‹ La théologie de Saint PaulChapitre 405 sur 630 · I. ÉVOLUTION SÉMANTIQUE DU MOT ototyetoy · texte numérisé non relu

I. ÉVOLUTION SÉMANTIQUE DU MOT ototyetoy

Le premier exemple certain de sroryetey se trouve dans Aristophane : btav % dexérouv rd ororxetoy (Assemblée, 652); ce que le scoliaste explique ainsi : « Lorsque l'ombre du cadran solaire aura dix pieds ». Mais ne serait-ce point, au sens propre, l'aiguille même du cadran? On comprendrait mieux de la sorte le sens de « colonne, soutien. stèle, statue », que sroretoy semble bien avoir dans quelques cas exceptionnels. Quoi qu'il en soit, au moment où le mot devient commun dans la littérature grecque, il possède déjà deux acceptions courantes, sans qu’on puisse dire à laquelle appartient la priorité. On appelle otoyeta les lettres de l'alphabet, non pas tant comme signes que comme sons, non commé éléments de l'écriture (ypépuara) mais comme éléments de la parole (Denys d'Halic., De comp. verb. 14); et l’on appelle aussi gtotyetx les éléments dont se compose le monde matériel. Les philosophes physiciens de l’ancienne école ionienne ne distinguaient pas entre les élements et les principes des corps : tels Thalès de Milet (dans Plutarque, De plac. philos., Œuvres morales, p. 875 D), Anaximandre (dans Diogène Laërce, 1, 2) et Leucippe (dans Stobée, Æcl. phys. 1, 10, édit. Meinecke, p. 81). Ce fut, dit-on, Empédocle qui le premier fixa le nombre des éléments à quatre : le feu, l'air, l’eau et la terre, réservant le nom de principes aux causes de leurs mouvements qui sont, d’après lui, l'amitié et la discorde; mais c’est peut-être Platon (Sophist. 252 B; Tim. 48B), comme l’assure Eudème, qui s’est le premier servi en ce sens du mot otoyetx, parce que le mot EXtuara, employé par Empédocle, était étranger à la langue attique. Voif Diels, Die Fragmente der Vorsokratiker, Berlin, 1908, p. 166-169. A partir de cette époque, la différence entre éléments et principes est généralement reconnue mais diversement expliquée. Ainsi, à côté des quatre éléments, Zénon plaçait deux principes: Dieu et la nature (Stobée, loc. cit. p. 81); Aristote nommait principes la forme, la matière et la privation et ajoutait un cinquième élément : l’éther (/bid. p. 82). Plus tard, les épicuriens appelèrent ororyeta les atomes (Lucrèce dit elementa).

Le sens d'alphabet donna naissance à une acception métaphorique en vertu de laquelle les éléments (sroryeta) furent les rudiments, les premiers principes et pour ainsi dire l'alphabet et l’a b c d’une science ou d’un art. Cette signification, qui remonte au moins à Isocrate et que les Éléments d'Euclide durent contribuer à vulgariser, était fort commune à l’époque néo-testamentaire où l'on disait aussi gtotyetobv pour « enseigner les rudiments » et ororyelwax pour « instruction, éducation ». Voir

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les exemples dans Passow. Tout le monde sait que elementa possédait en latin la même acception figurée (Horace, Sat. I, 1, 20), que nous rencontrons aussi dans dans l’Épitre aux Hébreux (51 : réliv ypelav Eyete T0 Ouddareuw buds Tux Th ororyeïx tie apyñs Tüv hoylwv Toÿ Ocoë). Jusqu'ici nous sommes en plein sur le terrain classique.

