‹ La théologie de Saint PaulChapitre 415 sur 630 · Joel 35 (222): 109 1 QU2 NIPITIUN · texte numérisé non relu

Joel 35 (222): 109 1 QU2 NIPITIUN

c'est le Christ et l’Apôtre peut ainsi commenter ce texte : « Pas de différence entre le Juif et le Grec, puisqu'ils ont tous le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent; car [il est écrit] : quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé!. » Le salut, attaché autrefois à l’invocation du nom de Jéhovah, est maintenant attaché à l’invocation du Christ et, pour Le prouver, Paul s’autorise de la parole du prophète. Il s'ensuit en bonne logique qu'à ses yeux le Christ est un avec Jéhovah. Comment expliquer autrement le discours qu'il adresse aux anciens d'Éphèse : « Veillez sur vous et surtout le troupeau dontleSaint-Esprit vous a constitués gar diens, pour gouverner l'Église de Dieu qu'il s’est acquise par son propre sang2. » Cette phrase scandalisa de bonne heure des théologiens pusillanimes, qui lui firent subir diverses corrections dont l’une, consistant à substituer le nom de « Seigneur » au nom de « Dieu », afini par envahir la plupart des manuscrits grecs. Les critiques modernes, de leur côté, recourent aux hypothèses les plus extravagantes pour ne pas laisser dire à Paul que « Dieu s’est acquis l'Église par son propre sang ». Mais l’'Apôtre n'a nul besoin de leur assistance. Son langage en cet endroit n’est pas plus extraordinaire qu’en maint autre passage. Il se borne, selon sa coutume, à identifier Jésus-Christ avec Dieu, et il lui applique un attribut qui ne lui convient que selon la nature humaine. Mais la communication des idiomes, dont il fait l'usage le plus étendu, l'y autorise.

Faut-il s'étonner après cela de la valeur que saint Paul attache à la formule « le Christ est Seigneur »? Il en fait le pivot de l’orthodoxie et le critère des charismes : « Personne parlant sous [l'impulsion de] l'Esprit de Dieu ne dit : Jésus [soit|anathème! et personne ne peut dire : Jésus [est] Seigneur, si ce n’est dans l'Esprit-Saint ?. » Illa regarde comme l’abrégé le plus concis de son évangile : « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais le Christ Jésus Seigneur“. » Bien plus il la présente comme une profession de foi chrétienne renfermant en substance les conditions du salut : « Si tu confesses de ta

1. Rom. 1018. — 2. Act. 2028. Voir la note H:, p. 193-4. 3. 1 Cor. 125. — 4, 2 Cor. 4ÿ,

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bouche que Jésus est Seigneur et si tu crois dans ton cœur ‘que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts tu seras sauvé; car, dit l'Écriture, quiconque croira en lui ne sera pas confondu!. » Isaïe avait bien dit cela de Dieu et non pas du Christ; mais pour Paul c’est la même chose, il ne faut pas se lasser de le redire, puisque son Christ est Seigneur et Dieu.

Prières au Seigneur. — S'il en est ainsi, l’on doit s’attendre à voir l’Apôtre placer le Christ au-dessus de tout ce qui n’est pas Dieu, dans une sphère inaccessible aux êtres créés, lui adresser des hymnes et des prières comme à Dieu même et lui appliquer les doxologies que l’Écriture réserve à Dieu. Nos prévisions ne sont pas trompées.

