IV. LES ÉLÉMENTS DU MONDE DANS SAINT PAUL
Des deux textes où sont mentionnés les éléments du monde, il faut commencer par le plus ancien, qu’il soit ou non le plus facile. C’est une question de méthode dont un exégète ne doit pas se départir.
1. Les éléments du monde dans l’Epiître aux Galates (Gal. 43°8-10).
A) 43 : OÙruc ai pet, Ita et nos
ÊTE AULEV VATLOL, cum essemus parvuli, Ünd Tà otouyeta TOÙ xOGHLOU sub elementis mundi Hu.e0œ dcdovhwwevot eramus servientes.
Contrairement à l’opinion commune, certains commentateurs soutiennent que la première personne du pluriel (quets, fuv, us0a) comprend à la fois Juifs et Gentils, comme plus bas 4; mais il faut décidément leur donner tort, car : a) 67e fuev vÂntor répond évidemment à 6 vduos rnatddywyos nv yéyovev (32). — b) bnd Tr roryeta roù x6ouou Aweôx dedoulwuévot répond non moins clairement à dx vouov ëppo upoëue@« ouyxheduevor (3%). — c) Avant la plénitude des temps, les Gentils n'étaient pas héritiers, même en espérance (Eph. 21) ; les Juifs seuls étaient détenteurs des promesses (Rom. 9), qui devaient avoir leur effet lors de la venue du Messie. — Il en résulte de toute manière que dans ce verset il n’est question que des seuls Juifs et que les éléments du monde sous lesquels ils étaient asservis représentent les institutions mosaiques.
B) 48 AN tôte pèv oùx eidétec Oedvy 8 Sed tunc quidem ignorantes Deum,
ébovheüoarte totç pÜaet ph oÙor Beolc* iis, qui nätura non sunt dii, servie- ; À batis.
9 vüv OÈ yvévrec Océv, 9 Nunc autem cum cognoveritis | ! e : Deum, pä&)oy DE yvwoBévres dTd Oeod, immo cogniti sitis a Deo mc ÉTLOTPÉPETE TAXUW ËRÈ quomodo convertimini iterum ad Ta &oev} Lai TTWYÀ oTUuyEiX, infirma et egena elemenla, oëc nav &vwev Ooukedout Bédete ; quibus denuo servire vultis?
10 fuépas naparnpeiobe «th. 10 Dies observatis etc.
Les Galates judaïsants étaient en grande majorité païens avant leur conversion au christianisme ; ils servaient les faux dieux (48). Or ils veulent revenir (ëruoroépete), de nouveau (rxékuv), pour les servir derechef (ré), comme autrefois (ävwôev), aux éléments faibles et misérables (4). À première vue on serait tenté d'identifier ces éléments avec les faux
dieux; mais on s’aperçoit vite que cette identification est absolument impossible, car : a) Rien dans l’Épître n'indique la moindre propension des Galates à retomber dans l’idolâtrie. — 6) S’il en était ainsi, l’Apôtre ne manquerait pas de les reprendre avec indignation, lui qui blâme avec tant de sévérité leurs pratiques judaïsantes. — c) D’ailleurs il ne nous laisse pas ignorer ce qu’il entend par ce retour : « Vous observez, dit-il, les jours, les mois, les saisons, les années »; c’est-à-dire, vous vous assujettissez aux prescriptions mosaïques ou à des prescriptions similaires, et c’est là ce que j'appelle revenir aux éléments du monde.
On objecte que les éléments du monde sont des êtres personnels ; car : a) ils sont comparés à des tuteurs et à des intendants ; 8) ils sont appelés pauvres et infirmes ; y) les Galates leur sont assujettis comme ils étaient autrefois assujettis aux idoles. — Il faut être bien dépourvu d'arguments pour recourir à des raisons si fragiles qu’on aurait beaucoup de peine à prendre au sérieux si elles n’étaient avancées avec tant d'assurance par les champions des esprits élémentaires. En effet : æ) La Loi elle aussi est comparée aux tuteurs et aux intendants; elle est même appelée pédagogue (Gal. 3%) sans devenir pour cela une per sonne ; f) l’Epître aux Hébreux (71#) mentionne l’infirmité et l'inutilité de la Loi sans lui conférer pour cela la personnalité et l'adjectif TTWY06 s'applique souvent aux choses; y) enfin si les éléments du monde deviennent des êtres personnels parce que les Galates leur sont asservis comme üls l’étaient jadis aux faux dieux, pour la même raison le ventre deviendra une personne en vertu de ce texte, Rom. 1618 : « Christo Domino nostro non serviunt sed suo ventri ». La pensée de l’Apôtre est simple : « Autrefois, ignorant Dieu, vous serviez des êtres qui n’avaient rien de divin; mais maintenant, connaissant Dieu, pourquoi vous assujettir à des choses si vaines? » Le contraste est entre l'ignorance d'autrefois et la science d’aujourd’hui qui les rend plus inexcusables ; l'accent est sur le mot « servir » (doukebetv) qui désigne le service du vrai Dieu : « Nolite fieri servi hominum » (1 Cor. 73).