. Une acception nouvelle s’introduisit plus tard sous l'influence de l’astrologie, en grand honneur dans les écoles stoïciennes comme dans les écoles pythagoriciennes. On prit l'habitude de désigner les sept planètes par les sept voyelles de l'alphabet grec et de les appeller « les éléments célestes » (tà atoretx odpdvia). Voir Diels, Elementum, eine Vorarbeit etc., Leipzig, 1899, p. 44. On étendit ensuite cette appellation à toutes les constellations et aux douze signes du Zodiaque, à moins que signes et constellations n’aient été d’abord nommés ainsi comme étant les éléments primordiaux dont le ciel se compose. Il n’est pas du tout certain que cet usage remonte jusqu’à l’ère chrétienne. On cite quelquefois à l'appui de cette ancienneté un vers de Manéthon le poète, qui vivait environ trois cents ans av. J.-C. (Apotelesmatica, 1v, 624, dans la collection Didot ou bien édit. Kœæchly, Leipzig, 1868) : Tadra tot obpaviowv &otpwv ovoryeta rérutat. Mais il est aisé de voir que Manéthon n’appelle pas les astres otouysïa. Le premier exemple connu de cette acception se lit dans Diogène Laërce (vi, 9) qui raconte, d’après Hippobotos, que Ménédème, entre autres excentricités, portait sur la tête un chapeau arcadien sur lequel étaient tissés les douze signes du Zodiaque (Tr dbèexx srouysta), mais il n’est pas sûr que l'expression elle-même soit d'Hippobotos et, le serait-elle, nous n’atteindrions pas encore le temps de S. Paul. Quoi qu’il en soit, à partir du second siècle de notre ère, les exemples abondent : S. Justin parle des éléments célestes (ta oùodvia otouysta, Apol. 11,5; cf. Tryph. 23); Polycrate d'Ephèse, dans sa lettre au pape Victor, appelle les apôtres Jean et Philippe peydha ototyeta (dans Eusèbe, Hist. III, xxx1, 3); voir aussi Athénagore, Apol. 16; Théophile,

. Ad Autol. 1, 4 (htos ra oshfvn nai aotépes srotyeta eslv); Cf. 1, 35. Cette

acception du mot est passée en latin et se trouve dans Lactance (/Znstit. 1, 6) et dans S. Jérôme (Epist. Cxx, 4 : Omnis hebdomada.. quam ethnici idolorum et elementorum nominibus appellant).

Dans la suite, la dérivation est plus difficile à suivre; mais elle devient aussi moins intéressante pour nous à mesure que nous nous éloignons de l’âge apostolique. L'opinion universelle était alors que les astres étaient animés. Il était donc tout naturel de désigner par orotyetov non seulement l’astre lui-même mais l’esprit qui l’habite ou plutôt l’influence occulte qu’il est censé produire. Grâce aux progrès de la magie, on appela ainsi toute influence mystérieuse bonne où mauvaise, astrale ou autre. Le oroyetoy devient « un charme, un talisman » et forme les dérivés otoryeuwôv (opérer un enchantement), ototyelwots, otoryeuwwmatixol. Les exemples de ce sens abondent dans la littérature byzantine. Voir Sophocles, Greek Lexicon. Enfin les Grecs de nos jours donnent ce nom à tout ce dont leur superstition redoute l'influence, aux génies des bois et des eaux, aux revenants, au mauvais œil. Une source enchantée est pour eux osroewwuevo rnyéèt, une maison hantée, aroyewuevo oxre. Cf. G. F. Abbott, Macedonian Folklore, Cambridge, 1903, p. 249-250. La première origine de ce sens peut être relativement ancienne. Cf. Apotelesmata Apollonii Tyanensis, édit. Nau, dans la Patrol. syriaca de

Graffin, t. Il, p. 1376-7 (à telle heure, on enchante tout stotyetoy des oiseaux, des ‘serpents, des quadrupèdes).

L’échelle des acceptions s'établit donc ainsi :

A) Ombre (ou aiguille) du gnomon..... Aristophane. B) Éléments des corps ................ Platon.

C) Éléments de l'alphabet ............. ve s. av. J.-C. D) Hléments des sciences, des arts..... Isocrate.

E) Éléments célestes, planètes, zodiaque. 1e s. apr. J.-C. F) Influx astral ou magique............ Epoque byzant. G) Tout ce qui peut jeter un sort...... Grec moderne.

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