‹ La théologie de Saint PaulChapitre 423 sur 630 · IT, PROTESTATION DE LA CONSCIENCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

IT, PROTESTATION DE LA CONSCIENCE CHRÉTIENNE

Dans son intéressante dissertation (Licht vom Osten, p. 243-276) Deissmann a cherché à établir deux thèses : l’une plausible, à savoir que les titres divins donnés au Christ sont quelquefois, de la part des écrivains sacrés, une protestation implicite contre l’abus que les païens faisaient de ces termes ; l’autre dénuée de toute base solide, à savoir que les chrétiens ont emprunté aux païens quelques épithètes divines décernées aux empereurs, pour en faire honneur au Christ. Tous ces noms sont d’origine biblique et ce n’était pas la profanation dont ils avaient été l’objet dans la langue du paganisme qui pouvait les recommander aux yeux des chrétiens. Du moins les emprunts, s'ils sont constatés, n’ont pu être qu'exceptionnels et inconscients. — Dans 1 Cor. 85 (GAV fiv ete Oede 6 rathp... #aÙ es x0ptog ‘Inooës Xptotéc), &XX& marque bien la protestation chrétienne contre les aberrations des païens, protestation que le mot futv (pour nous), mis en vedette, souligne et que l’inversion de ete (unique) accentue encore, — Au sommet de la montagne de Pergame, isolée de toutes parts, se dressa, près de l'autel de Jupiter, le premier temple érigé au dieu Auguste et à la déesse Rome. N'est-ce pas là le trône de Satan qui indigne l’auteur de l’Apocalypse (213)? Ce temple de marbre éblouissant se voyait de loin dans toutes les directions. Sur les lieux, nous n'avons pu nous dérober à l'impression que S. Jean parle bien de lui plutôt que de l’autel de Jupiter beaucoup moins apparent. — Sur l’image (elxv) et l'empreinte (Lkpayua) de la Bête (Apoc. 131547), voir Deissmann, op. cit. p. 245-246.

PTS ETS

NOTE Ho. — LES TEXTES CHRISTOLOGIQUES.

L'œuvre entière de Paul n’est au fond qu’une christologie, puisqu'elle converge toute vers la personne ou l’œuvre ou la mission du Christ; mais on est convenu d’en détacher une quinzaine de passages, remarquables à divers titres, sur la nature ou les fonctions du Fils de Dieu. La plupart de ces passages étant étudiés ailleurs en détail, il suffira d'y renvoyer ici.

Phil.2-11,t.1, p. 438-451. |Gal. l!, t. II, p. 176-7. [Rom. 85, t. II, p. 258-60. Col. 15-19 4.1, p.398-403. |Gal. 4f, t. Il, p. 257-8. |Rom. 95, t. II, p. 1814. 2 Cor. 88, t. I, p. 207. 1 Cor. 104,t. IE, p. 216-7.[Tit. 218-4, t. Il, p. 184-5. Col. 29. t. I, p. 411-412. |1 Cor. 1545, t. II, p. 264-5.

Pour les textes concernant les relations éternelles du Verbe au sein de la divinité, voir la note I. Nous ajoutons ci-dessous l’exégèse de quatre autres textes.

[. LA SUSCRIPTION DE L'ÉPÎTRE AUX ROMAINS (Rom. 1-7).

1. Construction de la phrase. — C’est une série de parenthèses enclavées l’une dans l’autre. On peut mettre en relief, à titre d'exemple, cette particularité du style de Paul au moyen d’un artifice typographique :

a) Paulus, servus Jesu Christi, vocatus Apostolus, segregatus in Evangelium Dei, b) QUOD ANTE PROMISERAT PERPROPHETAS SUOS IN SCRIPTURIS S. DE FILIO SUO, c) qui factus est ei ex semine David secundum carnem, qui prædestinatus est Filius Dei in virtute secundum spiritum sanctificationis ex resurrectione mortuorum, b) JESU CHRISTI DOMINI NOSTRI (ou mieux Christo Domino nostro) : d) per quem accepimus gratiam, et Apostolatum ad obediendum fidei in omnibus Gentibus pro nomine ejus, e) in quibus eslis el vos vocali Jesu Chrisii : a) omnibus qui sun Romæ, dilectis Dei, vocatis sanctis. Gratia vobis, et pax à Deo Patre nostro, et Domino Jesu Christo.