L'Épitre aux Galates s'ouvre par ces mots: « Paul apôtre, non par l'autorité des hommes ni par l'intermédiaire d’un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père2. » Paul dénie absolument aux hommes toute causalité, soit éloignée (àxé) soit immédiate (àé) sur son apostolat; il n’est ni le délégué ni le mandataire des hommes. Quand donc il se dit apôtre par le fait exclusif de Jésus-Christ et de Dieu le Père, il considère évidemment le Christ comme un être supérieur à l’homme, ou mieux comme une personne qui est plus qu’un homme. Sans doute entre l’homme et Dieu il y a des degrés infinis ; mais si l’on réfléchit que Paul ne ferait pas dériver la grâce — et une grâce comme celle de l’aposiolat — d’un être inférieur à Dieu et qu’il comprend Jésus-Christ et Dieu sous une même particule causative (34), sans qu'on puisse alléguer qu’il établit entre les deux une subordination d'autorité ou de rang, puisque Jésus-Christ est même nommé ici le pre-

1. Rom. 107. Cf. Is. 2816, d’où est tirée la citation. 2. Gal. 11 : Iaüdos &nécrohoc, oùx à’ &vpwrwy aùoè à &vôpwrou, GA Où ’Incoù Xpiorod xœi Oeod TaTpÉc.

La préposition &ré désigne la source, la préposition Gt indique le canal de la vocation à l’apostolat. Paul a reçu l’apostolat de Dieu, par opposition aux faux apôtres; et il l’a reçu immédiatement de lui, à l'égal des Douze. Dans le second membre de phrase, la particule && est employée seule pour

montrer qu'ici la source et le canal sont identiques. — La preuve de la divinité du Christ fondée sur ce passage était assez longuement développée par Origène dans son commentaire (cf. l’Apologia pro Origene de S. Pam-

; phile, XIV, 1297-8). Elle est répétée en substance par les commentateurs x latins (Victorinus, l’Ambrosiaster, S. Jérôme, etc.) et grecs (S. Chrysostome, Théodoret, etc.).

mier, on n'aura rien à opposer aux interprètes qui voient dans ces paroles une preuve de la divinité du Fils. Pour faire échec à leur raisonnement, il faut être sûr d'avance que Jésus-Christ n’est pas Dieu et que Paul ne l’a pas cru tel; mais un pareil parti pris rend impossible toute saine exégèse.

La conscience chrétienne ne sépare pas le Christ de Dieu. Dès l’origine, on le prie, on l’invoque, on le chante, on le glorifie comme Dieu. Saint Étienne dit en expirant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Seigneur, ne leur imputez pas ce péché!. » L’ardente supplication que Jésus en croix adressait à son Père, les premiers martyrs l’adressent à Jésus lui-même. C’est que désormais « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé? »,; et le Seigneur n’est autre que le Christ. Les fidèles sont « ceux qui invoquent le nom du Seigneur »; tel est leur titre distinctif et caractéristique. Paul écrit « à l’église qui est à Corinthe, aux [fidèles] sanctifiés dans le Christ Jésus, saints par vocation, ainsi qu'à ceux qui invoquent le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en quelque lieu que ce soit? ». Après la théorie, la pratique. L'Apôtre, sentant « dans sa chair un aïguillon, un ange de Satan », qui Le soufflète et semble devoir paralyser son ministère, prie trois fois le Seigneur d’en être délivré; et le Seigneur lui dit : « Ma grâce te suffit“. » Il prie, non pas Dieu le Père, mais le Seigneur, parce qu'il sait bien que prier le Seigneur c’est prier Dieu lui-mème; et le Seigneur, auteur et distributeur de la grâce, lui promet son secours tout-puissant.

L'an 113 de notre ère, d’anciens chrétiens racontèrent à Pline qu'avant leur apostasie ils avaient coutume de se réunir pour chanter des hymnes au Christ comme à un Dieu : Christo quasi Deoÿ. Ce n’était point une nouveauté. Un des garants d’Eusèbe affirme que l'usage de composer des psaumes et des odes, où le Verbe était célébré comme Dieu, remonte aux ori-

4, Act. 759 : Küpue ’Inooÿ, déEur To nyedué pou. — 760: KÜpre, ph oran aÜToic

rabrny Tv éuapriav. On trouve dans les actes des martyrs beaucoup de

prières semblables.

2, Rom. 1015. — 3. 1 Cor. 11. — 4. 2 Cor. 128-9,

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