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PROFANATION DES NOMS DE DIEU PAR LES PAÏENS

Toutes les civilisations antiques — en Chaldée, en Égypte, en Chine, en Perse, aux Indes — divinisaient leurs rois. Alexandre le Grand, en s’emparant du territoire de ces anciennes monarchies, s’appropria les titres honorifiques de leurs souverains. Naturellement, les généraux qui se partagèrent ses états voulurent aussi hériter de ses titres. Après eux les Césars, tout en évitant d’abord d’offusquer trop ouvertement les idées romaines, se prétèrent bientôt à une apothéose qui servait leur politique sans choquer les mœurs orientales. Voici, entre mille autres, quelques exemples intéressants :

1. Les noms de « dieu, fils de dieu, dieu de dieu », donnés aux empereurs. — Cagnat, Inscripliones Græcæ ad res Romanas perlinentes, Paris, 1901-8, n° 719 : Oebv Sebasrdv 0608 viov, Kaloapa not adroxpéropa Vis got Dakdaons, Tov ebepyétnv x0Ù suthpæ roù oûuravros 6opou (il s’agit d’Auguste); /bid. n° 90 : ’Jouklay dekv DeGaorhv yuvatna Deoû Zebastoù Kaloxpos, unrépa Où eoë Éebastoÿ Kalsapos (il s’agit de Livie, épouse du dieu Auguste et mère du dieu Tibère); Dittenberger, Orientis Græci inscriptiones selectæ, Leipzig, 1903-5, n° 655, t. Il, p. 365 : ‘Yrèp Kaloapos adroxpéropos 0coë ëx c0û (il s’agit du dieu Auguste, fils du dieu Jules César : l'inscription est datée du 17 mars 24 avant J.-C.); Kern, Die Inschrifien von Magnesia am Mæander, Berlin, 1900, n° 157 b : xov viv roù peylorou Deüiv Tiéeplou Khavdlou (c’est Néron, fils de Claude le plus grand des dieux).

2, Quoique l’usage du nom de « seigneur » (xüpus, dominus) soit prouvé pour Auguste, pour Caligula, pour Claude et pour Néron, les empereurs romains ne semblent pas avoir fait grand cas de ce titre si cher aux Ptolémées et aux Hérodes. Un monument de l’an 52 av. J.-C. est dédié aux seigneurs dieux très grands Ptolémée XIV et Cléopâtre (Sitzungsberichte der Akad. der Wissensch. zu Berlin, 1902, p. 1096 : roïe zvplous Deots meylorots). Pour Hérode le Grand, cf. Dittenberger, Inscript. selectæ, n° 415; pour Hérode Agrippa ler, Jbid. n° 418; pour Hérode Agrippa II, Jbid. n° 493. Domitien est le premier qui se soit fait appeler dominus el deus noster (Suétone, Domit. 13).

3. Les titres de « dieu sauveur, sauveur et dieu, dieu et sauveur » étaient très recherchés. Ptolémée I", fils de Lagus, était déjà owthp ai ücéç (The collection of ancient Greek Inscriptions in the Brit. Mus. IV, 1, n° 906); on appelle César Auguste « le dieu illustre issu de Mars et de Vénus et le sauveur commun de la vie humaine » : tov äxd ”Apeux vai ’Awpodltne 0Eov érupavñ xx xOLOV roë dvbpwrivou flou cwtñpa (Dittenberger, Sylloge inscript. Græcarum?, Leipzig, 1898-1901, n° 347). Cf. Wendland, Zurip, dans Zeitschrift f. neutest. Wiss. t. V, 1904, np. 342.

Nous n’ajouterons qu’un exemple assez curieux. C’est une inscription palimpseste, trouvée dans les ruines du temple de Vénus à Chypre (Excavalions in Cyprus 1887-8 dans The journal of Hellenic Studies, t. IX, 1888 : inscriptions n° 70 et 69, p. 243).

190 EsrE THÉOLOGIE DE SAINT PAUL.

Bacthéa [rorsuatov ['ovJAlav Bev Ze6aor}[v] Bed ptloufropx buyatéox adtoxpéropols] [Tapla. Kalsapos Beoÿ vioÿ Oeol ÿ]

Zebastoÿ yuvatua D ’Aylpirra].

Le roi Ptolémée VI, surnommé Philométor et se faisant appeler dieu, avait dédié une inscription votive à Vénus de Paphos. Plus tard, après

avoir martelé la première incription, on usurpa ce piédestal en faveur |

de la déesse Julie, fille de l’empereur Auguste, dieu fils de dieu. Cet exemple montre sur le vif comment les souverains de Rome, se substituant aux monarques orientaux, en conservaient Je style et le protocole.

On peut consulter sur ce sujet Fincke, De appellationibus Cæsarum honorificis et adulatoriis,1867 ; Beurlier, Le culte impérial, son histoire el son organisation, depuis Auguste Jusqu'à Justinien, Paris, 1891; De divinis honoribus quos acceperunt Alexander et successores ejus, Paris, 1890; Kornemann, Zur Geschichte der antiken Herrscherkulte, dans Alio, Beiträge zur alten Geschichte, t. I, p. 51-146; Goguel, Les chrétiens et l'empire romain, Paris, 1908; surtout Deissmann, Licht vom Osten. Das N. Test. und die neuentdeckten Texte der hellenistisch-rümischen Welt, Tubingue, 1908 (Christus und die Cæsaren, die parallelität der technischen Sprache des Christus- und des Cæsarkultes, p. 243-276).

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