‹ La théologie de Saint PaulChapitre 408 sur 630 · I. LE CHRIST AVANT LES SIÈCLES · texte numérisé non relu

I. LE CHRIST AVANT LES SIÈCLES

Paul et le Christ. — « On est surpris, dit Beyschlag, après la christologie plus simple des premiers apôtres, d'entendre Paul attribuer au Sauveur une préexistence céleste avant sa naissance terrestre et même une participation à la création du monde !. » L’étonnement des historiens du dogme peut tenir en partie à une connaissance imparfaite ou à une appréciation inexacte de la théologie des premiers apôtres, mais le fait lui-même n’en reste pas moins déconcertant pour qui veut réduire la grandeur du Christ aux dimensions humaines. Et il l’est plus encore si l’on tient compte de ces deux choses : que saint Paul a été le premier à fixer par écrit la croyance chrétienne et que sa christologie n’a jamais été l’objet d'une controverse. Car le fait est indéniable et il est reconnu, de bonne foi, par les critiques les moins enclins à défendre les positions traditionnelles. C’est ce qui donne tant d'intérêt à la christologie de saint Paul.

La manière dont le pharisien converti parle de Jésus de Nazareth, ce novateur religieux mort naguère sur une Croix,

1. Beyschlag, Neutestam. Theologie?, t. II, p. 77. — Voir les notes Ga, p. 189-190 et Hs, p. 191-197.

dont hier encore il se faisait une gloire et un devoir d’anéantir l'œuvre et d’abolir Le nom, est un phénomène étrange qui parait contredire toutes les lois de la psychologie et toutes les analogies de l’histoire. Paul, ce fier génie, si conscient de sa dignité, si dédaigneux des idoles de chair et de sang, est en extase et en adoration devant son Maître. IL veut être son homme-lige, son esclave ; et aussi l’esclave de ses frères pour l'amour de lui!. Il ne souffre pas qu’on le mette en parallèle avec rien de créé. Plus haut que les cieux, plus vaste que l'univers, plus puissant que la mort, seul vainqueur du péché, seul médiateur de la grâce, seul rédempteur du genre humain, le Christ efface tout de son éclat, il remplit tout de sa plénitude, il est antérieur aux siècles?. Aussi tout genou doit fléchir devant lui, au ciel, sur la terre et dans les enfers, car les plus parfaits des esprits célestes reconnaissent en lui leur chef, leur créateur et leur Dieu. Tel est le tableau que l’Apôtre, au lendemain de la passion, fait de Jésus aux témoins de sa vie et de sa mort, àses persécuteurs et à ses bourreaux.

Quelles proportions colossales a prises subitement dans l’esprit de Saul l'image du Crucifié! La transcendance de cette image est telle qu’elle ne peut plus croître : on n’ajoute pas à l'infini. Tous nos efforts pour en suivre le développement graduel demeurent vains. Dès le premier instant de sa conversion, le Christ est pour lui l’incomparable, l'unique : rien au-dessus et rien à côté. Et ce n’est point aux dépens de la nature humaine. Jésus-Christ n’est pas un personnage de rêve. C’est un être bien réel, toujours vivant dans la mémoire de ses disciples qui répètent ses paroles et se modè- Jent sur ses actes. Lorsque Saul devint chrétien, quatre ou cinq ans tout au plus s'étaient écoulés depuis la passion; quand il inaugura sa prédication publique, il n’en était

1. Rom. 11; Gal. 110, Phil. 11 (doÿdos ‘I. X.); 2 Cor. 45 (nos servos vestros per Jesum, c.-à-d. propter Jesum, üà ’Incoùv). — Le titre de serviteur du Christ, qui convient à tous les chrétiens (Eph. 66; Col. 412; 2 Tim. 224), doit être rapproché de cette injonction : Pretio empti estis, nolite fieri servi hominum (1 Cor. 723).

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