2. Les éléments du monde dans l'Épitre aux Colossiens (Col. 28-20-21
A) 28 : Bhénete uf Tic Éotar 6 ov- Videte ne qui vos decipiat Aaywoy@y ;
Buù the puhocopias noi xEvAS ATÉTN per philosophiam et inanem fallaciam
xaTà Tv Tapadocty Tov &VÜpOTEV, secundum traditionem hominum,
LaTÈ Ta GTOLXETX TOÙ xÉGHOU secundum elementa mundi
xai où xaTra Xpiotv. et non secundum Christum.
Les éléments du monde ne sauraient être plus clairement définis, d’un côté par leur synonymie avec la tradition des hommes, de l’autre par leur opposition au Christ. La synonymie entre éléments du monde . ettradition des hommes est encore plus remarquable si l’on réfléchit ‘que le monde signifie souvent chez S. Paul l'humanité et que tout dans le texte converge vers l’idée d'enseignement et de doctrine philosophique (d1à ris prhocoplas), traditionnelle (uarà Ty rapddosty) : élémentaire (xaTa à ororyeta). C’étaient les pratiques judaïsantes préchées par les faux docteurs de Colosses. Qu'on n’objecte pas que la loi ne saurait être représentée comme une tradition humaine puisqu'elle est une institu -
tion divine. Le Christétant la fin de la Loi, les prescriptions mosaïques, après la venue du Christ, n’ont plus que la valeur de traditions humaines. D'ailleurs, en fait, les judaïsants de Colosses mélaient aux observances mosaïques des pratiques d’un ascétisme arbitraire. À ce point de vue, S. Paul parle comme S. Marc (7).
B) 220 : Et anefévete oùv Xpiot 20 Si ergo mortui estis cum Christo
anèrTovorouyelwv Toù xéouou, | ab elementis hujus mundi :
ré de Lovrec ëv xéouw doyuatiteote; |quid adhuc tanquam viventes in mundo decernitis?
21 ph dy unèè yon unèè biync, 21 Ne tetigeritis, neque gustaveritis, neque contrectaveritis
& êon mévra elc popàv tÿ éroypñoe, | quæ sunt omnia in interitum ipsO usu,
sara Tà évréauara ai Gdacxahlas secundum præcepta et doctrinas
Toy &vOporwy. hominum.
Le sens des éléments du monde est déterminé de trois manières : a) par le mot xdopos, — b) par le mot üoymatlteode, — c) par les préceptes énumérés au v. 11.
a) « Si vous êtes morts aux éléments du monde, pourquoi vous laissezvous imposer des lois comme sivous viviez dans le monde ? » Pour que le raisonnement tienne, il faut que le monde soit pris au même sens des deux côtés, et ce ne peut pas être le sens physique, car il n’appartient point aux Colossiens de mourir au monde ainsi entendu; c’est donc le monde moral, c’est-à-dire l'humanité sans le Christ et soumise à des influences autres que celles du Christ. — 6) Les lois que les Colossiens subissent sont contenues dans les éléments du monde comme la partie dans le tout; car en mourant aux éléments du monde ils meu-. rent ipso facto à ces prescriptions humaines, arbitraires ou caduques. — c) Ces prescriptions, qui font partie des éléments du monde, sont expressément définies et énumérées. Ce sont « les préceptes et les traditions des hommes » et elles se formulent ainsi : « Ne prenez pas, ne goûtez pas, ne touchez pas. » — Bref, ici comme partout, les éléments du monde sont des doctrines et des coutumes opposées à l’enseignement du Christ; et la Loi mosaïque elle-même, après son abrogation, peut être comprise sous cette appellation.
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