La proposition principale «a (imprimée en caractères romains) est coupée en deux par quatre incidentes superposées, pour ainsi dire, ‘une à l’autre. La première incidente b (en petites capitales), qui définit l'Évangile, est elle-même coupée en deux par la seconde incidente c (en caractères gras), laquelle définit le Fils de Dieu. La troisième incidente d (en caractères elzéviriens) énonce une nouvelle attribution du Fils, auteur de l’apostolat de Paul auprès des Gentils. Enfin la quatrième e (en italiques) rappelle que les Romains appartiennent à la sphère d'influence de Paul et ramène ainsi, par un long détour, à l’idée principale qui s'achève sans encombre. — A noter, dans la Vulgate, deux inexactitudes : les mots Jesu Christi Domini nostri

devraient être à l’ablatif comme étant en apposition avec de Filio suo; de plus, rien en grec ne répond au mot ei dans qui factus est ei.

2. Notions théologiques. — On a pu dire sans exagération que le début de cette Épitre est une christologie abrégée; en effet peu de passages de l’Écriture concentrent en moins de mots plus de notions théologiques.

a) Définition de l’apostolat de Paul, son élection et sa vocation, sa mission spéciale aux Gentils. — b) Relation intime et essentielle entre les deux Testaments, dont le premier est la prophétie et la figure du second et dont le second est l’antitype et la réalisation du premier. — c) Jésus-Christ, Seigneur et Fils de Dieu, auteur de la vocation et de la grâce. — d) Jésus né du sang de David selon la chair. — e) Jésus- Christ établi fils de Dieu selon l'esprit de sainteté. Cette dernière phrase demande quelque explication.

3. Le Fils de Dieu selon la chaïr et selon l'esprit. 3 to vioÿ adtoÿ roû yevouévou x arépuatos Aaved xarà cépxa, 108 éprofévros vioë Bed 2v duvduet xarà rveèua &Ytwabvns &E dvactésewc VEzpOY.

Une exégèse tant soit peu complète de ce texte ne saurait trouver place ici. Bornons-nous à poser quelques jalons. Le sujet d'attribution de toute la phrase est « le Fils de Dieu » (xept roù utoë adroÿ). Ce Fils est défini ou décrit par deux particularités exprimées par des parti- Cipes (rû yevouévou… toÿ éprafévroc). La première incise va sans difficultés : « Celui qui est fils de Dieu devient de la race de David selon la chair. » Paul ne dit pas qu'il devient Fils, car il l’est déjà, mais qu'il devient de la race de David, c’est-à-dire descendant de David, et cela à un point de vue spécial, selon la chair, c’est-à-dire comme homme.

Dans la seconde incise, presque tous les mots sont à discuter : A) Sens de 6pto8évros. — Notons en passant qu'il n'y à pas xpooptobévros (Vulg. qui prædestinatus est) maïs éprofévros qui signifie « déclaré » ou « établi ». Les exégètes se partagent entre ces deux explications qui en réalité diffèrent très peu l’une de l’autre. En effet, l’acte indiqué par le participe éptofévros ne concerne pas la nature du Fils ou son être essentiel, mais sa position historique; dès lors « déclarer » où « établir » (c’est-

-dire faire reconnaître, installer dans sa dignité) reviennent à peu près au même : a) Il est impossible que le Christ soit constitué Fils de Dieu par la résurrection puisqu'il est tel au moment de la naissance humaine (ro vloÿ roÿ yevouévou) et qu’il est envoyé sur la terre en qualité de Fils (Gal. 4; Rom. 83), — b) Il faut comparer notre texte avec Act. 1022 (otds êortv 6 Gptouéyos brd toù Ocoë pris Cvtwy xal vexpüv) et 1731 (xplveuv tv olxovpéymv… êv avdpt & pro). Le Christ était juge en droit et en puissance, mais un acte authentique de Dieu le déclare et l'établit juge; de même il était Fils réellement et de plein droit, mais il avait besoin d’être reconnu pour tel. — c) Toute difficulté est levée si, comme le pensent de bons commentateurs (Cornely, Weiss ete.), êv duvépet doit se joindre à vioë 0605. Alors le Christ n'est pas déclaré ou établi simplement Fils de Dieu, mais « Fils de Dieu puissant », l'accent portant sur l’épithète. La place des mots favorise cette interprétation. — B) Sens de xaràx nvedua éyiwobvne. — Ces mots faisant antithèse

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