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l’article défini et suivi d’une préposition avec son régime ne qualifie jamais un substantif. On dira bien & éxi révrwy Oeés ou & ëri révrwy OU encore ë &y rt révrwv — la locution prépositive équivalant dans le premier cas à un adjectif, dans le second à un substantif, dans le troisième à un attribut — mais 4 dv rt révrwy Oeës serait un grossier solécisme. Le mot @eés est donc en apposition avec 6 &v ëri révrwv, mais alors l’article suivi d'un participe présent équivaut à un relatif et doit se rapporter au substantif qui précède, ici par conséquent à Jésus-Christ. La conclusion est inéluctable et il ne faut pas s’étonner que les Pères, avec une rare unanimité, aient embrassé cette explication, sans même soupçonner qu’il y en eût une autre possible.
Grand Dieu Sauveur. — En résumé, Jésus-Christ est Dieu et il a droit comme tel aux bénédictions des siècles. Il n’est pas Dieu d'une manière impropre, participée, analogique; il. est élevéau-dessus de toutce qui n'est pas Dieu. Enfin, comme cette qualité de Dieu souverain ne peut convenir qu'à un être unique, le Fils doit nécessairement être consubstantiel au Père et identique avec lui en nature.Paul ne trouvera rien de plus excellent à dire du Christ au terme de sa carrière : « Nous attendons, écrit-il à Timothée, la manifestation glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (roù meydhou Oeoù rai curipos uüv Xproroë TIncod)'. » Il est conso- Jant de voir les exégètes de nos jours revenir de plus en plus à l'interprétation traditionnelle. S'il s'agissait du Père, l'Apôtre n'ajouterait pas à Dieu l’épithète de « grand » qui va de soi pour le principe de la divinité. D'ailleurs la pa-
1. Dit. 2158-14 : xpocdeyépevor thv Haxrpiav iridx nai Emipéverav rc DéEnc toù peydhou @eoÿ a cwrñpos fu&v Xptotoù ’Incoë. — Supposé que toù Osoù désignât Dieu le Père, l'absence de l’article devant cwTipos uv serait d’une intolérable incorrection, Pour la même raison, 2 Petr. 11 (ëv dtxatooÜvn Toù Oo AU xal cwtñpos I. X.) doit s’entendre du Christ seul, Il faut ajouter qu'à cette époque l'expression Oeùç xoi cwrño était très usitée comme titre honorifique. D'ailleurs à émpdverx rs G6Enc désigne clairement la glorieuse parousie du Christ. Ce faitest de plus en plus reconnu, La version anglicane revisée a corrigé ainsi la traduction ancienne : our great God and Saviour (au lieu de {he great God and our Saviour). Weizsäcker traduit lui aussi : die Erscheinung der Herrlichkeit unseres £rossen Gottes und Heilandes Jesus Christus. La plupart des commentateurs actuels, même protestants, se rallient à cette exégèse, Cf. B. Weiss, Meyer's Kommentar 1.
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rousie est toujours la manifestation glorieuse du Fils venant juger le monde, jamais celle du Père. Enfin — et cet argument est décisif — les deux titres « grand Dieu » et « Sauveur » étant compris en grec sous le même article défini doivent se rapporter à la même personne : pour qu'il fût possible de les isoler et de rattacher le second seul à Jésus- Christ, il faudrait que ce dernier nom vint se placer entre les deux. Récuser encore ce témoignage, sous prétexte que Jésus-Christ n’est pas Dieu et que saint Paul n’a pas dû l’appeler ainsi, c'est renoncer à faire œuvre d’exégète, pour se retrancher derrière un parti pris de négation opiniâtre.
La plénitude de la divinité. — Pour révélateurs que soient ces textes, ce ne sont encore que des éclairs rapides, des échappées de lumière. C’est dans les lettres de la captivité qu'est buriné avec le plus admirable relief le portrait du Christ préexistant. Rien ne ressemble plus au Prologue de saint Jean que les passages christologiques de l'Épitre aux Colossiens. Le parallélisme dépasse l’ordre des idées et va jusqu'à l’expression : de part et d'autre, le Fils ou le Verbe est supérieur à tout; de part et d'autre, l'union dans le Christ de la divinité et de l'humanité s'affirme par une formule d’une égale hardiesse; de part et d'autre, le Christ est comme un réservoir de grâces dont la plénitude déborde sur tout le genre humain. Mais tandis que saint Jean se plait à considérer le Logos au sein de la lumière divine dont il est le rayonnement éternel, saint Paul contemple de préférence Le Christ à la tête de l’humanité qu'il rachète et de la création à laquelle il restitue son harmonie primitive. Car son but principal, déterminé par la controverse avec les faux docteurs de Colosses, est de montrer que le Christ prime en toutes choses, comme homme et comme Dieu, dans le temps et dans l'éternité; c'est pourquoi il accumule sur sa personne, sans trop s'inquiéter de l'ordre logique ou chronologique, les titres d'honneur, les qualifications exceptionnelles, les dignités et prérogatives qui le mettent absolument hors de pair et lui confèrent une primauté suréminente.
Ainsi le Christ est «le Fils bien-aimé », nécessairement unique, disposanten cette qualité du royaume de son Père comme
de son royaume. — Il est « Image du Dieu invisible », portrait vivant du Père céleste, seul parfaitement semblable à son archétype et seul capable de le révéler aux hommes, parce que seul il le connaît comme il en est connu. — Il «est le Premier-né de toute créature », parce qu'il « existe avant toute créature ». — IL est le créateur et le conservateur de tout sans exception ; et aucun être créé, si élevé soit-il dans les hiérarchies célestes, n'échappe à son activité créatrice ni à sa providence. — Il est « le chef souverain de l'Église », l’auteur de la rédemption et de la rémission des péchés, les prémices et le premier-né d’entre les morts, parce que, devant primer en tout, il ne saurait manquer même de cette prééminence. -— 11 possède la plénitude des grâces qui lui sont nécessaires pour remplir son rôle de réconciliateur et de pacificateur universel !. — Enfin, comme dernier trait, « toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement ? ». Il ne faut pas confondre cette formule avec la précédente : elles diffèrent du tout au tout; là c'était la plénitude des grâces, ici c’est la plénitude de la divinité; là c'était une plénitude reposant sur la personne du Christ, ici c'est une plénitude
qui réside dans le corps du Christ ou qui attire à elle le corps du Christ. Le mot employé par saint Paul n’est pas équivoque : « toute la plénitude de la divinité » ne peut être que la nature divine elle-même.
Dans la forme de Dieu. — C’est cependant le grand texte christologique de l’Épitre aux Philippiens qui est l'expression la plus achevée de la pensée de Paul. L'Apôtre, voulant donner à ses disciples un sublime exemple d’abnégation et leur montrer que l’abaissement volontaire est une semence de gloire, leur propose les trois étapes de vie divine, de vie d'épreuve et de vie glorifiée, parcourues par le Christ Jésus : « A) qui étant dans la forme de Dieu ne regarda pas comme un butin d’être[traité] à l’égal de Dieu ; — B) mais se dépouilla lui-même en prenant la forme d’esclave, en devenant semblable aux hommes, et, reconnu homme par ses dehors, s’abaissa luimême en se faisant obéissant jusqu'à la mort et jusqu’à la