elle et se tourne vers la miséricorde?. Ici intervient le principe théologique. On pourrait concevoir un autre ordre de providence où la Loi justifierait : « Si une Loi avait été donnée qui fût capable de justifier, la justice serait vraiment par la Loié. » Mais, dans l’économie actuelle, le salut de l’homme dépend de la grâce et l’homme n’a pas le droit de s’en glorifier5. Or, si la Loi seule justifiait, l'homme pourrait se glorifier d’avoir accompli par ses propres forces une magnifique prouesse; si la Loi seule justifiait, nous n'aurions pas besoin du Christ et « le Christ serait mort en vain ».

Saint Paul déclare que la Loi « est incapable de justifier » et il dit que « ceux qui auront observé la Loi seront justifiés? ». 11 assure que la Loi fut donnée « pour (conduire à) la vie » et il affirme qu’elle fut surajoutée « pour (augmenter) les transgressions$ ». N'y a-t-il point dans ces assertions contradiction flagrante? Nullement. La Loi par elle-même est incapable de justifier, mais les Juifs ne furent jamais laissés

4. Rom. 77-9. — 2, Gal. 31%; Rom. 520. — 3. Rom. 76-25, — 4, Gal. 321. 5, Gal. 614; Rom. 327; 42; Eph. 2 — 6. Gal. 2?1. 7. Gal. 321 (cf. Rom. 8°) et Rom. 21° 8. Rom. 710 et Gal. 319,

avec la Loi seule; avant la Loi, existaient la foi et la promesse divine que l’arrivée de la Loi ne supprima point. Ceux qui accompliront la Loi seront justifiés ; mais, s’ils l’accomplissent, c'est à la grâce, non à Loi, qu'ils le devront. Dieu, en donnant la Loi aux Hébreux, qui étaient déjà les dépositaires des promesses faites à Abraham, voulait leur conférer la vie surnaturelle, non par la Loi seule qui en était incapable, mais par la grâce qui coexistait à la Loi comme un principe extérieur etindépendant. C'était là son intention première; quand elle eut été frustrée par la faute des Juifs, Dieu sanctionna le fait accompli pour en tirer le meilleur parti possible. Il voulut que le péché abondât par la Loi afin de faire surabonder la grâce!. Les deux finalités ne sont donc point contraires parce qu’elles se meuvent sur un plan différent.

On peut voir par ce qui précède que la doctrine de saint Paul relativement à la Loi mosaïque est d’une assez grande complexité. Essayons d’en marquer les principaux traits :

1. Comme expression de la volonté divine, la Loi est bonne, sainte et spirituelle?; mais considérée en elle-même, elle n’est qu’une lumière éclairant l'intelligence sans affermir la volonté, qu'une barrière provoquant l'esprit de révolte sans l’arrêter efficacement ; elle est donc pour un être corrompu une cause accidentelle de transgressions et c’est en ce sens qu’elle multiplie le péché et qu'elle engendre la colères.

2. Au point de vue historique, la Loi venait après la promesse gratuite, absolue, universelle, éternelle, qu’elle ne pouvait ni annuler, ni supplanter, ni limiter, ni compléter, ni cestreindreé. Elle était donc de sa nature temporaire et locale, destinée à un peuple unique et pour un temps déterminé.

8. Il n’en faudrait pas conclure qu'elle fût nuisible ou inutile. C'était un bienfait de Dieu et une prérogative d'Israël, non seulement comme révélation mais comme intimation du vouloir divin’. Bien observée, elle eût été une source de mérites et une cause de justification 6. C’est même ce que Dieu avait d’abord en vue en l’octroyant : elle était donnée pour

1. Rom. 520. — 2. Rom. 712 (&yos); 14 (nveupatuxds) 16 (xaÀGc). 3. Rom. 515-20; Gal. 314, — 4. Gal. 321, 5. Rom. 9 (vouofecia). — 6. Rom. 215.

conduire à la vie éternelle. Car si par elle-même elle ne confère point le privilège de la foi et de la grâce, elle ne l'ôte pas non plus; or elle était proposée à un peuple déjà en possession de la promesse d'où pouvait dériver le secours nécessaire à l'observation salutaire de la Loi.

4. Cependant cette première fin de la Loi fut déjouée par . l'endurcissement des Juifs. La Loi n’opposa en fait qu'un obstacle impuissant à l’irruption du péché et au débordement du mal?. Dieu la maintint néanmoins pour des motifs dignes de sa sagesse. Il en fit une gardienne jalouse de préserver ses sujets des contacts dangereux, une institutrice chargée de les mener au Christ. Et si le rôle pédagogique de la Loi fut surtout négatif, elle n’en eut pas moins l'honneur d’être la dépositaire du monothéisme et de la vérité révélée*.

5. Mais elle portait en elle-même des germes multiples de caducité. Le régime de la Loi devait finir de mort naturelle

quand arriverait l'âge mür du genre humain“, quand vien-,

drait le moment fixé par Dieu à l'émancipation du monde’, quand sonnerait l'heure marquée pour l’accomplissement de la promesse faite au père des croyants, quand apparaitrait le Christ qui est sa fin et sa limite, quand serait inaugurée l’économie de la grâce avec laquelle il est incompatible.

Les éléments du monde et la plénitude des temps. — Ainsi l'humanité en marche s’instruit et progresse comme un homme qui vivrait toujours. Cet être collectif, cherchant obseurément sa destinée et ne la trouvant que dans le Christ, est pour saint Paul le monde : le monde qu’envahit jadis le péché’, quise targue en vain de sagesse$, que Dieu travaille à se réconcilier dans Le Christ®, qu’il oblige à se déclarer débiteur envers la justice divine !°, qu'il jugera un jour en compagnie desélus !!. L'instruction qu'il recueille au cours des siècles et dont ilest si fier n’est, auprès de la science du Christ, qu'une éducation rudimentaire, comparable à l'alphabet qu'on enseigne aux petits enfants, et saint Paul lui donne le nom si-

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